SAINT CJESAIRE
II regnait a Lerins un air de Thebai'de et une atmosphere d'ecole qui allait a merveille a 1'ame de Cesaire. Aux veilles de la null, il etait le premier a se rendre; alapriere du jour, au travail, a la lecon des maitres il accourait avec regularite 4 . Quelque chose de la tendresse d'Honorat avait passe dans ses successeurs. Lire dans les ames, y demeler tons les chagrins, faire servir Dieu selon la mesnre des forces persom^elles, ces vertus des peres de Lerins enthousiasmaient notre novice. II retrouvait la toute une famille, toiite une patrie, tout un monde. On respirait en plein le parfum de la vie. Ges moines qu'il frequentait, ces freres qui avaient renonce a la vie seculiere, sentaient et proclamaient qu'ils tenaient le bonheur reve. Avec leur joie sereine et modeste, leur douceur, leur ferme esperance, on se croyait, selon le mot de saint Eucher, , en presence d'un bataillon d'anges au Tepos 2 . Aussi un progres extraordinaire se faisait dans I'e'tre entier ( de Gesaire. Doue d'un gout passionne pour la lecture, il cherchait a retrouver dans leurs ouvrages 1'esprit de ses aines. Le jardin eremitique du grand Eucher, comme 1'appelle Bossuet, la puissante eloquence de Salvien, les enseignements paternels d'Honorat, d'Hilaire, les controverses de Vincent, surtout la voix du grave Fauste, tout 1'invitait a mettre son interieur en harmonic avec ce qu'il voyait. A quoi lui servait-il d'habiter en ce lieu silencieux, s'il souffrait au dedans de lui-meme la tourmente des passions? La tranquillite serait-elle au dehors et la tempete au dedans? Serait-ce la
1. Coepit esse in mgiliis promptus ; in observatione sollicitus; in Labors, dewtus, etc. . Lib. I, cap. i, b.