I. Appendix
1. « Quid dominus Cœsarius senserit contra eos qui diciint qiiare aliis Deus det gratiam^ aliis non ckt... » Publié pour la première fois pardom Morin. Rev. bénéd.^ XIII (1896).
avoir ce droit, dit-il, il aurait fallu rendre à Dieu les actions de grâces adéquates au salut des élus. Or, si l'univers entier rendait grâces pour un seul, la miséricorde divine recevrait un prix insuffisant : que dire alors du salut de milliers d'élus? Vous prétendez juger Dieu et le questionner sur la grâce à l'un et le refus de grâce à l'autre. Ce que vous osez dire d'un petit nombre, pourquoi ne pas le dire de tout le monde ? Osez donc demander à Dieu pourquoi, après tant de milliers d'années seulement, il est venu pour la rédemption du genre humain; pourquoi, à part la nation juive, dans le cours de tant de siècles, le monde entier est demeuré dans l'erreur, privé de la grâce divine ? Ajoutez encore : Quand Abraham a été appelé, pourquoi, comme lui, les autres hommes n'ont pas été appelés à connaître la miséricorde? Quel dessein Dieu a-t-il eu de faire tomber la rosée de la grâce, pendant des milliers d'années, sur le seul peuple de la Judée, sans rafraîchir les autres de son amour?... )>
La série des questions continue, tranchantes, sévères, et l'auteur conclut la première partie en citant le mot de saint Paul : « O altitudoî »
La seconde partie accentue la pensée qui dénie à l'infidèle une vertu valable pour le salut et convie à adorer les jugements impénétrables de Dieu : « O profondeur mystérieuse, répète Césaire, homme, qui es-tu pour répondre h Dieu ? »
Les œuvres spéculatives, que nous venons d'ana- Ivser, montrent dans Césaire la valeur du philosophe et du théologien. Il reçut surtout l'opinion d'autrui, l'exposa avec beaucoup de zèle et la plaça sous le patronage du Souverain Pontife. Mais on verra le complément de ces affirmations dans les conciles,
de même que l'exposé de toutes ses idées au chapitre de la prédication.
En attendant, il convient de connaître les événements politiques survenus afin de mieux juger les problèmes religieux et en apprécier plus équitablement les solutions.
Le régime ostrogothique établi à Arles depuis 5o8 parvint difficilement à dissiper l'atmosphère d'hostilité entre catholiques et ariens. Ceux qui pensaient comme les maîtres n'avaient que du dédain pour les autres. Cyprien nous raconte un fait qui peint au vif le sans-gêne des comtes et des soldats goths, en même temps qu'il nous révèle la bonté de Césaire. Des sangliers ravageant les domaines du couvent suburbain, ceux qui l'habitaient voulurent les éloicrner. Les officiers et les chasseurs, amis du pouvoir officiel, n'entendaient pas la chose ainsi et, tenant à cette chasse productrice de bon gibier, se querellaient avec les moines, leurs fermiers, leurs voisins. De tout cela on va se plaindre à l'évêque. Celui-ci prie Dieu à haute voix, lève les yeux et les mains au ciel en disant : « Seigneur Jésus-Christ, faites que jamais plus les sangliers ne fréquentent ce lieu )). Il en fut ainsi, paraît-il : bêtes sauvages et passionnés chasseurs disparurent ^,
Théodoric le Grand était ouvert aux idées pacifiques. Animé d'une émulation toujours plus grande pour la tradition impériale, il se décida à nommer à la préfecture d'x\rles un homme recommandable sous tous les rapports. Libère avait géré avec un rare mérite plusieurs emplois supérieurs près la préfecture du Prétoire d'Italie. Les dignités le cherchaient,