I. Fita, lib. I, cap. ir
tandis qu'il les fuyait. S'étant retiré de la politique, il n'y revint que sur les instances de Théodoric et contribua, aussi bien que Boèce et Cassiodore, à l'éclat de ce règne mémorable. Son entrée en charge semble pouvoir être fixée en 5i4. Il n'était pas encore Préfet d'Arles, malheureusement, lorsque Césaire fut appelé à Ravenne, mais il l'était en 5i5, comme nous l'apprend Ennodius. Les pouvoirs de Libère égalaient presque ceux du roi et s'étendaient même sur l'élément militaire. Il en usa pour l'intérêt des cités et celui des églises. Ses qualités d'administrateur ne faisaient pas tort à ses vertus et son amour pour la religion accentuait son penchant à la bienveillance. La sollicitude que lui imposait sa charge de Préfet le porta à réparer les désastres des invasions, à favoriser le commerce, à avantager les gens de la campagne, et aussi h construire des églises, à étendre leurs immunités, à faciliter les réunions de conciles. Par ce qu'il a fait, on a jugé qu'il appartenait à la religion catholique \ Il est certain que les notaires de notre évêque le peignent sous les traits d'un ami intime. Ses relations avec Césaire sont touchantes et durant dix-neuf ans (5 1 4-533) ce sera un bonheur pour l'un et pour l'autre de se rencontrer.
Le milieu de son temps de préfecture coïncide avec un événement qui valut à Théodoric un accroissement de territoire au nord d'Arles (523). Les fils de Clotilde envahirent, en effet, le royaume de Burgondie. Pour se défendre des agresseurs et aider la faiblesse de son voisin des Alpes, Tulun, général de
I. ((Ex his aliisque catholicum fuisse intellighnus etiamsi in obsequio esset régis ariani. h Lib. II, cap. i, 9. Nota.
Théodoric, occupa les cités d'au delà de la Durance, sans qu'il lui en coûtât un seul homme. Ce fut une victoire sans combat, selon le mot de Cassiodore ^.
Séparées depuis longtemps, les églises des deux rives de la Durance allaient pouvoir reprendre leur existence commune et se réunir, sans complication politique, à la province de Césaire.
De la sorte, cette masse compacte dévêchés sous la direction métropolitaine d'Arles imprimera avec plus de force le mouvement religieux a la Gaule. Il nous a semblé qu'on devait rapporter à ce moment le trait que nous lisons dans la Fita antique.
(( Un jour, racontent nos pieux biographes, le patrice Libère, se trouvant sur les bords de la rive droite de la Durance, fut lâchement attaqué par des Visigoths qui le transpercèrent de coups. L'entourage du Préfet se précipita sur les meurtriers. Pendant cette course à travers i'oseraie, une lutte corps à corps s'engagea et on oublia la victime. Libère, regardant avec effroi sa blessure et désirant cruérir, tenta un suprême effort pour atteindre tout seul la rive gauche delà rivière. Arrivé à Arnagine -, perdant son sang, il tomba, à bout de force et presque sans \'ie. Des habitants de la localité l'aperçurent et s'empressèrent autour de lui. Toute la ville sut cela, mais nous avons entendu nous-même ce magistrat illustre raconter le fait, en versant des larmes de reconnaissance sur la bonté de son sauveur. Il me souvient, ajouta-t-il, que, n'ayant plus que le râle, je criai à ceux qui étaient autour de moi : Puis-