Académie des Inscript, et Bell.-Lelt., 1889, p. 3o
lui répondîmes-nous, nous louchons à cette fête. — Dieu soit loué, reprit-il, car ma mort n'est pas loin. Vous le savez, mon attachement à la doctrine catholique de cet évêque a été profond. Je confesse que je suis très au-dessous de ses mérites; cependant, j'espère que je serai rappelé de ce monde le jour de saint Augustin.
« Sa sainte àme se disposait à sortir de son corps. Néanmoins, il voulut consacrer les dernières pensées de sa vie et donner encore une fois la bénédiction h ses filles tant aimées. Il se fit donc placer sur une chaise et transporter au monastère de Saint-Jean. Césarie et ses filles soupçonnant, dans leur indéfectible amour, la fin prochaine de leur père si bon, ne mangeaient plus, ne dormaient plus, ne pouvaient plus travailler.
« Elles priaient sans cesse, mais le chant des psaumes était constamment interrompu par leurs sanglots. Scène émouvante que cette visite du saint vieillard, venant consoler et accumulant au contraire la douleur. A la déformation de ses traits, à la pâleur de son visage, à sa faiblesse extrême, les sœurs comprirent vite qu'elles ne le reverraient plus.
« Il s'entretint, d'abord, avec l'abbesse Césarie en tout calme et entière douceur et l'exhorta à tenir haut la palme de sa vocation surnaturelle. Quant aux religieuses, il leur recommanda de garder la règle et de se souvenir de tous ses enseignements qui la complètent. Enfin il pria avec la communauté entière, composée de plus de deux cents filles, lui dit l'ultime adieu et la bénit. Césaire partit au milieu d'un rugissement de sanglots ^ »
T. Lib. II. cap. IV, 33, 34 : « HHs rugientibus^ rcvcrtitur. »
Le testament de l'évêque d'Arles, que nous possédons, fut rédigé uniquement en faveur du monastère constitué son héritier. C'est une pièce importante pour l'histoire de l'époque. Dom Morin a fait œuvre excellente en soumettant les objections de ;M. Krusch à un examen attentif, et en prouvant son authenticité contre des assertions infondées ^.
Toutes les préoccupations exprimées dans ce testament concernent les religieuses -. Césaire les prémunit contre les prétentions de sa propre famille a sa succession ; il les recommande au clergé d'Arles, et principalement à son successeur, le conjurant d'être plein de miséricorde pour cet établissement ; il confirme les donations de propriétés qu'il lui a faites, sous la sanction du Pape Hormisdas, et il affecte à son usufruit plusieurs autres terres dont il réserve le fonds à l'église métropolitaine. Par deux lettres qu'on n'a pas retrouvées '■"', Césaire réclame du Préfet, des comtes et des membres de la curie la plus grande bienveillance pour son monastère. Il ne pouvait faire davantage pour ses filles du cloître.
C'était la veille de saint Augustin, et à l'heure de Prime; des diacres, des prêtres, plusieurs évêques, entouraient Césaire. Il mourut dans leurs bras, tout joyeux d'aller au ciel, en la fête de son grand modèle, le 2'- août 543, la quarante et unième année de son épiscopat.