CHAPITRE III
COMMENCEMENT DE l'ÉPISCOPAT DE CÉSAIRE. SES RAP- PORTS AVEC LES FIDÈLES, LE CLERGÉ, LES ÉVEQUES. SES CRÉATIONS RELIGIEUSES.
Saint Eone, accablé par l'âge et les infirmités, assembla un jour le clergé, les principaux citoyens de la ville, les magistrats, le peuple. Ouvrant son âme devant eux, il s'accusa avec humilité d'avoir laissé la discipline ecclésiastique se relâcher sur de nombreux points et exprima le désir de s'assurer un successeur capable de toutes les réparations matérielles, de tous les relèvements moraux, de toutes les vigueurs surnaturelles. Il connaissait sa propre faiblesse et, afin d'apaiser le souverain juge, il ne trouvait rien de mieux que de jeter les yeux sur Césaire pour le remplacer. De la sorte Dieu lui tiendrait compte de ce que ferait son successeur pour combler les lacunes de ses graves obligations ^ .
Les électeurs répondirent qu'ils trouvaient digne le candidat proposé, et aussitôt Eone fait une démarche auprès d'Alaric pour prévenir de la situation religieuse ce prince arien, maître d'Arles. On voulait
I. « Sancfus Eonius cleruin vel cwe.s alloquitur.... et seciirus (le suucessore mig ravit ad Dominum. » Fita^ lib. I, cap. ii, la.
de tous côtés avoir Césaire pour évêque. Aucune opposition ne surgit, soit de la part du gouvernement, soit de la part de la curie arlésienne. Eone, rassuré, tranquille, mourut en paix.
Quand Césaire eut appris quelle haute fonction on allait lui confier, il éprouva un sentiment d'effroi et d'humilité dont nous rencontrons plusieurs exemples dans la primitive Eglise. Il s'enfuit de son monastère, évitant la ville, il se cacha dans les tombeaux^. On fit des recherches partout, et quelques amis le trouvèrent aux Alyscamps, dans cette fameuse nécropole où le christianisme antique aimait à se retirer, à prier, à dormir le dernier sommeil auprès des fondateurs de notre foi, des vierges, des saints et surtout des martyrs.
Amené à l'église pour y être consacré, Césaire se montra docile aux évèques qui étaient venus pour l'ordonner canoniquement et, sitôt promu, il se mit à l'accomplissement de ses devoirs d'état.
Il se rencontrait à l'époque de sa nomination (5o3) deux sortes d'évêques, correspondant aux deux courants du clergé régulier et séculier. On tirait souvent du prétoire, du sénat, de l'Université même des candidats à la chaire épiscopale. Ils y faisaient d'excellents évêques, se conformant aux canons pour la modification de leurs rapports avec leurs familles ou leurs enfants "2 et relevant leurs diocèses par leur influence, leur talent, leurs relations.
Mais, à côté des membres de la plus haute aristocratie, comme les évêques Rurice de Limoges,
1. a Inter quasdam sepulturas latibulum requisivit. » P'ita. lib.I, cap. II, i3.