Ennod. ad Cœsarium, Mon. Ger. H
vainqueur qui les poussait devant lui. Le bonheur du père, du métropolitain fut grand, lorsqu'il put rapatrier tous les prisonniers provençaux. Il est raconté qu'il allait lui-même assister au départ, et se donnait la consolation d'examiner les chariots, les montures, les provisions, afin de s'assurer qu'il ne manquait rien *.
Peut-on trouver quelque chose de plus touchant? Doit-on s'étonner que, devant cette charité surhumaine, les guerriers les plus durs aient senti une domination irrésistible? Dieu lui-même ne refusait rien aux prières du saint.
Une pauvre veuve de Ravenne vint un jour le voir -. Son fils unique, employé dans l'administration militaire, était tombé subitement malade et gisait inanimé. Quand tout espoir humain de guérison fut perdu, elle courut chercher consolation auprès de Césaire. N'écoutant que sa foi, elle s'étend à ses pieds, sanglote, hurle, embrasse ses genoux et le conjure de rendre le fils à la mère. L'évêque s'excuse d'abord, par humilité sans doute, mais pensant qu'il serait cruel de dédaigner ces larmes et une foi si grande, il résolut de louer Dieu en même temps que faire un acte de charité. Il parvint en secret dans la maisonnette du malade et, s'étant mis en prière près du lit du mourant, il sentit, par un mouvement de l'Esprit-Saint, qu'il était exaucé. Aussitôt il sortit, laissant Messien, son notaire, pour qu'il surveillât la situation et lui rendît compte de la guérison. Bientôt le jeune homme ouvrit les yeux
I . « Imposiiit cuin suinpto jiunentis etplaustris in via^ suorum-
(fuesolatio et ordinationc fecit ad propria revocare » Lib. I,
cap. III, 27.
a. Lib. I, cap. III, 28.
et, se tournant vers sa mère, lui dit : a Mère, allez vite remercier le serviteur de Dieu, car c'est à lui que je dois la vie et que vous devez votre fils ».
L'heureuse mère vola vers le saint et, avec ses larmes mieux que par ses paroles, lui exprima son bonheur : « C'est vous et Dieu, ajouta- t-elle, qui avez rendu mon fils à la lumière ; je vous le donne, gardez-le, emmenez-le avec vous en Gaule et qu'il ne vous quitte jamais )>.
Ce miracle fit monter encore plus haut et répandit plus loin la renommée du saint. Tous voulaient le voir et lui rendre leurs dévotions.
Parmi ceux qui eurent recours à sa vertu, nous rencontrons un médecin, le diacre Elpidius. Le texte de la J^ita nous apprend qu'il exerçait son art professionnel auprès de Théodoric. Très estimé au palais impérial, il semble qu'il eût dû vivre heureux dans l'intimité des grands du monde. Hé bien, non; il était tourmenté par le démon et sa demeure ressemblait à un enfer. Césaire vint le voir, sanctifia ses appartements, les aspergea d'eau bénite et jamais plus rien d'extraordinaire ne s'v passa ^
La gloire que s'était attirée l'homme de Dieu par son dévoûment, l'auréole de sainteté qui jaillissait de ses miracles, ne tardèrent pas à se communiquer jusqu'à Rome, où se tenait le Sénat. Jour par jour on y était mis au courant de ce qui se passait à Ravenne. Et le peuple, les sénateurs, les clercs, le Pape voulurent voir Césaire et le féliciter. Leur cœur l'aimait, mais ils souhaitaient satisfaire leurs regards. Césaire, cédant aux instances du Souverain Pontife et partageant sans doute lui-même ce désir,