‹ Saint Colette, sa vie, ses œuvres, son culte son influenceChapitre 101 sur 136 · JEANNE D'ARC · texte numérisé non relu

JEANNE D'ARC

triotisme. 1500 Anglais embarrassés dans un

convoi de vivres viennent do mettre en fuite 80 (0 Français. Les villes sont dépeuplées et les campagnes désertes et le peuple écrasé sous les pieds de mille tyrans mercenaires. C'est que tous sont coupables. Cependant le peuple des petites villes et des campagnes broyé par ceux qui le corrompent et le pressurent en même temps est moins condamnable. C'est de ce gouffre de misère que sortira le pur rayon de l'idéaL divin qui porte la vie et le salut (H. Martin) Colette la fille du charpentier et Jeanne la fille du laboureur.

Il semble que Dieu ait porté alors un décret semblable à celui qui refusa à David l'honneur de bâtir sou temple. Les hommes qui faisaient couler à flots le sang' humain ou qui déchiraient la tunique sans couture de l'égalise par leurs arguties théologiques, ne sont pas trouvés dignes de devenir les initiateurs des réformes, les instruments du salut. C'est parmi les femmes moins coupables et plus éprouvées que la Providence choisit ses principaux instruments poulie salut de la société religieuse comme de la société civile.

Corbie à la faveur de ses exemptions avait pris moins de part aux crimes qui désolaient la France. Elle n'avait du tremper ni dans le Schisme ni dans les luttes fratricides. La prière y était encore continuelle.

La Lorraine avait aussi joui d'une paix rela-

tive et assurément aux modestes paysans de Domremy, on ne pouvait reprocher aucune participation dans le schisme et la guerre civile.

C'est à ces oasis de l'innocence et de la prière que la providence accorde l'honneur insigne de produire les merveilleux exécuteurs de ses desseins.

Ces fidèles instruments ont conscience de leur faiblesse en même temps que de leur mission divine, et en arborant entête de leurs actes et de leurs écrits le nom sacré de Jésus elles rappellent aux peuples qu'il n'y a de salut que par Lui, et que de Lui seul vient leur force et leur confiance. Jésus, Maria. Voilà les premiers mots <les lettres de la réformatrice comme des sommations de l'invincible guerrière. Elles sont chacune dans leur sphère la plus noble, la plus parfaite , l'incomparable personnification des vertus nécessaires au salut de la société.

Toutes deux sorties des humbles rangs du peuple,par la noblesse de leurs sentiments, la grandeur de leur actes, la supériorité de leur vie et surtout par l'inspiration divine qui les guidait, humilient l'homme dans son orgueil et dans son ambition en même temps qu'elles l'honorent. Elles condamnent ses égarements et lui montrent les sources pures d'une noble vie et de la véritable gloire. Pauvres filles dénuées de toute propriété terrestre, ne demandant au monde qu'un peu de pain et un abri, elles lui montrent que la vraie puissance, la vraie grandeur ne

sont point dans les possessions territoriales ni

entre les mains de l'homme. L'une, par ses expiations, obtient la fin des maux de l'Eglise et de la société; l'antre, fruit des prières delà première, est envoyée pour mettre un terme aux châtiments mérités par la France, grandement coupable dans l'origine du schisme. Jeanne d'Arc relève l'étendard souillé et humilié de la patrie; par son intrépidité surnaturelle, par le respect et la pratique de la religion, la pureté des mœurs imposée aux guerriers, elle réapprend aux Français à vaincre et ramène la victoire sous leur drapeau. Colette relève l'étendard oublié et couvert de poussière de la pauvreté évangélique ; elle persuade aux hommes que l'héroïsme leur est encore possible et que les vertus d'autrefois peuvent refleurir parmi eux, uiver. En revêtant de sa bure les princesses aussi bien que les filles du peuple, les fiers barons comme leurs serfs, elle fond tous les cœurs dans les sentiments de la charité chrétienne et console les déshérités du monde par le spectacle d'une pauvreté volontaire plus sévère que la leur. C'était rasseoir sur ses bases la société ébranlée. Toutes deux, d'une pureté virginale sans tache, elles prouvent à leur siècle corrompu que la sagesse n'habite qu'un cœur pur , mais que la corruption des mœurs perd les familles et les Etats et plonge la société dans ces maux incalculables qu'elles ont mission de réparer. Elles rencontrent sur leurs pas les con-

tradictions , la jalousie , l'envie et les douleurs les plus amères. Aux anxiétés, aux angoisses, aux durs labeurs de sa mission, l'une ajoute les tortures du bûcher, et aux lauriers de la victoire, les palmes du martyre. Elle passe rapidement comme un météore éclatant,mais étrange, chargé de modifier les lois de la gravitation des peuples et elle s'éteint . L'autre , ajrant une mission plus profonde et plus durable, se consume dans des souffrances sans cesse renaissantes et se perpétue dans de dignes héritières de ses vertus. Planète brillante apparue au ciel de l'Egiise, elle gravite à jamais dans le système du monde spirituel, réfléchissant la splendeur du Soleil de Justice et éclairant les mortels encore dans les ténèbres de la chair.

Mais elles ne sont pas seules. Elles encourag-ent et raniment les âmes inférieures accablées de défaillance et gémissant de leur misère. Ainsi les prédications de saint Vincent Ferrier et d'un grand nombre de religieux encore fervents au milieu de la défaillance générale aidaient le réveil de la foi sous le coups des calamités publiques et les historiens les moins religieux sont obligés d'avouer que la situation morale présageait et préparait les grandes choses qui allaient paraître. Le peuple n'espérait plus rien des moyens humains. N'attendant rien de la terre il jeta les yeux en haut. Une ardente fermentation religieuse à laquelle l'autorité ecclésiastique n'avait aucune part, agitait le pays et quelqua

chose de la vie primitive s'était réveillé dans les ordres mendiants (H Martin).

Dans l'est et dans le midi de la France qui moins éprouvés par le fléau de la guerre avaient fourni des subsides et des combattants, Colette avait contribué dans une mesure inappréciable à ce réveil du patriotisme religieux. Aux foyers des holocaustes, des prières ferventes qu'elle avait allumés dans différentes provinces les peuples se réchauffaient et se ranimaient et le ciel apaisé par tant de sacrifices et de supplications se laissait fléchir. Jeanne d'Arc arrivait enfin pour sauver Orléans et commencer la déroute des Anglais en rendant aux guerriers la générosité et la force que Colette avait rendue aux ordres religieux.

Ces deux envoyées de Dieu se sont elles rencontrées dans leur pèlerinage terrestre ? Elles vivaient trop habituellement l'une et l'autre dans le monde surnaturel où les distances ne comptent plus, pour ne pas s'être connues longtemps avant de se trouver rapprochées. Mais se sont-elles rencontrées réellement. Dans la première édition de cette histoire nous le présumions sans l'affirmer, faute de preuves. Mais aujourd'hui la preuve est trouvée et elle est absolument certaine .

En effet au commencement de novembre 1429 la Pucelle vint faire le siège d'un certain nombre de places que les Bourguignons encore alliés aux Anglais occupaient dans le Nivernais,

ou sur les confins de cette province, notamment de Saint-Pierre le Moutier et de la Charité. Après la prise de Saint-Pierre le Moutier elle se rendit à Moulins pour préparer les eng'ins de guerre nécessaires au siège de la Charité qu'elle voulait aussitôt entreprendre. De cette ville elle adressa le 9 novembre, une lettre aux habitants de Riom pour les inviter à lui envoyer des munitions de guerre. Or sainte Colette était aussi à Moulins à cette époque . Comment supposer que deux âmes si divinement sympathiques, guidées dans leur conduite en apparence si différente par les mêmes principes, ne se soient pas attirées ? Jeanne se plaisait surtout avec les personnes de religion. C'était un religieux qui était son confesseur. La duchesse de Bourbon qui sans doute l'hébergea à Moulins et tant d'autres aussi, instruits des vertus et des dons merveilleux de sainte Colette, lui firent certainement connaître la thaumaturge du xve siècle: Dans cette armée de la Pucelle se trouvait Louis de Bourbon comte de Montpensier fils cadet de la duchesse qui quelques années auparavant avait sans doute assisté avec son frère à la fondation du monastère d'Aigueperse. Il est facile d'imaginer la vénération mutuelle, les épanchements intimes de ces deux âmes si élevées dans le inonde surnaturel. Peut-être la sainte abbesse fut- elle instruite des épreuves et du martyre prochain de la jeune héroïne et elle l'aura fortifiée et préparée à subir courageu-

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sèment les revers, les déceptions, les tranisons, les souffrances, les tortures qui devaient achever la rédemption de la France et compléter l'auréole de la Libératrice.

Sainte Colette donna alors une autre preuve de son esprit prophétique. Elle vit une jeune fille dont elle révéla la destinée. La touchant légèrement, elle dit qu'elle serait Clarisse ; et en effet Jeanne Carmone, c'était le nom de cette enfant, entra au couvent de Moulins dont elle devint abbesse.

Quelque chose de plus merveilleux se passa alors à Décize sur la limite du Nivernais. Cette petite ville qui dépendait du duc de Bourgogne avait tout à craindre des assiégeants de Saint- Pierre le Montrer et de la Charité. Aussi quand sainte Colette y arriva, venant de Moulins, du Bourbonnais pays ennemi, elle fut accueillie avec défiance malgré ses sauf-conduits et la protection du duc de Bourgogne. Or, la nuit suivante, la religieuse chargée de convoquer aux matines, se trompant sur l'heure, sonna beaucoup plus tôt, vers 9 heures 1/2 du soir au lieu de minuit 1/2. En entendant ce coup de cloche inaccoutumé, les hommes du guet étonnés et alarmés se rassemblent. Ils aperçoivent autour des murs quelques hommes suspects qu'ils prennent pour l'avant-garde d'ennemis prêts à les surprendre et qui déjà en effet appliquaient les échelles aux murs. Ils les repoussent ; puis se demandent comment la cloche des Clarisse*

a sonné à pareille heure. La crainte est mauvaise conseillère . Quelque suppôt de l'esprit mauvais exprime la pensée que ces religieuses nouvellement arrivées d'un pays hostile, pouvaient bien avoir donné ce signal aux ennemis pour surprendre la ville. L'imagination travaillant et quelques circonstances fortuites se prêtant aux suppositions, l'un a vu des signaux inquiétants, un troisième des préparatifs manifestes ; enfin il n'y a plus de doute ; c'est une certitude. Il faut punir une telle trahison ; il faut exterminer ces ennemis intérieurs pour pouvoir résister à ceux du dehors. Les nouvelles venues sont peut-être des soldats déguisés ; le couvent peut en être plein. Sans doute la fureur des Bourguignons contre la Pucelle n'était pas étrangère à cette détermination. Les paisibles épouses du Christ vont expier les triomphes de la libératrice de la France. Les défenseurs de Décize se précipitent en tumulte vers le monastère. Ils en approchent avec une certaine prudence et entendent d'une part les pieux échos de prières ferventes et de l'autre le coup d'une heure du matin à l'horloge de leur beffroi. Ils remarquent que le son de leur cloche ordinairement mauvais, sourd, est d'une beauté et d'une force inaccoutumées. Ils s'arrêtent stupéfaits.; est-ce une illusion ? Ils pensaient qu'il était onze heures du soir et voici une heure du matin* Ils s'informent, ils examinent, il n'est pas possible d'en douter, l'horloge marque bien l'heure

qu'elle a sonnée. Effrayés alors de ce qu'ils allaient faire : « Nous sommes mauvaises gens, « disent-ils qui, pensons mal sur les bonnes et « dévotes religienses qui font toute diligence « de Dieu servir et de nous mieux garder par « leurs saintes prières que nous ne faisons par « nos veilles et par nos armes. » Ils retournent chacun à leur poste. La nuit s'acheva sans autre alarme. Chose merveilleuse ! quand l'aurore parut, l'horloge malgré ses mouvements extraordinaires, marquait exactement l'heure commune. L'admiration fut grande quand on comprit toute la gravité du péril auquel on avait échappé pendant cette nuit. Ce qu'on avait pris pour une trahison n'avait été qu'un avertissement providentiel par l'intermédiaire des Clarisses. La ville de Décize connut que Dieu avait l'œil ouvert sur ses fidèles servantes et qu'elles étaient pour la cité une sauvegarde. Le respect envers elles devint une vénération religieuse. Cependant les Clarisses échappées à un si grand danger, tombèrent dans un autre non moins fâcheux et plus durable, celui de mourir de faim. La province tout entière était ravagée, on ne cultivait plus la terre, ou seulement auprès des villes sous la protection de leurs défenseurs ; de là, une disette extrême, une véritable famine. Bientôt la farine de blé manqua au couvent ; on fit du pain d'avoine et de gros son. Le Seigneur le bénit et il fut trouvé délicieux. Les sœurs ramassaient les grains de blé restés

dans le grenier outre le joint des planches, et faisaient une pâte pour leur aliment. Les plus délicatement élevées déclarèrent qu'elles n'avaient jamais mang-é rien de plus agréable sur les tables les plus somptueuses. Le Seig-neur n'abandonne jamais ceux qui lui sont fidèles et se confient en lui. Ici, il pourvut aux besoins de ses servantes en transformant des aliments grossiers ; ailleurs, ce fut en multipliant indéfiniment le blé qu'il leur avait envoyé. Dans une famine rigoureuse, sainte Colette était dans un de ses monastères qui devait en souffrir ; lorsqu'elle eut épuisé toutes les provisions soit en aumônes soit pour la nourriture des sœurs, on la vit tout à coup en possession d'un sac tout plein de beau froment où elle puisa sans cesse pour secourir les pauvres, et on ne le vit jamais diminuer tant que dura la famine. Dans un autre pays, on lui apporta des œufs qui étaient rares. Elle les reçut avec joie, les mit dans un petit coffre où elle puisa ensuite généreusement pour les malades, pour les pauvres. Elle comprit bien que ses œufs se multipliaient, mais elle n'en parla point. Il en arriva de même pour du vin qui lui fut donné en aumône et qu'elle distribua généreusement aux indig-ents.

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