I. Lib. II, cap. I, 9 et lo
charité et, à cette occasion, elle daigna me faire part de son infirmité, me priant avec beaucoup d'instance de lui ofFrir quelques vieux morceaux du linge dont le saint se servait. J'aurais pu très facilement contenter de suite Agretia, car j'entrais librement dans la cellule de Gésaire, mais je craignais de faire un péché en procurant par un vol ce quelle attendait comme remède. Confiant mon secret au camérier qui avait la charge du vestiaire, je reçus un petit linge à l'usage du saint. Le soir venu, nous lui appliquâmes, selon l'habitude, des carrés de flanelle sur l'estomac et la poitrine pour le réchauffer en se mettant au lit.
« Ce ne sont pas ceux-là que je veux, déclara-t-il, et, à mesure qu'on lui en montrait d'autres, il les refusait, indiquant nettement le morceau disparu. Il n'y avait plus moyen de cacher le vol, car l'homme de Dieu savait qu'un don était sorti de lui, comme ?sotre-Sei^neur au toucher de sa robe.
« Tremblant de peur, je m'approche de notre père et je lui dis bien bas : Pardon, le linge que vous demandez, je l'ai pris pour votre fille, car... Il m'arrêta à ces mots et, prenant lui-même un autre linge, il me le remit, en m'ordonnant de porter tous les deux à la basilique Saint-Etienne sur l'autel eucharistique. Demain matin, conclut-il, vous en donnerez un à la personne qui vous Ta demandé et vous me rapporterez l'autre. Je fis ce qu'il m'avait prescrit : il ne réclama jamais plus rien ni ne voulut savoir la destination de son envoi.
« Cependant Agretia, impatiente de recevoir ce que je lui avais promis, cherchait du regard mon arrivée. Dès qu'elle me vit de loin, elle courut à ma rencontre, les mains tendues et, m'arrachant avec une
joie ardente ce petit linge précieux, elle le couvrit de baisers, puis le posa dévotement sur sa poitrine. Ce fut alors, d'après son aveu, comme une eau qui rafraîchissait tout son corps, et un tremblement dont ses membres restèrent secoués. Mais, par la miséricorde divine, l'infirmité cessa à l'heure même et pour toujours. La parole du Sauveur s'accomplit en toute vérité : Va, ma fille, qu'il soit fait selon ta foi < ! »
Cependant les Etats francs s'agrandissaient toujours et faisaient successivement tomber barrières et desseins politiques des empires vivant à coté. La Thuringe d'abord (53o) et ensuite la Burgondie (532) domptées, les Francs s'avancent jusqu'à Vienne et menacent la Provence.
Libère les arrête pour un temps. Amalasonthe, fille du plus grand roi des Barbares, Théodoric, ne comprenant pas qu'il fallait prolonger le gouvernement de cet habile défenseur de la patrie à Arles, préfecture des Gaules, le rappela pour diriger les affaires d'Orient (533). C'était une faute grave. Elle s'ajoutait à tant d'autres causes de dissolution intérieure que la monarchie ostrogothe devait en succomber. Athalaric, en effet, est enlevé tout jeune à l'empire, par suite de ses mauvaises mœurs (534). Sa mère Amalasonthe épouse l'indigne Théodat qui la fait étrangler (535). Bélisaire, général de Justinien, se jette sur l'Italie avec de nombreux soldats: c'était l'heure décisive pour la race franque.
L'armée ostrogothe, qui occupait la province de Gaule, aurait pu barrer le passage et livrer bataille ; mais le duc Marcias, chef de cette armée, traversa