I. Revue bénédictine, t. XXIII, p
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nombreuses mains ont respecté cette belle écriture, aux caractères vigoureux, qu'il y a je ne sais quoi de mystérieusement attachant à déchiffrer les lionnes et à comprendre la pensée de nos vénérables prédécesseurs. La provenance arlésienne de ces carrés de parchemin, de ces codices et compilations du plus haut moyen âge, de ces multitudes d'homéliaires des armaria monacaux s'explique par les fréquents pèlerinages des religieux, la renommée de lévèque d'Arles, ses envois de recueils dans toute la chrétienté '.
Les Bénédictins de Saint-Maur, dans leur édition des sermons de saint Augustin, se sont servis de la plupart des manuscrits que nous retrouvons encore aujourd'hui en France et à l'étranger. Ils v ont ajouté des notes très sagaces, çà et là peut-être pointées d'un trop grand scrupule pour restituera Césaire ce qui lui appartient -. Lorsqu'ils n'ont pas vu son nom écrit en toutes lettres, quelquefois marqué d'une couleur rouge ou jaune, comme à Einsiedeln et ailleurs, ils ont fait appel à sa doctrine, à ses considérations ordinaires, à son don d'allé^oriser. Avec les arguments du style particulier, des locutions personnelles, de la philologie, de l'exorde, de la péroraison, de la récapitulation finale, des travaux personnels de critique moderne, on en est arrivé a conclure que de nouvelles classifications s'imposaient 3.
1. Lib. I. cap. T, 42 : ' Longe tamenpositis in Francia, in Gallia atque in Italia et Hispania diversisque provinciis con~ stitutis transmisit pcr sacerdotes... »
2. Cf. Préface des sermons de saint AugiLStin. Voir Malnory, Saint Césaire. xi, xii et s. Revue bénédictine, t. XXIII, p. 26.
3. Cf. Paul Lejay, Arnold. Malnory. doin Morin. dans les ouvrages prëcite's, Arles, mss. de la Bibliothèque de la ville,
Dans Tespèce, ce travail de critique interne, peu réalisable pour le commun des lecteurs, s'étant largement illuminé depuis les Mauristes, permet de donner sur les écrits oratoires de Césaire une appréciation différente de celles de beaucoup d'historiens antérieurs.
En général, on a été trop dédaigneux de son langage. Sans doute, comme on va le voir incessamment, le style est simple, populaire, rustique, mais devaitil être autrement? Le milieu, l'auditoire aurait-il supporté une plus grande envergure de doctrine sous une forme plus raffinée ?
En homme rompu au labeur de l'instruction religieuse Tévêque d'Arles a le sens de la vie réelle. Ce qu'il dit est facile à comprendre, à retenir. Les masses populaires saisissent ses maximes fixes; il les leur répète fréquemment, comme font les éducateurs élémentaires, se sert de comparaisons usuelles, prend ses images dans la nature, rend en quelque sorte les vérités palpables et les grave profondément dans le cœur.
N'est-ce pas l'éloquence cela ? L'orateur de la chaire peut-il avoir un autre but que d'instruire et de convertir? Le discours qui change les mœurs et rend meilleurs n'est-il pas plus utile que celui où l'on applaudit l'éloquence naturelle? Assurément, les phrases des rhéteurs flattent les gens cultivés, et l'harmonie des périodes charme les habitués de la littérature gréco-romaine ; toutefois, pour faire la conquête du cœur, le mélange de l'art antique avec les
n^' 14 et i5. Bonnement y a laisse, au xvme siècle, une coUecliou de documents curieux sur Césaire et l'ensemble de ses œuvres qu'il désirait alors éditer.
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somptuosités du beau langage ne suffisait pas. Un christianisme pur, sans influence païenne, touche, convertit et crée de nouveaux sentiments. Césaire comprit admirablement l'état social de son milieu et y adapta ses leçons. Volontiers, il sacrifia à la clarté, à la conversion des âmes les ornements accessoires et la réputation d'un lettré.
D'ailleurs, ses discours, que nous allons examiner attentivement pour mieux le juger, atteignaient soit les gens de la campagjie soit les gens de la \-ille. Les uns avaient un degré de culture médiocre, mais le public arlésien comprenait des catholiques instruits de leur religion.
C'est pourquoi les homélies sur les mvstères du christianisme et l'interprétation de l'Écriture Sainte ont une élévation de langage que n'ont pas beaucoup d'Admonitions.
Saint Augustin est le maître, le modèle par excellence de Césaire. Ce n'est pas qu'il ait méconnu d'autres Pères de l'Eglise, Salvien et surtout Fauste, mais il en re\ient presque toujours à l'évêque d'Hippone. Il l'a tellement étudié, imité, copié que pendant longtemps on a joint les discours de l'un a ceux de l'autre. L'évêque d'Arles s'est prêté, sûrement, à cette confusion et, si nous trouvons la plupart de ses sermons parmi les sermons et l'Appendice des œuvres d'Augustin, nous en connaissons la cause.
Essavons maintenant de donner une courte analvse des instructions éparses de l'homme de Dieu.
Nous possédons une série d'homélies pour le carême qui ont pour texte un passage de l'Écriture, lu à l'office. En venant à l'église, les chrétiens
portaient des lectionnaires contenant l'Ancien et le Nouveau Testament comme aujourd'hui on porte des paroissiens ou des missels.
Ces manuels étaient très répandus et Césaire conseille à tous d'y lire « les lettres divines o, qu'il développe selon les procédés de l'exégèse patristique. Cette exégèse considérait avant tout le symbolisme. L'Ancien Testament était l'ombre et la figure du Nouveau, tout ce qui pouvait servir à l'édification était proposé aux fidèles dans des rapprochements dignes d'augmenter leur foi.
En voici un exemple sur le texte de la Genèse : Trois hommes apparurent à Abraham^. « Mes très chers frères, s'écrie l'homme de Dieu, je vous ai souvent avertis de ne pas vous arrêter au sens littéral de la Sainte Ecriture que vous lisez, mais d'ôter le voile de la lettre pour chercher l'esprit vivificateur. N'imitez pas les malheureux Juifs et les hérétiques, plus misérables encore, qui voient uniquement le corps sans l'âme dans leur lecture des Livres Saints. Nous, écoutons l'Apôtre, qui nous dit : Tout est figure dans les faits de l'Ancien Testament.
« Les trois étrangers qui arrivèrent vers Abraham furent reçus avec le plus grand bonheur. C'était à l'heure de midi, en plein jour. Abraham court audevant d'eux, les salue, puis s'adresse à sa femme et lui dit : Va, fais cuire du pain blanc et prépare le festin. Et on tue un veau gras, tendre et on cherchedes fruits. Toute la maison est sur pied, le maître, la maîtresse, les serviteurs. Personne n'est paresseux dans la maison du sage. Abraham et Sara ont un égal souci des devoirs de l'hospitalité. Voilà comment