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CHAPITRE XXXIV

Second voyage dans le Languedoc. — Jacques de Bourbon. — Franciscain réformé.

Bernard d'Armagnac, gendre de Jacques de Bourbon, avait assisté avec sa mère à l'instal-

lation des Colettines du Puy. Il contribua même généreusement à la dépense des derniers travaux du monastère. Cependant les œuvres qu'il avait entreprises dans ses Etats,, soit en son nom, soit au nom de son beau-père dont il gérait les intérêts, auraient pu satisfaire une générosité moins grande que la sienne. Elles n'en souffrirent point et les constructions de divers couvents étant activement exécutées d'après ses ordres, il réclama la présence de la réformatrice dans ses États. Aussi après un an et demi de séjour au Puy, sainte Colette put aller conduire une nouvelle colonie de ses ferventes filles à Castres et visiter Lésignan et Béziers.

Il a déjà été observé qu'on a peu de documents sur ces monastères dévastés plus tard par l'hérésie.

A Castres, sainte Colette prédit la triple ruine de cette maison par trois incendies, et même, dans le dernier, la mort de quelques-unes des religieuses à la grille du chœur. Ce qui arriva exactement, selon les mémoires du couvent .

La sainte abbesse avait laissé à Castres le révérend Père Henri pendant qu'elle allait visiter Lésignan. Il devint souffrant. La maladie le conduisit bientôt aux portes du tombeau. Colette, avertie, accourt, conjurant la bonté divine de lui conserver son guide et son digne coopérateur. Elle se prosterne aux pieds du lit d'agonie où allait s'éteindre une existence si précieuse et si chère ; elle arrose la couche du mourant de

ses larmes et adresse nu Seigneur les plus pressantes supplications. Dès ce moment, le malade revint à la vie et put bientôt reprendre son fécond ministère.

Les pieux fondateurs, Bernard d'Armagnac et son épouse, se plaignaient à la servante de Dieu de n'avoir point de postérité, et ainsi les États de Jacques de Bourbon passeraient entre des mains étrangères qui ne protégeraient peutêtre pas avec autant de zèle leurs fondations. Sainte Colette promit de prier, et le lendemain, elle put annoncer à ces époux chrétiens une nombreuse postérité ; mais leur premier enfant devait être une fille appelée à être, dans la vie religieuse, l'ornement du couvent de Lésignan. C'est ce qui arriva en effet. La fille aînée de Bernard d'Armagnac devint Colettine sous le nom de sœur Bonne, et elle eut en réalité la bonté parfaite, le bien suprême, l'union la plus intime avec Dieu. Après avoir pratiqué trois ans les vertus les plus excellentes, elle mourut en odeur de sainteté. Son tombeau fut glorieux et vénéré: on lui attribua des miracles. Une de ses sœurs, élevée à Amiens par ses tantes, les filles de Jacques de Bourbon, la suivit dans cette voie et la remplaça dans les rangs de cette noble milice.

A Castres, ou dans une ville voisine, la confiance de sainte Colette opéra une guérison mémorable. Une jeune femme de bonne condition, mère d'un petit enfant, tomba malade et perdit

complètement la tète. Paroles, manières, tout était d'une folle ou plutôt d'une possédée. Un prêtre très vertueux, qui avait une grande estime et une profonde vénération pour sainte Colette, visita la malade. Longtemps après, mais encore touché de compassion des maux où il avait vu la pauvre infirme, il la recommanda à la servante de Dieu, qui s'était éloignée de la contrée. Il fut assez heureux pour obtenir un voile de la thaumaturge, avec lequel il se rendit chez la malade. Aussitôt qu'il lui eut appliqué cette relique d'une sainte vivante, elle fut guérie et demanda immédiatement à se confesser, ce qu'elle fit ; la maladie avait complètement disparu.

Il ne faut pas croire que par l'empressement des bienfaiteurs, la pauvreté stricte des Colcttines ne leur ait pas imposé de longs jeûnes et de dures privations. Mais, après l'épreuve, le Seigneur envoyait le secours et la consolation. Ainsi, à Lésignan, la vénérable abbe ayant épuisé toutes les ressources de la maison, envoie le P. Benoît d'Arsi quêter dans la ville. Vous oubliez, ma Mère, lui dit le religieux, que c'est un jour de fête. Dans ce cas, repartit sainte Colette, nous irons tous prier chacun de notre côté. Pendant qu'ils priaient, arriva un chariot plein de vivres ; à peine déchargé, il disparut .sans qu'on sût jamais ni d'où il était venu, ni où il était allé.

Dans un autre temps, mais dans la même cou-

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