TESTAMENT, SA MORT
Au milieu des ruines morales que les Admonitions nous font connaître, le monastère était le refuge et l'exemple des vertus tout indiqué. Ainsi que nous Tavons vu, Césaire avait déjà favorisé les congrégations d'hommes. Il lui restait à fonder un couvent de vierges. C'est le côté le plus pieux, le plus tendre, le plus cher, le plus édifiant, le plus parfait de cette belle vie épiscopale. Difficile et périlleuse était la création de centres monastiques féminins, à cette époque ; l'homme de Dieu s'obstina d'autant plus à cette œuvre. Il fallait fuir la solitude des montagnes, prévoir une invasion de Barbares, se mettre en ^arde contre les grossières passions des pavsans, subvenir aux frais d'entretien. Que de luttes à livrer, que d'éléments à vaincre, que de ressources a chercher! Les hommes pouvaient eux-mêmes mobiliser leurs forces, se défendre, gagner leur pain quotidien en défonçant des terres ; mais les femmes durent attendre des protecteurs pour se former en communautés.
Césaire, remarquant, dans sa ville, un grand nom-
bre de veuves et de vierges vouées à Dieu, décida de les séparer du monde. Grand était déià leur rôle isolé. Elles étaient assidues à la prédication, ainsi que les en loue le bon évêque, elles catéchisaient les ignorants, elles s'occupaient du linge d'église, elles visitaient les pauvres, elles consolaient les malades. Ce bataillon sacré comprenait, au premier rang, les jeunes filles ayant reçu le voile du mariage mystique célébré avec Jésus-Christ. Un décret du concile d'Agde n'autorisait cette grave cérémonie qu'à l'âge de quarante ans. C'était bien tard; mais les dangers du siècle où l'on vivait, l'ardeur inconsidérée des uns, la sollicitation imprudente des autres avaient forcé l'Eglise d'imposer cette limite d'épreuves. L'ouverture du monastère arlésien abaissa l'âge du lien indissoluble, unit dans une même profession les jeunes et les plus anciennes, supprima toute dififéren ce entre voilées et non voilées^.
Cette institution religieuse fut une des premières dont l'existence est mentionnée dans les documents authentiques de la Gaule. Comme un autre Noé, disent les premiers biographes -, Césaire prépara une arche pour abriter ses filles contre les tempêtes du siècle. Aucun lieu n'était plus propice pour cela que les Alyscamps. Situé sous les remparts méridionaux, l'antique cimetière d'Arles ressemblait à celui de Julia Concordia, à Rome. Les païens d'abord, puis les chrétiens s'étaient fait ensevelir aux Alyscamps et Taccumulation de leurs sépultures avait donné naissance à des légendes"^. Combien l'aspect d'autrefois