‹ Saint Césaire (470-543) [microform]Chapitre 47 sur 98 · Can. i · texte numérisé non relu

Can. i

Aux catechumenes de Rome, la tradition du symbole des Apotres se faisait le quatrieme dimanchede car6me. Le rite de cette preparation au bapteme eonsistait a apprendre les articles du Credo.

Lavariante dejour est a retenir, de meme qu'il serait curieux de noter les commentaires fails sur la science requise des candidats.

A regard des penitents furent rediges deux canons pleins d'interet. Ces pauvres gens, exclus de la societe des fideles, formaient un groupe a part a Feglise, et etaient congedies avantla celebration des saints mysteres. Pour etre reintegres solennellement, ils devaient se soumettre a derudes epreuves. D'apres le canon i5, le pretre faisait publiquement 1'imposition des mains et placait un cilice sur la tete du penitent. En signe de repentir, la tete devait etre rasee et le corps couvert de vetements de deuil.

Ce regime etait humiliant et quelques-uns ne consentaient pas a expier d'une si dure facon leurs fautes graves ou publiques. D'autres, au contraire, penetres de douleur, arrivaient par cette voie austere jusqu'a 1'heroisme des vertus. On trouvait la des chretiens si parfaits, si edifiants que certains eveques n'hesitaient pas a les ordonner diacres et pr6tres. Le canon 43 exclut du clerge tous les penitents, et il plait aussi aux Peres du concile de prescrire que les clercs condamnes a cette epreuve ne pourront plus celebrer a 1'autel.

L'autel etait place en avant de 1'abside dansl'axe de lanef. A Torigine, ii n'y avait qu'u'n autel par eglise, mais peu a peu 1'usage les multiplia. II eonsistait en une table de pierre rectangulaire posee sur unpiedestal. Les tranches de la table etaient ornees de colombes ou x d'agneaux symbolisant les douze

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apotres et accostant le monogramme du Christ. Gesaire statue que, pour consacrer un autel, il faut une onctiondu chrome etla benediction dupretre 1 .

Dans la suite, le rituel de la dedicace des autels se completa, ainsi d'ailleurs que 1'institution des paroisses.

Le canon 22 merite une mention toute particuliere. II traite justement des eglises paroissiales et des oratoires ruraux. La rarete des documents historiques sur cette question nous fait accueillir avec le soin qu'il merite le texte des Peres.

Si quelqu'un, disent-ils, en dehors des paroisses pu se fait le groupement legitime et ordinaire des fideles, veut avoir uu oratoire dans sa campagne pour y entendre la messe, nous le permettons. II y a la, pour une famille, des raisons legitimes de fatigue, d'eloignementjdepiete. Cependant nous faispns exception pour les fetes de Paques, de Noel, de 1'Epiphanie, de 1'Ascension, de la Pentecote, de saint Jean-Baptiste 2 qui doivent se celebrer dans les villes et dans les paroisses. Quant aux clercs qui, sans nos ordres, pretendraient officier les jours susdesignes dans les oratoires ruraux, ils seront prives de la communion.

Une distinction profonde difFerenciait done deja I'eglise paroissiale de la chapelle de secours. A la base du christianisme nous voyons Feveque rieunissant dans chaque cite les fideles qui viennent prendre part au sacrifice et entendre la parole de Dieu. Quand la paix est proclamee dans 1'em.pire

i. Can. 1 4.

a. Saint Jean-Baptiste est 1'objetd'un culte special en Gaule. Nous trouvons parlout, dans nos villes et nos villages, des chapelles dedie'es a sa memoire.

remain, les pasteurs quittent leurs catacombes et etablissent des centres chretiens. Ce n'est plus 1'humble edifice des temps oil il fallait se cacher pour offrir ses prieres, mais le grand jour de la liberte fait lever la semehce du sang 1 des martyrs. Les chretiens, en se multipliant, multiplient les basiliques non seulement dans les agglomerations importantes, mais m&me dans les bourgs et les villages 1 . Au iv e siecle I'organisation des paroisses prenait une proportion pleine de promesses, et au v e siecle les conciles s'occupaient de regler leiir temporel. Les senateurs, les gros proprietaires fondaient souvent un oratoire domestique, lequel successivement se transformait en sanctuaire religieux ouvert a tout le pays environnant. Lespretres residents, ainsi que certains seigneurs de campagne, se montraient parfois d'une trop grande independance sociale etreligieuse. C'est pourquoi leurs chefs rappellent le principe d' unite. Autour de 1'eveque doit se grouper toute la famille sans exception : les cures deparoisse, les auxiliaires des chapelles domestiques, les simples fideles. Aux grandes solennites les pasteurs doivent voir leurs brebis. Chacun, meme le plus riche, descendra de sa villa ou de sa ferme, pour se presenter a celui qui a charge d'ame. Pres de l'evque ou du cure accourent tous les enfants. Les seculiers qui s'eloigneraient de la communion a Noel, a Paques et Pentecote ne serontpas considerescommecatholiques 2 . Ces informations historiques nous representent les moeurs de nos ancetres. Malgre leurs instincts barbares et le milieu corrompu de 1'epoque, ils sont

i. Cf. Vita S. Ccesarii.

a. Can. 18.

eroyants, obeissent al'Eglise, qui est le centre de leurs interns, ils s'agenouillent aux pieds des saints avec une foi admirable. La mission du sacerdoce, delicate alors entre toutes, se poursuivait dans la lutte. Ariens, Juifs, pai'ens faisaient la> guerre aux idees chretiennes. Ailleurs, nous avons dit les attaques des heretiques, le concile n'en parle pas, sans doute pour menager Alaric; mais il met en garde contre le culte d'idolatrie. Ce que nous a decrit Ausone an v. siecle, existait au vi e . Des devins et des sorciers, parcourant le monde, sollicitaient le peuple pour recettes medicales en cas de maladie, ou previsions de 1'avenir. Et i'on voyait des baptises suivre ces superstitions, porter des amulettes, ecouter ces charlatans, participer a des sortileges.

Le canon 4 2 s'^leve avec vehemence contre cette peste qui empoisonne la foi catholique, en s'appliquant a 1'etude des augures, aux sorts des saints, aux predictions : Quiconque, clerc ou seculier, pratiquera 1'usage de ces. observances pai'ennes, sera mis hors de 1'Eglise .

Une frequentation que les Peres d'Agde jugerent dangereuse, etaitcelle des Juifs. Les inscriptions sur pierre et les textes de nos archives nous prouvent qu'ils etaient nombreux dans les Narbonnaises. Leurs communautes, vouees au trafic, cherchaient aussi a faire du proselytisme. Par des invitations et des festins ne pourrait-on arriver a 1'apostasie ?

Voici un canon fort curieux sur les relations trop cordiales avec les Juifs : Dorenavant clercs et laics eviteront de manger a la table des Juifs ou de les convier a leurs repas. II serait indigne et sacrilege que des chretiens mangent de leurs mets, alors qu'ils n'usent pas eux-me'mes des mets ordinaires.

Ce que nous permet 1'Apotre est impur a leur sens. Et ainsi l.e chretien serait inferieur au Juif : 1'un prendrait ce qu'on lui offre et 1'autre le mepriserait 1 .

La perfidie juive est bien mise en relief dans le canon 24 On ne pourra affirmer que les Peres ont commis une exaggeration, si on se rapporte au siege d' Aries de I'annee suivante (Soy). II arrivait done frequemment que certains Juifs se presentaient au catechumenat pour recevoir le bapteTne. C'etait, peut-on croire, sans conviction, puisque, selon le mot du concile, ils retournaient peu apres a leur vomissement 2 . Pour les admettre a la foi catholique, ils feront un stage de huit mois, observeront les epreuves des catechumenes et montreront une croyance pure, digne de la grace baptismale. Cependant, s'il y avait peril de mort, on les baptiserait.

Certaines Eglises d'Occident s'etaient relachees de 1'observance du careme. Le concile les ramenea la discipline, et present le jeune a tons les catholiques pendant la periode quadragesimale, sans excepter le samedi 3 .

Ce dernier trait vise un flechissement abusif et remet dans la regie ceux qui s'en etaient ecartes.

II nous reste a dire encore deux mots, 1'un de severite et 1'autre de misericorde. Le premier regarde les pecheurs publics, les calomniateurs, les homicides, les vindicatifs. Geux qui souillent le foyer conjugal, ceux qui abandonnent leur epouse pour convoler a d'autres unions, sans recourir aux eve-

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