‹ Saint Césaire (470-543) [microform]Chapitre 44 sur 98 · Can · texte numérisé non relu

Can

menageani ses collegues peui-elre vises., il n'en proclame pas moins la loi de rimmunite des consciences et montre son profond respect de la dignile chretienne. Get exemple memorable trahit une haute rectitude d'inlelligence et une touchante bonte de coeur.

Mais, si Cesaire accordait toute garantie auxclercs dans la juridiction ecelesiastique, ii ne voulait pas les voir recourir aux tribunaux civils. La-dessus il se conforme aux privileges que le Breviaire d'Alaric lui accordait, sans les etendre. Une reconciliation entre I'Eglise et le roi des Visigoths avail amene ce bon resultat de laisser les personnes ecclesiastiques libres des competences judiciaires.

Le canon 82 du concile en profile pour interdire aux clercs de ciler qui que ce soil devanl un juge seculier, sans la permission de Teveque. Si par hasard un lai'que se fail accusaleur, on ne I'emp^chera pas de suivre son dessein ; mais, 'a la sorlie du Iribunal, le clerc ou 1'eglise calomnies seronl venges. La penitence publique et 1' excommunication alleindronl le coupable pour sa mauvaise conduile.

Toule action criminelle estdefendue par I'Eglise, qui temoigne par la de 1'horreur du sang.

Enfin le clerc convaincu de fautes ne peut chercher refuge aupres des lai'cs. S'Jl le fail, s'il en appelle du jugemenl ecclesiastique au jugement seculier, il subira reffet de rexcommunication 1 . La loi civile, d'ailleurs, reconnaissail 1'inviolabilite des sentences de I'Eglise et ceux qui accueillaient les appelants etaienl eux-memes chasses de la communion. La faveur elait conrlue au vi e siecle et il est meme

i. Can. 8.

curieux de voir comment le texte du 23 e canon est rep roduit a travers les ages :

L'ev6que conferera les dignites au merite et ne fera pas avancer un clerc au detriment des autres. On n'ordonnera pas un ev6que avant 1'age de trente ans 1 .

La discretion du concile eclate dans la partie relative a 1'episcopat, de meme que la sagesse est manifeste dans la question precedente des ministres inferieurs. Partoutc'est une serenite etune ampleur de gestes qui denotent les plus beaux caracteres et des ames tres loyales. Nous allons \oir un nouvel exemple de cette superiorite de vues dans les deliberations afferentes auxbiens d'Eglise.

Sur les populations modestes, comme sur 1'aristocratie la plus opulente, les eveques ayaient pris un ascendant considerable. Us etaient devenus les veritables chefs des cites gallo-romaines : autour d'eux se groupaient, selon le mot de M. Prou, toutes les institutions dans leur integralite 2 . Du fait de son autorite morale, 1'Eglise vit augmenter son pouvoir materiel, ses richesses territoriales s'etendre, partout son role social grandir. A la formation de ce patrimoine avaient concouru non seulement les princes chretiens et les moines, les senateurs et le clerge, mais le pays tout entier.

Pour administrer de pareilles richesses et les accroitre, des regies etaient necessaires. C'est ce que firent les conciles. Celui d'Agde s'en occupa dans une large mesure.

II veut que les ev&ques laissent leurs biens a leur

i. Can. 17.

a. La Gaule merovingienne, chap. Y.

eglise. Ceux qui ne le font pas, a moins de raisons legitimes, auront leurs comptes livres a la discussion des iresoriers ecclesiastiques. Les depenses faites par eux, de leur vivant, seront controlees et Ton s'assurera des dedommagetnents pour la caisse diocesaine *. Malheur a celui qui ne se cree aucun litre a la reconnaissance.

Avec les dispositions des lois successorales en vigueur a cette epoque, 1'Eglise devenait heritiere de la plus grosse part de la fortune des clercs. Etaientils sans enfants? C'est elle qui remplacait la famille, s'il n'y avail pas de teslamenl. Avaient-ils des fils? Elle conservait 1'avantage d'une part immediate et Tespoir d'une vocation qui lui remeltrait le restant. Que d'exemples dece genre sur les sieges de Vienne, de Lyon, de Clermont!

Des clercs avaienl la garde des archives episcopales. Sur les proprietes ecclesiastiques les documenls s'enlassaient, car les liber.alites etaient immenses. II parail que des heriliers avares et sans conscience essayaienl de souslraire les pieces aux depots diocesains. Quelquefois ils y parvenaient par des vols, maisil arrivail aussi que les archivisles, par complaisance ou complicite, livraient les lilres de propriele. Ces Irahisons sonl reprimees de deux mameres. D'abord, les clercs infideles sont prives de la communion et obliges de reparer, de leurs biens propres, ledommagecommis 2 . Semblablepeineatteint les receleurs qui profitaienl du vol. Ensuile le gouvernemenl ne permettaitjamais unepareille fuite et les coupables recevaienl la punition de leurs fautes.

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