‹ Saint Colette, sa vie, ses œuvres, son culte son influenceChapitre 128 sur 136 · FRANÇOIS, CLAIRE · texte numérisé non relu

FRANÇOIS, CLAIRE

Ce tombeau monumental n'était pas encore achevé qu'on s'occupa de recueillir, en divers

lieux, avec les formalités juridiques, un grand nombre de miracles opérés par l'intercession de la vénérable abbesse. L'acte dressé à Hesdin en rapporte 14, celui de Gand 15, celui d'Arras 4, ceux de Poligny et d'Auxonne un grand nombre. Les monuments écrits cités plus haut et renfermant son histoire, furent visés de nouveau et revêtus de nouvelles attestations d'authenticité et d'intégrité. En même temps, on en adressa des copies authentiques et scellées aux principales maisons de Clarisses. C'est sur un de ces exemplaires que nous avons collationné d'un bout à l'autre la traduction latine publiée par les Bollandistes.

Ce mouvement avait pour but de préparer une démarche plus solennelle auprès de la cour de Rome. En effet, les rois, les princes, les prélats, les cités réunis dans une sainte ligue voulaient faire un effort suprême pour la glorification de la thaumaturge du XVe siècle . Maximilien Ier. roi des Romains, souverain des Pays-Bas par son mariag-e avec Marie de Bourg-ogne , l'archiduc d'Autriche, Marguerite d'Angleterre, duchesse douairière de Bourg-ogme, René, roi de Sicile et duc de Lorraine, Charles VIII, roi de France, l'évèque d'Amiens, Pierre Versé, natif de Poligny, les évêques de Cambrai et de Genève, l'abbé de Corbie et les bourgeois de cette cité, ainsi que ceux de Gand et d'Hesdin, envoyèrent à Rome des ambassadeurs avec des lettres pressantes, les unes adressées au Pape,

les autres aux cardinaux les plus influents. Ils furent introduits dans le consistoire et leur demande favorablement accueillie, mais il s'éleva un doute sur la régularité de la première instance, faite en 1472, par Charles le Téméraire, de sorte qu'on ne put, cette fois, avancer l'affaire autant qu'on l'eût désiré. Elle fut du moins enregistrée avec soin afin d'éviter toute incertitude à l'avenir. Dès lors,l'issue était àpeuprès certaine, ce n'était plus qu'une affaire de temps. Aussi les postulateurs furent félicités du succès de leur ambassade, car la prudence romaine n'a pas coutume d'avancer aussi rapidement dans des causes d'une telle gravité.

L'année suivante, les mêmes princes et le roi de Portugal renouvelèrent leurs sollicitations, excepté le roi de France que ses démêlés avec le Pape empêchèrent d'agir avec eux d'une manière efficace. Il semblait donc que cette cause, ainsi sollicitée , se terminerait promptement ; mais bientôt les troubles de l'Italie, la guerre du royaume deNaples, déterminèrent la cour de Rome à en remettre la poursuite à des temps plus calmes.

En 1508, Marguerite d'Autriche, gouvernante des Pays-Bas, et la ville de Gand essayèrent mais en vain, de faire reprendre cette affaire. C'était le moment de la ligue de Cambrai, de la guerre entre le Pape, les rois de France, d'Espagne et des Romains d'une part, et les Vénitiens de l'autre. Des circonstances à peu près

semblables firent également échouer, en 1513, de nouvelles instances de Marguerite, de l'empereur Maximilien, des bourgeois de Garni et même d'Henri VIII, roi d'Angleterre, dont la lettre en latin mérite tout particulièrement d'être citée. En voici la traduction :

A notre très-saint et très-clément seigneur, le pape Léon X.

<f Très-saint Père, humblement prosterné de- « vant votre Sainteté , je baise ses pieds avec le « respect le plus profond. Depuis que nous som- « mes arrivés dans la Gaule-Belgique, nous « avons entendu retentir de toutes parts le nom « et les louanges de la glorieuse vierge Colette, « si célèbre par la pureté, la simplicité, l'innoi cence de sa vie, mais surtout par son zèle ad- « mirable et par son active charité. Nous avons « compris comment, semblable à une diligente « abeille, après avoir recueilli sur les fleurs pré- « cieuses des plus rares vertus, ce miel exquis « qu'elle a présenté au céleste Jardinier, elle a « mis tous ses soins à produire ces essaims « nombreux ; car c'est elle qui a enrichi non- « seulement la Belgique, mais aussi la France, « la Bourgogne, la Savoie, et bien d'autres « pays, de ces monastères qu'elle a construits « par ses soins et par son industrie, toujours « sous la direction del'Esprit-Saint, et qu'elle a « remplis de chastes vierges qui offrent sans

« cesse au Dieu tout-puissant un sacrifice de « louanges. Aussi, le Seigneur n'a-t-il pas per- « mis que sa servante restât ensevelie dans l'obs- « curité ; mais il s'est plu à la glorifier par d'é- « datants prodiges, dans le temps que son âme « était encore retenue sur la terre par les liens « du corps, et surtout depuis qu'elle jouit de la « gloire immortelle qu'elle a méritée par ses « travaux. On voit accourir chaque jour à son « tombeau une foule considérable de fidèles, qui « trouvent auprès de ses précieuses reliques le « soulagement de leurs maux et l'accomplis- « sèment de leurs vœux. C'est pourquoi, il nous « a paru étonnant que cette bienheureuse fille « qui, au jugement de ce siège si saint et si vé- « nérable, a été reconnue digne de recevoir sur « la terre les honneurs qui lui sont dus, n'ait « pas encore été inscrite au nombre des saintes « Vierges. Nous venons donc, nous aussi, Très- « saint Père, déposer aux pieds de Votre Sain- « teté nos ardentes prières, et la supplier de la « manière la plus pressante, de mettre au nom- « bre des saintes Vierges , la bienheureuse Co- « lette, que les suffrages des peuples y ont déjà « placée, après toutefois que votre Béatitude « y aura fait constater l'authenticité des vertus « et des prodiges qu'on lui attribue. Cet acte « solennel qui servira à l'accroissement de no- « tre sainte religion et à l'honneur de Colette, « contribuera en même temps à la gloire de Dieu « tout-puissant, qui ne laisse jamais son Eglise

« stérile, et consacrera à l'immortalité le nom « de Votre Sainteté.

« Que le Très-Haut accorde à Votre Béatitude « une santé parfaite et l'accomplissement de » tous ses désirs.

« Votre très-dévoué et obéissant fils.

« Henri. »

Page 1