I. Lih. I, cap. III
a. Lib. II, cap. i, 8.
N'y a-t-il pas là plutôt une attention de gratitude en faveur de services rendus à des prisonniers sujets des Burg^ondes et des Francs?
Le terrible soupçon revient de nouveau et Césaire est accusé encore une fois de conspiration. Certes, tout ce qu'il faisait à Arles en ce moment était loin de faire prévoir une pareille éventualité.
Les incrédules aussi bien que les fidèles ne cessaient de crier au miracle et de chanter les louanges du serviteur de Dieu. Il était si incliné vers la générosité qu'on n'allait jamais à lui sans obtenir quelque secours. Témoin le fait naïf que nous racontent ses familiers : « Un Gaulois, du nom de Bienné, vint un jour chez lui et se plaignit d'avoir été réduit en esclavage avec les siens. Voici mon fils, dit-il à l'évêque, en lui montrant un jeune homme qui le suivait. Il est captif comme sa sœur, qui va arriver. L'homme de Dieu, ému de compassion, les embrassa et leur donna de quoi payer leur rançon. Deux jours après, Bienné retourna, accompagné cette fois de sa fille, et demanda pour elle l'argent de son rachat. Césaire fut aussi généreux que l'avant-veille. Or, on sut que Bienné n'avait point de fils, mais seulement une fille et que, sous l'inspiration d'un certain Jacques, il l'avait présentée deux fois à l'évêque, d'abord avec le costume d'homme et ensuite avec les vêtements de son sexe. Et, comme les serviteurs se fâchaient de cette indigne supercherie, lui tout tranquillement de répondre : Ne vous irritez pas de la sorte. Dieu nous récompensera de l'aumône faite à cet étranger. Quant à ce malheureux, qui m'a fait embrasser une jeune fille, qu'il demande pardon pour ce péché. Le ciel permettra qu'ayant embrassé un prêtre,
bien qu'indigne, elle devienne une sainte religieuse et ne baise jamais un autre homme ^ ».
Théodoric, maître de l'ancienne partie du royaume visigothique touchant le Rhône et la Durance, envisageait cette annexion comme le prolongement de l'empire. Dans ses lettres expédiées de Ravenne à Arles, il disait aux habitants de se réjouir, parce qu'ils sont de nouveau placés dans la tradition romaine. Rentrez en la possession de votre ancienne liberté, ajoutait-il, dépouillez-vous de la barbarie, ne suivez plus les mœurs de l'étranger, soyez de vrais Romains. Et l'on vit se réaliser le rêve d'une hiérarchie et d'un ensemble d'habitudes rappelant ce qui existait avant Romulus Augustule. Un haut vicaire fut installé à Arles et les nobles familles eurent la faveur du nouveau régime. En 5i I, le fils de Magnus Félix fut nommé consul, tandis que les jeunes neveux d'Ennodius suivaient les cours des écoles de Rome, pour s'initier aux plus hautes charges du gouvernement.
Partout on respira une atmosphère de paix et de liberté. Envers les chefs de l'ÉgHse, évêques et prêtres, Théodoric montrait une correction pleine d'espoir pour les. catholiques. Arles se ressaisissait. Césaire centralisait des aumônes considérables, ses religieuses venaient d'assister à la dédicace de leur couvent rebâti, lorsque tout à coup un ordre très déconcertant arrive (5i3).
Le Souverain appelait Césaire à Ravenne. Des gardes s'empaient immédiatement de sa personne
I. Lib. II, cap. n, 19 : « Dieu qui lit dans Tavenir, sachant • ju'elle ne persévérerait pas dans la virginité, la relira presque incontinent fin monde, ainsi que ciiacun le vit et le sut à la basilique des Apôtres, en Arles. »
et le voilà sur le chemin de l'Italie^. Pour juger une mesure pareille on ne peut que conjecturer une dénonciation faite à Gemellus, le vicaire local. Celui-ci, craignant sans doute les rancunes, peutêtre les colères ou la vengeance de quelques comtes militaires ariens, dut transmettre le rapport formel de trahison. C'était toujours, apparemment, la même cause dhostilité. Césaire était plus haut que les vainqueurs et les vaincus. Il faisait le bien à tous sans regard de nation. De même que la fournaise éprouve l'or et l'argent, dit Cvprien, ainsi Dieu éprouve le cœur des élus.
Il laissa donc sa ville, l'apôtre d'Arles, il dit adieu à ses chères ^ierges des -\lyscamps et, bénissant son peuple, il prit hâtivement le courrier impérial qui devait l'emmener vers la capitale. Refaisant le parcours de cette célèbre voie aurélienne, semée de temples et de tombeaux antiques, de villas, d'oratoires chrétiens, il passe à Aix, Saint- Maximin, Fréjus, jette un regard sur Lérins et. brûlant les étapes de la Péninsule, il arrive à Ravenne. Sur-le-champ introduit dans le palais, il s'empresse de saluer le roi, dit notre fidèle narrateur du VI® siècle.
Théodoric le Grand n'eut pas plutôt aperçu la belle, intrépide et vénérable figure de Césaire qu'il sentit le néant des accusations dirigées contre l'homme de Dieu. Il descendit de son trône, se découvrit respectueusement, alla au-devant de lui, l'interrogea avec affection, non sur le sujet qui l'amenait en sa présence, mais sur son apostolat, son voyage, sa santé, sur les Arlésiens et sur les soldats