Maassen, Condi., p. 45-46. Revue bene'dictine r XXI
naitre, en un coin de la sacristie de la cathedrale, quelque chose d'authentique rappelant ce lointain passe; toutefois une inscription commemorative du concile de la grace a ete posee vers le milieu du siecle dernier sur le fronton du portail occidental de Notre-Dame.
Vaison, oil Cesaire reunit ses coprovinciaux, quelques mois apres, c'est-a-dire en novembre 029, est batie sur FOuveze. Florissante depuis la periode massaliote, cette ville prospera davantage avec les Gallo-Romains. Rien ne manque auxbeatix specimens de la civilisation de Rome : depuis le theatre jusqu'aux carrefours ornes de statues, frequentes par les colleges d'artistes ou les families senatoriales, tout y parle de splendeur 1 . Mais c'est versl'eglise de Notre- Dame, par-dessus le cirque, les temples, le musee en plein air de ce vicus, que nous appellent les onze ev^ques conduits par Vindemiale et presides par Cesaire.
Ici le ravage des siecles et la main criminelle des hommes ont fait moins de mal qu'a Carpentras, Aries, Orange, Agde, d'oii nous venons. Malgre le mystere troublant qui plane presque toujours sur rattribution d'edifices datant de si loin, alors qu'ils ont ete remanies plusieurs fois, il semble que certaines colonnes de Fabside sont merovingiennes. Vues de pres et prises a part, il y a la des pieces, du moins, qui accusent une -epoque contemporaine du conciie. Et ce n'est pas, nous 1'avouons, une des moindres curiosites pieuses que celle de palper la
I. Mosaiques, bains, inscriptions, bas-reliefs de divinite's tres nombreux nous demontrent la grandeur de Vaison a cette epoque.
table d'autel de la chapelle de la Vierge, ornee de parapres qui sortent d'un vase et montrant le chrisme aceoste de 1'a et de 1'w. L'attrait de ces vestiges respectables et de leur etude interessante doit pourtant ceder la place au document conciliaire.
La preface nous apprend qu'on fit la lecture des antiques regies des Peres et qu'on ne se trouva en presence d'aucun manquement a ce sujet. En sorte que 1'assemblee s'entretint de perfection spirituelle, de charite et, sous Finspiration de Dieu, definit cinq canons.
Le premier est relatif au recrutement et a la formation, du clerge. Nous avons vu que les paroisses etaient organisees et que les desservants avaient toute la sympathie du zele metropolitain. Pour eux, pour leur vie admirable et si meritoire dans leur isolement, Cesaire s'etait epris de liberalites et d'attentions de toutes sortes au point de vue surnaturel et materiel.
Main tenant, adaptant aux villages ce qui se passait pres des cathedrales, il invite les cures a creer des eeoles presbyter ales. Tous les pretres qui sont places alatete des paroisses, dit-il, imiteront 1'usage italien, et prendront avec eux les jeunes lecteurs pour leur donner assidument I'instruction. Ils se comporteront avec leurs eleves comme de bons peres spirituels, les nourrissant de la science divine, les preparant au chant des psaumes, les instruisant sur la loi de Dieu. De la sorte ils auront forme de dignes continuateurs et merite la recompense eternelle.
Ce moyen de susciter des vocations au sein du clerge paroissial, de conserver le niveau intellectuel, de preparer de loin un sacerdoce de choix etait une.
idee tres heureuse. Elle reussit encore meme de
nos jours et produit des sujets aussi bons que nombreux.
Dans le second canon, Cesaire mit fin au monopole de la predication qui etait exercee paries evfeques seuls. II attribue ce droit auxpretres et, en cas d'empechement de leur part, il autorise les diacres a faire auXifideles la lecture d'une homelie. Puisqu'ils.sont juges dignes de lire 1'Evangile, a plus forte raison peut-on leur permettre de lire les ecrits (les Peres . Cette question de la predication ainsi etablie demande quelques rapprochements pour 1'eclairer. En Gaule, 1'usage, 1'ordre nifeme etait d'interdire la chaire aux pre"tres. Rome, preoccupee de la surete de la doctrine, ne voulaitpas qu'onportat, sans preparation, des opinions hasardees sur le dogme et en particulier sur la grace. De ce chef, Pignorance menacait de gagner les fideles. Car, d'une part, les bons eveques ne pouvaient suffire a evangeliser tout un diocese, surtout quand il etait immense comme celui d' Aries, et d'autre part certains prelats s'occuperent plus de leurs terres que de leurs ouailles 4 . Les petites circonscriptions episcopales d'ltalie ou d'Afrique, tres multipliees, souffraient moins de cette mesure, mais 1'inter^t des dioceses gaulois exigeait plus d'independance. A Cesaire revient 1'honneur, la hardiesse, rinitiative pieuse d'avoir vulgarise la predication et dissipe 1'ignorance qui tendait a s'accumuler, soitparmi les fideles, soil parmi les pretres, soitparmi les eveques.
Le chapitre suivant achevera de nous renseigner
I . ... Pontificesqui agros possunt ordinare vel colere multi inveniuntur; qui vero animarum pabulum providere valde pauci et ran. Admonition de saint Cesaire, publie'e par M. Malnory, Appendice.
LES CONCHIES PRESIDES PAR CESAIRE. 171
sur le devoir et la pratique de 1'instruction chretienne, trop negligee par les dignitaires de 1'Eglise.
Parle quatrieme canon, il estprescrit de faire meraoire a la messe du Pape regnant, et ceci nous prouve bien les dispositions dont Cesaire etait anime a I'egard du Saint-Siege.
Enfin, le cinquieme canon, visant les ariens, est ainsi concu : D'accord avec Rome, 1'Orient, toute 1'Afrique et 1'Italie, on recitera le Gloria Patri et le Sicut erat a la fin de chaque psaume, cantique ou verset .
Le dernier des conciles provinciaux de Cesaire regarde une affaire de mosurs. II se tint a Marseille le 26 mai 533. Depuis trespeu de temps Auxanius etait ev^que de cette grande ville, sur laquelle s'etendait la juridiction metropolitaine d' Aries.
Sans doute, le primat profita de 1'installation recente d'Auxanius pour nouer des relations arnicales avec lui, et imprimer a ce diocese la direction donnee precedemmentaux autres parties de sa province.
Un fait miraculeux de la Vita trouve ici sa place. II eut lieu a Marseille a 1'occasion d'un voyage du saint , peut-etre pendant le cours de cette visile synodale, sansqu'onpuissePaffirmer. La dame riche efpieuse qui en fut 1'objet souffrait d'une luxation ancienne au pied. G'est avec peine que ses serviteurs la portaient a 1'eglise pour y rendre ses devoirs a Dieu. Mais la misericorde du ciel est infinie. Apprenant que le saint eve*que etait a Marseille, la malade se rendit pres de lui pour le saluer., Lui ayant demande le secours de ses prieres et sa benediction, x elle se retira sans oser exprimer son desir. Cependant, mue par sa foi profonde, elle demanda la permission de s'approcher du cheval de Cesaire et, prenant la