‹ Saint Césaire (470-543) [microform]Chapitre 75 sur 98 · Dom Morin, Revue be'nedictine, t. XXlII,p. 35o et seq · texte numérisé non relu

Dom Morin, Revue be'nedictine, t. XXlII,p. 35o et seq

2. Lib. I, cap. v, 4 2 : ((Prsedicationes congruasfestivitatibus et locis, contra ebrietatis ctlibidinismalum, contra aruspices, contra calendarum paganissimos ritus, etc...

186 SAINT CfiSAIRE.

plus abondantes informations sur le predicateur et le siecle on il vit et les gens qu'il catechise et les mceurs de 1'epoque et la situation de 1'Eglise. Rien ne nous apprendra mieux 1'etat general dans lequel Cesaire exerca ses fonctions pendant plus de quarante ans.

Le paganisme ne comptait plus officiellement, au vi e siecle, mais la conversion a 1'Elvangile n'avait pas beaucoup modifie la corruption humaine. Partout I'eveque rencontre le peche qui detruit le temple de Dieu et la demeure du Saint-Esprit. Voyons, en suivant l'ordre de la Vita, comment il 1'attaque.

Les anciennes fetes publiques se continuaient dans la ville et surtout dans les campagnes. Avec elles c'etaient des souvenirs offensants pour 1'Eglise et des actes licencieux. Cesaire reprimande ceux qui delaissent les assemblies chretiennes, afin de pouvoir se rendre commodement aux spectacles. Vous avez promis au bapteme, leur dit-il, de renoncer au demon, a ses pompes et a ses oeuvres. En meme temps que vous preniez cet engagement, le pr^tre 1'inscrivait sur les registres. Et aujourd'hui, oubliant vos serments, vous trequentez des lieux honteux et vous prenez plaisir a ces f^tes mondaines oil Ton se livre a tous les crimes. La vertu de foi consiste a croire vrai ce que Dieu a revele, mais il faut de plus montrer ses oeuvres. Le mot foi vient de faire (?). Vous devez done traduire en actes vos croyances, si vous voulez 6tre sauves 1 .

Les jeux sanglants des arenes ou du cirque et les representations theatrales deshonn^tes etant classes parmi les peches punissables du feu eternel, Cesaire

i. Appendix, 264.

\ . PREDICATIONS DE CESAIRE. 187

les blame energiquement ; mais une fete centre laquelle il s'eleveplus fort encore, dans deux Admonitions, c'est celle des calendes de Janvier 1 . Le premier de Janvier rappelait le dieu Janus et se celebrait avec des deguisements, des rejouissances, des debauches qui remontaient aux temps lointains de la zoolatrie. Pour faire echec a ces mascarades que nous avons conservees en les transportant au Carnaval, 1'Eglise institua un Triduum de jeune.

A cette occasion, 1'eveque d' Aries exhorte ainsi les fideles : Janus etait un homme perdu et sacrilege. Ay ant atteint le sommet du pouvoir, les hommes 1'honorerent comme un Dieu. Son double visage regarde 1'annee qui finit et celle qui commence. Les folies des pai'ens, des pay sans, au sujet de ce triste culte de mascarade, depassent toutes les monstruosites. On en voit qui se deguisent en cerfs et en genisses; d'autres mettent des teles d'animaux et orient comme des ours. Us n'ont plus la forme d'homme, ils n'en ont plus le cceur. Ce qui est plus honteux, cesont les travestissements feminins. Comment des hommes a barbe epaisse peuvent-ils desirer d'etre des jeunes filles?...

L'idee d'appreter pendant la nuit de petites tables chargees de mets, symbolisant 1'abondance, 1'usage de recevoir des etrennes preservatrices de tout mal, le refus de donner du feu a son voisin, le tourbillon de danse et de festins, tout cela ne constitue pas un petit peche. Les chretiens qui observent ces coutumes ne sont pas des chretiens. Ils doivent, au premier Janvier, jeuner, prier, fuir le monde et se rapprocher de Dieu...

i. Appendix, 129, i3o.

Le calendrier a des noms qui devraient etre remplacespar d'autres.Gessons de dire : lundi jourde la lune, mardijour de Mars, mercredi jourde Mercure, jeudi jour de Jupiter, vendredijour.de Venus, samedi jour de Saturne. Avec 1'Eglise denombrons simplement les feries premiere, seconde, etc...

Ces noms miserables de dieux impurs, sacrileges ou superbes inspirent trop souvent aux rustiques des pratiques superstitieuses. Les uns regardent certains jours comme nefastes pour les voyages, d'autres craignent dedeplaire a ces divinitesdiaboliques. A tout prix, il faut se corriger de ces fautes et montrer des sentiments plus hauls pour aller au ciel.

Un abus bien grave etait celui des bals qui evoluaient autour des basiliques chretiennes 1 . Us ressemblaient aux choeurs de Fantiquite, deroulant leurs theories devant les temples pai'ens.

Cesaire qui, tres observateur, se rendit compte de ces divertissements et entendit des chansons libertines, ne manque pas de faire des reprimandes. II se plaint de ces tavernes qui bordent lavoie, encombrent la place des eglises et amorcent les adorateurs accourus pour les offices.

J'en ai vu, dit-il, se lever tout a coup, se mouvoir avec frenesie et danser d'apres un rite bachique, comme un homme atteint de folie, en chantant d'infames chansons d'amour et de luxure 2 .

Est-ce que ce sont des hommes, ceux-la? TNon, ces etres qui s'etendent dans les ruisseaux ou qu'on releve dans des cloaques, ne sont pas des hommes. Us ne se tiennent pas debout comme les hommes.

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