Fita S. Cœsarii, ibidem
2. « Fultiis ejus nescio quidsemper videretur renitere céleste. Lib. I. cap. I, II.
milité, la prière, l'amour de Dieu. Certes nous n'exagérons pas en parlant ainsi de Césaire, nous croyons plutôt mal exprimer et traduire imparfaitement les traits authentiques laissés dans les livres de ses biographes du vi^ siècle. Il était, ajoutent ces documents, le premier à venir à Matines et à toutes les réunions; il demeurait le dernier à s'éloigner. Son visage, son accent, son attitude respirait un je ne sais quoi de profondément sympathique et de divin.
Césaire exerçait depuis peu les fonctions sacerdotales, lorsque son évêque le chargea d'une mission délicate. Un abbé venait de mourir in insula suburhana ci\>itatis, il fut désigné pour le remplacer. Où était cette île suburbaine? Quel est l'endroit correspondant au texte antique? Ces questions sont difficiles à résoudre. Si l'on place le monastère suburbain à Montmajour, beaucoup ne reconnaîtront pas là une île proprement dite, bien que des marais et des roubines environnassent le monticule rocailleux appelé à une si grande illustration i. Serait-ce Saint- Pierre l'Ancien; quelque surface de terre disparue du milieu du Rhône ; un terrain de ruines à Trin- ([uetaille? Peut-être la version naturelle est la plus probable; dans ce cas, le monastère aurait été situé en Camargue, tout près de la cité. L'île — «insula» — semble ainsi, d'après les contextes et les témoi-
I. Montmajour est la colline de prédilection du moyen âge, le lieu dans lequel chaque génération a voulu élever une pierre, déposer un témoignage de son respect et de son affection. — Clair, Arles antique et moderne. — Dans les Archives du Var, t. 1, année 977, nous avons trouve « une donation de l'île de Montmajour-les-Arles faite au monastère de ce nom par Teucinde, en présence de Guillaume, comte de Provence ». Voir aussi Galiia d'Albanès, Instrumenta^ p. 197.
ARRIVÉE DE CÉSAIRE A AflLES. 31
gnages locaux, préciser une résidence qui serait aux portes mêmes d'Arles, à proximité du fleuve.
Quoi qu'il en soit, ce monastère ne brillait point par sa discipline. Il y avait là, sans doute, une réunion d'individus qui, n'étant enchaînés à aucune règle, faisaient chacun sa volonté propre. Le supérieur devait v laisser les moines libres de sortir sans scrupules pour aller faire ailleurs l'expérience des vertus qu'ils croyaient avoir. Ce qui se passait dans le centre de la Gaule et sur les bords de la Loire se pratiquait le long des rives du Rhône. Tel religieux, qui avait vécu dans la familiarité de la vie anachorétique, se transportait aisément, comme clerc, dans les milieux de la plus élégante société. Rien de stable dans la vie des moines, et dès lors la sévérité de certains écrivains à leur égard ne surprend pas l'observateur i. Le plus illustre thaumaturge des Gaules, ^lartin de Tours, qui se faisait accompagner d'une quantité de disciples pour parcourir les campagnes, renverser les monuments druidiques ou romains, s'exercer à laguérison des maladies, apprendre à lire, à prier, tenait grand compte de l'inspiration personnelle. Sa méthode, son influence surtout engendrèrent des imitateurs; mais combien les copisies furent loin de ce maître incomparable de la thaumaturgie, qui accuse un relief d'allure, une puissance de foi, un don des miracles sans égal même parmi les Pères les plus renommés de l'Orient î Césaire avait appris à Lérins le danger des habitudes nomades, de cette liberté des moines ambulants qui se confiaient à leurs caprices ou à leurs désirs plutôt qu'à la sagesse chrétienne. Tant de pauvres novices et de proies ont