I. Lib. I, cap. III
goths qui tenaient garnison à Arles. Dès que l'illustre visiteur fut sort}, il dit à son entourage et aux ministres de sa Cour : « Je ne comprends pas qu'on ait infligé à un homme saint et juste un voyage si pénible dans la tenue d'un prisonnier. Ce qu'il est, cet évêque, je l'ai senti dans tout mon être, qui a tremblé lorsqu'il entra pour m'offrir ses salutations. Oui, je le vois, son visage angélique, son attitude d'apôtre ne permettent pas de penser mal de lui. Que Dieu n'épargne pas ses dénonciateurs 1 ! »
Evidemment des amis haut placés, peut-être quelques membres de l'épiscopat, avaient parlé au prince des mérites et de l'innocence du saint. L'impression favorable de sa visite acheva la justification. Pour mieux l'accentuer, Théodoric lui fit remettre un plat d'argent massif avec un présent de trois cents sous d'or. « Recevez, lui disait-il dans un mot charmant qui doublait le prix du cadeau, l'offrande du roi, votre fils, et gardez-la en souvenir de son amitié. »
Cyprien rapporte ici des détails qui montrent à quel point Césaire fut heureux et favorisé à la Cour de Théodoric. Il va sans dire que l'évêque ne fit jamais paraître le plat d'argent à sa table. Sa pauvreté monacale se contentait d'ustensiles de bois, de verre ou de céramique grossière. Le beau disque royal fut donc vendu sur une place publique et adjugé au plus offrant. Son prix servit à libérer plusieurs captifs. On raconta cette action à la Cour, en ajoutant que la maison où logeait Césaire était journellement envahie de pauvres et de prisonniers.