‹ Saint Césaire (470-543) [microform]Chapitre 84 sur 98 · Ibidem, 3o · texte numérisé non relu

Ibidem, 3o

204 SAINT OESAIRE.

Dans le pauvre, c'est le Christ que vous soulagez, car c'est le Christ qui a faim et soif, c'est le Christ que vous v&tez. Le pauvre vous demande, c'est le Christ qui demande. Un verre d'eau pour etancher sa soif, la moitie d'un morceau de pain, un abri dans-la masure, le plus petit temoignage de charite, attendez-en du ciel la recompense... Quand vous venez a 1'eglise, apportez auxpauvres ce que vous pourrez, selon vos moyens. Avez-vous de 1'argent? Donnez-le. Avez-vous du vin? Donnez-le aussi. Un pain entier, une moitie, une bouchee? Donnez toujours. Dieu n'a pas dit : Donnez tout et ne vous laissez rien.

Celui qui donne s'enrichit. Pour une piece d'or, il recoit un royaume ; pour une bouchee de pain, il herite de la vie eternelle ; pour un vetement, il obtient la remission de ses peches.

cc Oh ! ne meprisons pas les pauvres, mais desironsles! Devant eux, comme dans nos visiles a 1'eglise, ne soyons jamais vides. Que celui qui le peut couvre le pauvre d'un habit neuf; sinon, qu'il lui en fournisse un vieux ou use. Si on n'est pas en mesure de faire ces choses, qu'on recoive le pelerin, qu'on lui fasse un lit, qu'on lui lave les pieds et qu'on lui donne a manger. Alors le Christ vous dira : Venez, benis de mon Pere, recevoir votre recompense au ciel 1 .

Aux epoques des moissons et des vendanges, 1'Eglise moissonne et vendange avec la contribution de la dime.

Payez votre tribut auxpauvres, faites vos offrandes aux ministres des autels. De la terre, du troupeau, de la fonction, du negoce, de Findustrie, la

i. Appendix, 3o5.

PREDICATIONS DE CESAIRE. 205

dime est due en toute justice. Tout ce que vous avez est le bien de Dieu et vous refuseriez de lui en donner une petite part? Avares, que diriez-vous s'il se reservait pour Lui neuf sur dix et ne vous laissait quele dixieme? C'est ce qu'Ilfaitlorsqu'ilenvoie une secheresse qui brule le ble, une grele qui detruit les vignobles : N'6tes-vous pas alors reduits a ce dixieme que vous n'avez pas voulu donner? Tout compte fait, vous n'avez rien donne, mais Dieu vous a pris. C'est chez Lui une habitude tres juste, si vous lui refusez le dixieme, de vous reduire au dixieme... Vous amassez des tresprs dans vos demeures; vous ne donnez rien a votre ev6que : un soldat infidele, une horde de pillards viendra tout vous prendre. Au contraire, sur les champs et les sentiences de ceux qui ont paye la dime tombe la rosee bienfaisante du ciel. Le soleil fera bonne mesure, les vents balanceront les epis d'or et les grappes vermeilles pour que les aires et les celliers regorgent de biens 1 .

Une audace qui va jusqu'aux limites des justes revendications de la classe pauvre est celle oil FevSque demande le superflu aux riches. Ceux-ci ont deja fourni les prestations ecclesiastiques, ils ont faitleur devoir pour les quetes du culte ; n'importe, tout ce qui leur reste apres le prelevement des choses necessaires a la vie doit passer aux pauvres * . Voila qui effleure les idees socialistes et Cesaire y tient a bon droit. Ne voyait-on pas des milliers de malheureux tomber d'epuisement aux portes des eglises et devant le vestibule de la basilique arlesienne ? Etaient-ils

i. Appendix, 2^7.

a. Ibidem, 276.

206 SAINT C&SAIRE.

done bien venus ces opulents Chretiens a acheter des parures ou des ornements a leurs filles 1 lorsque 1'Eglisevendait ses calices d'orpour delivrer les captifs?

Un autre genre d'aumone qui rachete le peche, c'est le pardon des injures. (Euvre pie par excellence, elle a plusde valeur que la dime et le jeune. (Euvre accessible a tous, car les plus pauvres peuvent la pratiquer. On n'apas d'or, pasde ble, pas de vin, pas d'huile, pas de vetements a offrir, mais on peut avoir ete blesse, injurie, calomnie. Alors de son coeur, comme d'un cellier mystique, on sort Findulgence et le pardon. Du meme coup, Dieu, a son tour, nous pardonne 2 .

Nous avons acheve Fample contour des vices et des moyens de sanctification. Dans ce long mais profitable examen, Cesaire nous est apparu philosophe, medecin, apotre surtout qui compatit aux miseres, les sent vivement et, de tout son cceiir, desire les guerir. On ne se lasse pas de lire ses courtes Admonitions expliquant le christianisme par le bon sens et cherchant, par tous les moyens, la clef des ames. II explore tous les sentiers de la vie, il en interroge tous les indices, il fouille tous les sentiments, il se penche sur les abimes, il creuse toutes les questions, il flagelle, il reprend, il encourage, il aime, il convertit.

Sa forme, nous lerepetons, estrustique, familiere ; son esprit a les ailes d'une colombe et non celles de I'aigle, mais le caractere de son style comme de ses sentiments est excellemment approprie a la masse des auditeurs.

i. Appendix, 3o8.

a. Ibidem.

PREDICATIONS DE GESAIRE. 207

Cependant, pour eclairer le cadre de la theologie morale et dogmatique du saint predicateur d' Aries, i\ nous reste a signaler deux points interessants.. Le premier estl'onction des malades. Si quelqu'un est atteint d'infirmite, qu'il recoive le corps etlesangde Jesus-Christ et qu'ensuite on fasse des onctions sur lui, selon qu'il est ecrit dans 1'apotre saint Jacques : La priere des pr^tres sauvera le malade et, s'il est dans les peches, its lui seront remis. Puisque deux bienspeuvent etretrouves dans 1'eglise, la sante du corps et la cure de Tame, pourquoi s'adresser aux enchanteurs, aux devins, aux sources, aux arbres, aux phylacteres diaboliques, aux. aruspices et aux sortileges * ?

La derniere remarque digne d'etre notee ici regarde la messe, laliturgie, la communion.

Assistez jusqu'au bout aux saints mysteres, restez a la fraction qui est 1'acte supreme du sacrifice 2 . S'il faut litre en tous temps ornes de vertus et purs de ccaur, c'est surtout a la veille des solennites oil la reception de 1'Eucharistie est de precepte. Considerez, mes freres, avec quel empressement les puissants de ce monde celebrent letir anniversaire. La maison est blanchie, le parterre est purifie, les consoles sont garnies de fleurs. On met tout ce qui procure la joie du coeur et les delices du corps. Si done onprepare ces chosespour unmortel, que ne doit-on pas faire pour le Dieu eternel? Certes, il faut se parer de beaux habits pourrecevoir Jesus-Christ, mais c'est

i. Appendix, a65. Sur cette question voir les documents si prdcis de M. Lejay, Role theologique de Cesaire, pp. 606, 607, 608, et DomMorin, Revue benedictine, t. XIII (1896).

a. Appendix, 281.

Fame principalement qui doit fleurir de vertus et briller des perles de la charite *..

Preparez-vous a la communion par des prieres, le jeune et I'aumone, purifiez vos consciences, gardez vos cceurs, qui sont 1'autel de Dieu. Enfin je vous exhorte a faire ce que je vois pratiquer souvent, au moment de communier. Que tous les hommes lavent leurs mains, et que toutes les femmes deploient un linge blanc pour recevoir le corps du Christ sur la main ou sur le linge blanc. Comme les hommes lavent leurs mains avec 1'eau, ainsi qu'ils lavent leurs ames avec Faumone et, pareillement, comme les femmes deploient leur linge blanc pour y recevoir le corps du Christ, qu'elles se presentent avec un corps chaste et un cceur pur ~.

De ce chapitre il ressort que Cesaire a l'influence, la culture, la discipline d'un entraineur. Sa doctrine est celle des theologiens, ses maitres, que nous connaissons . Neanmoins il y met une application toute personnelle. Familier, condescendant, didactique, il a la brievete, la clarte, la chaleur, la precision d'un Francais et aussisa bonhomie. Vivant au milieu de son peuple, il se depense pour lui, pour son bien et combine avec 1'ardeur du missionnaire la misericorde du pasteur.

Artiste, philosophe, moraliste, psychologue, Cesaire est tout cela dans sa predication. On sent son emotion, on voit qu'il vibre, on devine que ses auditeurs charmes 1'encouragent. Avant tout, il est inslituteur, precheur, apotre.

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