I. Lib. I, cap, II, 4i. — Cf. chap. vm
1. Lib. II, cap. II, i3 : « Cumque expleto liicernario millier qusedam in salutatorio occiirit...^ etc. »
EPISCOPAT DE CESAIRE. 53
un des saints évêques présents. Celui-ci dut obéir, sans produire aucun effet heureux. Et, comme la malheureuse infirme sanglotait plus fortement encore, Césaire tombe de nouveau à genoux, signe la malade et la relève guérie.
Cette confiance du peuple pour les saints les fait regarder avant tout comme des guérisseurs. On n'attend rien que de la bonté de Dieu. On ne craint rien que sa colère. Quand un de ces hommes marqués par Dieu observe strictement sa loi, vit dans l'abstinence et l'austérité, la croyance populaire veut voir éclater sans cesse la protection du Très-Haut. Témoin encore le fait raconté par Cvprien ^ : « Eucher, évêque d'Avignon, faisait route un jour avec Césaire dans le pavs des Alpines. Il arriva qu'au milieu de la route une femme se traînait, paralysée des pieds et des mains. Les deux augustes vovageurs s'arrêtent. Emu de compassion, Césaire fait descendre de voiture son compagnon et lui ordonne de bénir l'infirme et de la relever. Eucher hésite et refuse par humilité. Comment, réplique tout impatient notre saint, c'est ainsi que tu m'obéis dans un acte de miséricorde, toi qui te vantes de te jeter au feu pour mon plaisir? Allons, fais ce que je veux, donne la main à cette femme et, au nom du Seigneur, relève-la. Eucher, quoique peu sûr de son propre pouvoir, fait la volonté de l'évêque et rend la santé à la malade qui court, heureuse, vers sa pauvre maisonnette. »
Si les saints savaient accorder des grâces, ils
I. Lib. I, cap. r>\ 35 : i Quodam tempore dam iter ageret circa Alpina loca. vir venerahilis sanctiis Eucherius episcopu.s cum €0 erat... »
savaient aussi punir ; protecteurs de l'innocence, ils poursuivaient et châtiaient les coupables. N'a-t-on pas vu, dans la Gaule mérovingienne , aux villes de Bourges, de Tours, de Reims, des hommes lancés en l'air, reçus à coup de flèches et tombant sur le pavé à demi morts ? Ceux qui exerçaient ce droit de répression le faisaient au nom des saints, ou après serment sur leurs reliques. Gésaire était loin d'être sans pitié envers les pécheurs, mais son indulgence n'est pas allée toujours à supprimer les coups. Il en permettait jusqu'à trente-neuf^, selon la discipline, contre ceux qui commettaient des fautes graves. Les biographes louent Césaire de sa modération à cet égard.
Ce qui mérite mieux l'éloge, c'est sa charité ardente envers les pauvres. L'évêque procurait la nourriture et le vêtement aux malheureux qui ne pouvaient travailler et se suffire à eux-mêmes. Un registre appelé Matî'icula contenait leurs noms. Tous étaient secourus, nous disent ses diacres, quelquefois même aux dépens des commensaux habituels. Les malades eurent la meilleure part de son cœur. Son côté vulnérable, sa faiblesse, il faut les chercher là. 11 leur fit bâtir, à côté de sa maison et de la cathédrale, un très spacieux hôpital garni de lits fort propres. De son temps, on le regardait comme une merveille. C'était sûrement une nouveauté en Gaule. Aucun meuble utile n'y manquait. Médecins, remèdes, serviteurs, tout était dispensé avec un ordre admirable. Sous le rapport des soins, rien ne laissait à désirer. Quant aux consolations religieuses, on peut dire qu'elles étaient prodiguées.