NOUVEAUX PROGRÈS DE LA RÉFORME. 3G
des maisons qu'elle ne pouvait pas visiter ellemême. Ainsi le P. Sylvère qui écrivait moins de deux siècles après la mort de sainte Colette, nous dit: « Celui-là se tromperait grandement qui « s'imaginerait n'y avoir eu que ces dix-sept « couvents. Car. l'an 1436, le R. P. Frère Guil- * laume tint le soixante-quinzième chapitre gé- « néral à. Toulouse, auquel il reforma plusieurs « monastères de Sainte-Claire, avec l'ayde et « entremise de sœur Colette qui florissait ensain- « teté de vie en France. Et saint Bernardin édifia « en Italie plusieurs couvents de filles et leur « donna la même réforme que cette sainte, au « rapport de Gonzague. Je lis aussi que cette « réforme est parvenue en Espagne, Portugal et « Allemagne. » Voici des faits qui justifient les affirmations du capucin d'Abbeville. Wadingv, dans ses notes sur l'aimées 1439, nomme six monastères d'Espagne qui avaient déjàembrassé la réforme, entre autres ceux de Salamanque, de la Corogne, de Zamora, d'Orense, etc.
Plus tard, énumérant encore neuf couvents réformés, il nous apprend que le principe fécond de la réforme venait de Lésignan. C'est sans doute en prévision de l'influence considérable que devaient avoir ces maisons du Midi que sainte Colette s'était empressée de les fonder.
Faut-il s'étonner que les œuvres accomplies au loin soient tombées dans l'oubli, quand nous avons la preuve que des faits glorieux pour Fabbesse de Besançon, et qui se passaient auprès
d'elle, ont été ou laissés dans l'obscurité ou dénaturés complètement. Outre les preuves que nous citons ailleurs pour les monastères d'hommes, voici une pièce très curieuse au sujet d'un couvent de femmes. C'est une découverte que nous avons faite dans les archives départementales de Besançon : « Ving-t-sixième jour du mois « de janvier 1438. Mahaut de Belle-Chastel, hum- « ble abbesse des sœurs Courdelières de Monti- « g*ny près de Chariez au diocèse de Besançon, « et ses sœurs, . . . constituent leur mandataire, « Hugues de Yermoilles, prêtre curé de Neuf- « ville, pour vendre et conduire à honeste et dé- « vote religieuse dame sœur Colette pour lors à « Besançon, tout ce qu'elles avaient en la ville « susnommée et territoire de Buxier (Buthiers), «près de Chàtillon-le-Duc, hommes, femmes, « maisons, chasaulx (g-rang-es), courties, prés, «terres arables et non arables, cens, rentes, « disnies, sans rien excepter ni rien retenir. »
Evidemment, voilà un monastère réformé d'après l'esprit de sainte Colette. Pour un ordre fondé sur la pauvreté absolue, la propriété territoriale est la principale déviation qui engendre bientôt toutes les autres ; mais le dépouillement, c'est la restauration qui ramène toutes les vertus. C'est ce que faisait Mahaut de Belle-Chastel et ses sœurs. Ce monastère de Clarisses avait été fondé en 1282.
La réformation triomphait donc partout dans le cloître et dans le monde. Tertiaires et rég'ii-
liers lui demandaient la vie qui surabondait dans son sein. Son existence était assurée. Dieu va lui retirer, pour les récompenser, ses premiers initiateurs et ses principaux soutiens. C'est le vénérable P. Henri de la Balme qui le premier est appelé à recevoir la couronne du serviteur fidèle. Voici comment sainte Colette elle-même raconte le trépas de ce g-uide éclairé, de ce zélé coopérateur que Dieu lui avait donné.
Extrait des mémoires de Yecay.
« Nos très-clières et bien-aymées sœurs en « Dieu, tant humblement que je puis et sais, « ma pauvre âme devant Notre-Seigmeur je re- « commande à vos bonnes prières et oraisons, « cordialement désirant l'accroissement de tou- « tes vertus nécessaires pour le salut à vos cont sciences, en vous suppliant très affectueuse- « ment que vous viviez vertueusement et persé- « véramment profitiez en la très-parfaite amour « de Dieu en la vraie observance de votre régie « et bonnes ordonances et vous plaise savoir « que nouvellement m'est advenu grande dou- « leur et ang-oisse et amertume de cœur et de «■ corps et non pas sans juste cause, car le jour « des cendres dernièrement passé, après matines, « Notre Révérend Père Frère Henri, fut ag-gra- « vé de sa maladie grandement, tellement que « jeudi d'après un petit devant minuit il fut « amené à notre chapelle et oratoire et là très- « dévotement en la présence de tous nos bons
« pères et frères et de moi, il reçut trés-dévote- « ment le très-précieux corps de Notre-Seigneur « Jésus-Christ, et incontinent après le sacre- « ment de la sainte onction,, et après quand il « l'eût, il prit congé de toutes les sœurs, s'en « retourna en sa chambre en meilleur point, ce « nous semblait, qu'il n'était devant. Le samedi « et le dimanche il fut fort faible et le lundi aussi « par toute la journée et fut en notre oratoire et « chapelle en la présence devant dite en grande « dévotion et connaissance de Dieu, comme il « fut oncques. Il ouyt toutes les passions et re- « commandation de l'âme et à six heures après- « midi, en disant ces oraisons et parlant à No- « tre-Seigneur, sa belle et glorieuse âme il ren- « dit doucement et dévotement à Dieu notre « benoît Créateur. Laquelle âme tant que je puis « et sais chèrement et le plus très-affectionne- « ment que faire se peut, je la vous recommande « vous suppliant de tout mon cœur entièrement « que si l'avez aimé loyaument lui vivant, que « l'amour après son trépas ne soit point amoin- « dri, mais augmenté en faisant votre devoir et « toutes diligences de prier Dieu pour lui comme « vous savez qu'il en est bien digne. Nonobstant a que je crois qu'il est meilleur métier qu'il prie « pour nous que nous pour lui ; et aussi trés- « acerte, je recommande la dicte belle âme au « dévot père confesseur et à tous mes pères et « frères; et de toute ma pauvre intention, je prie « le benoît Saint-Esprit qu'il vous veuille con-
« server en sa sainte grâce et finalement vous « octroyer la gloire du Paradis. Amen.
Escriptà Besançon, le 2ù' jour de février. (L'an 1139 ou 1440.)
« Sœur Colette. »
Vers le même temps, la sainte réformatrice
adressa encore aux sœurs du Pny la lettre suivante :