Appendix, senn. 9.98. De adversitate temporali
nés? Sur les routes n'exposait-on pas les enfants vivants avec les morts, sans permettre de réconforter les uns et d'enterrer les autres? De crucifiantes fatigues, des tortures intolérables étaient infligées à des femmes nobles et délicates, sans aucun égard à leur sang glorieux. Les Barbares exigeaient d'elles les plus humiliants services et les traitaient comme un bétail sans valeur. Pauvres cœurs martyrisés, nos oreilles ont entendu leurs gémissements ! Qui donnera à mes yeux des torrents de larmes pour pleurer un tel malheur? Ce qui est plus triste encore, c'est que plusieurs sont morts sans recevoir le sacrement du baptême, restant ainsi des vases de colère auprès de Dieu. Enfin quel plus juste sujet de deuil que la violation du tabernacle du Très-Haut? Rien, rien n'a été épargné : les églises, les clercs, les vierges saintes. Oh ! cela est horrible ! »
Comme si ce n'était pas assez des ravages de la famine et de l'épidémie, les (îoths amenèrent dans les basiliques les soldats laissés par l'ennemi entre leurs mains. Le nombre des captifs fut si grand qu'on en mit partout, même dans la maison de l'évêque. C'est à ce moment, au milieu de circonstances si difficiles, qu'on put juger l'homme de Dieu dans toute sa valeur.
Ces soldats, ces captifs, ces Barbares étaient mélangés. Parmi eux se trouvaient des catholiques, des ariens et des infidèles^. Mais l'humanité et la religion empêchent de distinguer à quelle croyance appartiennent les malheureux. Tous indistinctement, catholiques ou non, sont accueillis dans la charité de l'Evangile.
1. « Replctur etiarn do/nus ecclcsiœ constipai ione infideliuni, »
Peut-être quelques-uns de ces Francs ou de ces Burgondes ont violé des vierges, renversé des églises, saccagé les abbayes^. N'importe qu'ils aient cédé à leur instinct barbare, Césaire leur pardonne, et l'Eglise les hospitalise tous. Ils reçoivent lanourriture, le vêtement et même le prix de leur rançon -. N'était-il pas préférable de procurer la liberté de retourner dans leur pays à ceux qui étaient catholiques, et de rendre aux Burgondes ses provinciaux des bords de la Durance et du Rhône? On peut être persuadé que le sort des captifs fut pour Césaire l'objet dune vive pitié. Il s'intéressa particulièrement au flot de ses diocésains qui avaient eu le malheur d'être entraînés par les Barbares se repliant tout honteux vers le Nord.
Il multipliait sa charité, l'évêque, sur le théâtre où la guerre avait été si dure, si longue, si désastreuse ; mais il ne pouvait demander à son nouveau prince, comme le faisaient certains de ses collègues à Clovis, de se poser en protecteur des opprimés et en justicier de l'Eglise.
Pour augmenter ses ressources, il n'hésita pas h imiter la conduite de saint Laurent, de saint Ambroise, de saint Epiphane en face de nécessités semblables aux siennes. Encensoirs, patènes, calices, tout le mobilier, toute l'argenterie légués à l'Eglise par Eone et ses prédécesseurs furent vendus sans retard. Des colonnes et des balustrades de la cathédrale
1. Le chef des Francs avait de'clare' prendre sous sa sauvegarde les églises et les clercs, mais Thistoire nous montre bien souvent des contradictions sur ce point. Les œuvres de Césaire enregistrent des brutalite's franques comme beaucoup d'autres sources contemporaines.