‹ Saint Colette, sa vie, ses œuvres, son culte son influenceChapitre 129 sur 136 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

Commencements du culte de sainte Colette.

On le voit, ce n'était pas un manque de vénération, de confiance envers sainte Colette qui faisait différer sa canonisation ; mais les circonstances de temps, de lieux, d'éloignement, les guerres, les troubles populaires, toutes ces difficultés étaient plus fortes que la volonté humaine. Enfin les souverains Pontifes suivirent une autre voie pour glorifier la servante de Dieu en attendant les procédures solennelles d'une canonisation régulière. C'est ce qui va faire l'objet du chapitre suivant .

On vient de voir avec quelle ferveur le XVe siècle vénéra sainte Colette et de combien de grâces il en fut récompensé. Mais ce sentiment gui avait pris naissance sur la tombe encore

fraîche de la Bienheureuse était cependant local et individuel. Il tendait de plus en plus à se généraliser et à devenir public. Pour cela, il fallait la sanction de l'autorité ecclésiastique. Le tribunal de l'Eglise partageant les sentiments des fidèles, ne pouvait accomplir toutes les procédures nécessaires pour donner à son jugement toute la solennité et l'autorité nécessaires. Il suivit une autre marche. En attendant des temps meilleurs, par des actes moins solennels, il favorisa et encouragea la dévotion des peuples.

En 1536, le 25 mai, Nicolas Burilly, évêque de Sarepta, (in partibus) et coadjuteur suffragant de l'évêque de Tournai, se rendit à Gand, au couvent de Bethléem pour y faire une nouvelle reconnaissance des reliques de sainte Colette. La tombe étant ouverte au chant des psaumes, il s'avança pour enlever, le précieux coffre qui les contenait. Il aperçut sur les murs du caveau de grosses gouttes qui demeuraient suspendues. A peine la sainte arche fut-elle enlevée que ces gouttes tombèrent en si grande abondance que bientôt le caveau fut plein. Ce fait remplit d'admiration l'évêque et tous ceux qui l'accompagnaient. Ils ouvrirent la caisse et trouvèrent en bon état non-seulement les saints ossements, mais même le damas dans lequel on les avait enveloppés. Dans un caveau humide, pendant plus de quarante ans, il n'avait rien perdu de sa fraîcheur. Ces circonstances parurent tellement ex*

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traordinaires au prélat que pour lui, dit-il, iln'aurait pas besoin d'autres preuves de la sainteté de la servante de Dieu pour procéder à sa canonisation. C'était l'avis d'un personnage grave, mais ce ne pouvait être celui de la cour de Rome bien autrement exigeante. Les reliques furent vénérées, la tète baisée par toute l'assistance. Puis, on répara la tombe qui fut un peu modifiée, car par l'ordre de l'évèque diocésain, les reliques ne furent point replacées comme auparavant audessus du sol, mais élevées et exposées à la vénération publique. Ce fait est très remarquable. C'était une espèce de béatification comme dans les siècles précédents. Les lois qui réservent ces causes au Saint-Siège n'avaient pas encore été promulguées avec la sévérité qui, depuis plus de deux siècles ne permet plus de se soustraire à leur empire. Une nouvelle inscription gravée sur la pierre tombale constata que c'était par ordre de l'autorité ecclésiastique que les reliques avaient été mises à cette hauteur.

Des jours malheureux se levèrent sur la Belgique. Les erreurs de la réforme protestante égarèrent quelques-uns de ses enfants et y allumèrent le feu de la guerre civile connue sous le nom de guerre des Gueux. Gand tomba au pouvoir des rebelles, et les filles de sainte Colette menacées durent chercher un asile sur la terre étrangère. Celles qui se réfugièrent auprès de leurs sœurs d'Arras, furent chargées par leurs compagnes de la conservation des chères

reliques, et ainsi se vérifia la parole prophétique de sainte Colette qui, lorsqu'on lui proposa sur la fin de sa vie d'aller à Arras, répondit : « Si je n'y vais pas vivante, j'irai morte. » Ceci arriva en 1577, et les religieuses avec leur trésor ne retournèrent à Gand qu'en 1586.

A ces honneurs rendus à l'illustre réformatrice, il manquait encore quelque chose, ce qui importe le plus à la gloire d'un saint, la faculté de célébrer l'office public en son honneur. Cette grande faveur ne devait pas tarder. Il paraît même qu'elle avait été préparée dès le XVIe siècle par une concession intermédiaire. En effet Jean Molan, docteur de Louvain, mort en 1585, dans son martyrologe belge nous apprend que les Colettines de Gand chômaient le 6 mars et faisaient célébrer ce jour-là la messe de Notre- Dame et de tous les Saints pour honorer leur fondatrice. On leur avait même permis de célébrer l'office de la Bienheureuse en leur église, mais les PP. Mineurs s'y opposèrent en posant pour condition que la permission fût générale et s'étendît à tous les monastères de l'ordre. Molan n'indique pas la date de cette concession rendue inutile.

Sous saint Pie V on put croire que l'affaire allait recevoir de ce grand Pontife une solution définitive. Un P. Mineur du nom de Géric lui exposa de vive voix et sommairement les éléments de cette cause, que le Pape n'ignorait point d'ailleurs, car sa science était immense.

Il demanda quelques documents écrits pour accéder à la prière qui lui était adressée. Un évêché venait d'être érigé à Gand. C'était le savant Corneille Jansen qui occupait ce siège. Il rédigea les pièces demandées par le Pape. Mais, quand elles arrivèrent à Rome, Pie V venait de mourir et la cause subit de nouveaux délais.

Enfin en 1604, le 27 novembre, Clément VIII combla les vœux des Colettines de Gand en leur permettant de célébrer l'office de la Bienheureuse, tous les ans, au jour de sa mort. Cette permission fut étendue à tous les monastères de Saint-François en Belgique par Paul V, en 1610. Le monastère d'Amiens sollicita et obtint la même faveur de Grégoire XV en 1628. Aux instantes prières de Marie de Médicis, reine de France, le Pape Urbain VIII accorda la même permission à tous les monastères de France en 1629 et en 1635 à tous les religieux franciscains. Marie de Médicis faisait en même temps des instances très pressantes auprès de la cour de Rome pour la canonisation de sainte Colette.

Les fidèles de la Picardie prenaient part à ce mouvement. Sous l'inspiration d'un de ses plus grands citoyens, Nicolas Le Boucher, Seigneur d'Ailly, président et trésorier de France, ancêtre de la famille de Morgan, la ville d'Abbeville se distinguait par sa dévotion envers sainte Colette et dès 1631, commençait à célébrer en son honneur des fêtes solennelles à saint Gilles , chez les Cordeliers. Des faveurs miraculeuses consi-

gnées dans les procès-verbaux d'information pour la canonisation récompensaient ce zèle pour la gloire de la vierge Picarde.

La ville de Corbie ne pouvait rester indifférente à ce mouvement. Dès 1628, pour répondre aux désirs des pèlerins, l'official avait cru pouvoir permettre, dans la chapelle de la réclusion, des messes votives toute l'année et la messe solennelle le jour de la fête, en attendant les décisions de Rome. Le 13 août 1633, à la prière d'Henri de Lorraine, archevêque de Reims, abbé de Corbie, le Pape accorda à tous ceux qui habitaient Corbie, la permission de célébrer la fête de sainte Colette avec l'office et la messe du commun. Enfin, en 1672 les religieux réparèrent autant qu'ils purent les torts de leurs devanciers envers la vierge de Corbie, en célébrant dans leur propre église son pacifique triomphe. Cette même année les leçons et l'oraison composées par le savant cardinal Bona, furent approuvées par l'autorité apostolique. Ce n'est pas un petit honneur pour l'humble vierge d'avoir eu un tel écrivain pour résumer son histoire et interpréter les sentiments du peuple catholique envers elle.

Les Franciscains ont longtemps suivi un autre office particulier, très glorieux sans doute pour leur vénérable Mère, mais que sa forme très défectueuse a fait abandonner depuis.

Pendant ce temps, d'autres événements non moins utiles à la gloire de sainte Colette, se

passaient à Corbie. Henri de Lorraine, fils puîné du duc de Guise, quoique très jeune, mais destiné à l'état ecclésiastique, avait été pourvu de l'abbaye de Corbie. Il avait puisé dans sa famille une grande vénération envers l'illustre réformatrice. Sous l'inspiration de sa pieuse mère, qui devait bientôt se consacrer à Dieu dans le monastère colettin de Pont-à-Mousson, il résolut de favoriser la piété de ses vassaux envers celle que sa famille honorait d'un culte spécial. Or, la cellule où s'était recluse l'humble vierge, transformée depuis longtemps en oratoire, était insuffisante pour satisfaire l'empressement des pèlerins étrangers et la dévotion des habitants de la contrée. On y venait, en effet, de bien loin, comme l'atteste une déposition juridique datée de 1545, faite par Matthieu Lecat de Canly près Compiègne. Apprenant, dit-il lui-même , les nombreux pèlerinages qui se faisaient au reclusage de sainte Colette et les grandes grâces obtenues, il vint y chercher et y trouva en effet la guérison de la lèpre.

En 1590, après les dévastations causées par la guerre, on voulut transporter dans l'église voisine la statue qui était vénérée dans la cellulle depuis bien longtemps. Tous les efforts furent vains. Un brancard neuf fait pour la circonstance se brisa ; mais quand on voulut remettre cette image à sa place, elle se trouva d'une extrême légèreté. Ces faits sont attestés dans une déposition juridique faite par des té-

moins oculaires très graves. Le modeste oratoire devenait donc pour la piété chrétienne le but de visites de plus en plus fréquentes ; mais il était beaucoup trop restreint. C'est pour suppléer à son exiguïté que l'abbé Henri résolut de bâtir auprès une chapelle plus spacieuse, communiquant avec le sanctuaire primitif, qui fut luimême restauré d'une manière plus convenable.

A ces travaux, l'abbé de Corbie contribua pour six cents livres, sa mère pour cent cinquante. C'était le prix des vitraux dont elle donna elle-même le dessin. La duchesse d'Orléans paya quatre cent cinquante livres pour un tableau au-dessus de l'autel. La piété des fidèles fit le reste. Les travaux, les procédures étaient dirigés avec beaucoup de zèle et d'habileté par M. Vrayet, curé de Saint-Etienne.

Avant que cette chapelle fût complètement terminée, elle fut l'occasion d'un fait extraordinaire qui augmenta le respect pour ce saint lieu. Trois soldats de garde à un poste voisin enlevèrent pour alimenter leur feu trois pièces de bois de la porte. Ils tombèrent cinq ou six fois en les emportant ; l'un d'eux fut même blessé. Obstinés dans leur mauvais dessein et luttant contre la miséricorde divine qui les avertissait avec douceur, ils traînèrent néanmoins leur butin jusqu'à leur corps de garde. Mais alors un tourbillon extraordinaire dispersa le bois et les charbons de leur foyer, une première, puis une seconde fois. Le vent était si

violent qu'il leur jetait les charbons à la figure et ils furent contraints de quitter leur poste et même le rempart. Les malheureux comprirent enfin le crime de leur vol sacrilège. On dressa un procès verbal authentique de ce fait, le 5 juin 1626.

Pendant cette construction, les princesses de la famille royale de France stimulaient par leurs nobles exemples la piété des peuples envers la servante de Dieu. Elles se souvenaient sans doute des rapports si heureux des Bourbons, leurs ancêtres, avec l'illustre réformatrice et espéraient de son intercession des grâces non moins précieuses.

La fille d'Henri IV, connue sous le nom d'Henriette d'Angleterre, allant prendre possession de son trône, séjourna à Amiens, au mois de juin 1625, pour vénérer à loisir celles des reliques de sainte Colette qui étaient conservées au monastère des Clarisses. L'épouse de Louis XIII l'imita quelques jours plus tard et la reine-mère vint aussi demander à la pauvre Clarisse les consolations et la force dont elle avait tant besoin dans ses tribulations. A la même époque, la duchesse d'Orléans envoyait son aumônier à Corbie célébrer et faire célébrer plusieurs neuvaines de messes.

Ces princesses furent priées d'employer leur crédit auprès de la cour de Rome pour faire reprendre la procédure de la canonisation. Elles ne faillirent point à ce devoir de leur piété.

Marie de Médicis surtout, écrivit et fit faire des sollicitations pressantes par l'ambassadeur de France. Le chapitre de la cathédrale d'Amiens, la commune de cette cité comprirent qu'il s'agissait là d'une gloire de Picardie qu'il fallait mettre en évidence et ils adressèrent des prières pressantes au souverain Pontife. La ville de Corhie, plus directement intéressée, imita naturellement la capitale de la Picardie.

Ces sollicitations obtinrent la reprise de la cause, et des informations solennelles et très complètes furent ordonnées dans toutes les contrées que sainte Colette avait habitées et dans celles où elle était honorée. Un formulaire de questions fut adressé aux autorités ecclésiastiques de ces différentes provinces. En vingt-neuf articles on demandait tous les détails possibles sur la vie, les vertus héroïques, les dons merveilleux, les miracles de sainte Colette, la vénération dont elle pouvait être l'objet depuis sa mort.

Ces enquêtes furent dirigées par le P. Sylvestre de Paris, capucin, confesseur des Clarisses d'Amiens , assisté toujours de personnages considérables et de notaires apostoliques. Elles produisirent un dossier volumineux qui fut envoyé à Rome, mais dont on garda une copie que possèdent encore les Clarisses d'Amiens. Les actes les plus remarquables sont ceux de l'enquête faite à Corbie. Outre les détails histoques sur la transformation des lieux sanctifiés

par sainte Colette, on y trouve des dépositions solennelles sur plusieurs faveurs miraculeuses obtenues par l'humble vierge de Corbie. Ainsi François Joly, procureur et notaire royal à Corbie, déclare qu'il croit devoir aux mérites de sainte Colette la vie de son fils. Cet enfant âgé de six ans, après neuf convulsions, ayant perdu la parole depuis deux jours, était regardé comme mort par les apothicaires et les pharmaciens qui le virent. Alors Marie Vrayet, sa mère, fit vœu de faire chanter une messe dans la chapelle de sainte Colette. Un quart d'heure après la messe commencée, l'enfant recouvrait la parole, et deux jours après, il était totalement guéri.

Il y a bien d'autres faits semblables ou plus merveilleux. Jeanne de Brouilly, épouse d'Imbert de Billy (1) d'Essertaux reçut de si grands bienfaits et fut touchée d'une si vive reconnaissance qu'elle vint se fixer à Corbie. Elle donna une petite cloche à la chapelle.

Jean Henneberg, de la paroisse de la Neuvilleles-Corbie , avait un fils unique, âgé de neuf ans ; mais il n'avait point d'espoir de le conserver : l'enfant était d'une complexion frêle, contrefait et d'une faiblesse si grande, qu'à l'âge de neuf ans, sa dentition ne s'était pas encore

(1) Sa déposition renferme un mot bien beau. On lui demande sa profession : — Noble, dit elle, et vivre en la profession catholique et romaine. — Catherine Auxcousteaux répond à la même question : — Obéir à Dieu, à l'Eglise et à son mari.

et l'enfant put bientôt prendre part aux joyeux ébats des autres enfants de son âge.

Un jeune homme était affligé d'une hernie bien constatée et jugée incurable par tous les médecins. Sa mère, Pasquette Sanier, avait une grande confiance en sainte Colette ; elle lui recommanda son fils avec larmes. Depuis ce moment, l'enfant n'éprouva aucune incommodité ; il fut guéri parfaitement sans secours humain.

Ces procès-verbaux nous apprennent aussi l'immense affluence des pèlerins pendant toute l'année, mais surtout le 6 mars et les jours suivants. Le concours était si grand que beaucoup d'ecclésiastiques ne pouvaient parvenir à dire la messe. Les fidèles assiégeaient les tribunaux de la pénitence jusqu'après midi, mais tous ne pouvaient parvenir à communier dans la chapelle.

On rencontre aussi dans ces cahiers la très ample déposition du P. Sylvère, capucin d'Abbeville, qui venait d'écrire l'histoire de la Sainte. Les détails dans lesquels il entre, suffiraient pour faire connaître le véritable auteur de Y Histoire chronologique de la bienheureuse Colette, publiée en 1628. C'est par erreur qu'on a donné à cet auteur le nom de P. Séraphin. Au P. Sylvère seul convient bien la qualification qu'on opérée. Le père et la mère vinrent répandre leurs larmes dans la chapelle de Corbie, aux pieds de la Bienheureuse . Contre 1 oute espérance humaine, une dentition soudaine s'opéra, les for" ces se développèrent, les difformités disparurent

lui donne quelquefois : l'Abbevillois. Il était, en effet, natif d'Abbeville, alors âgé de 54 ou 55 ans, et habitait depuis quelques années le couvent des capucins d'Amiens.

Dans ces procès-verbaux d'enquêtes faites en divers lieux, nous avons compté jusqu'à 144 faits miraculeux attribués à l'intercession de sainte Colette depuis dix ans.

C'est vers la même époque, en 1629, que le P. Sylvestre, qui dirigeait tous les efforts pour la canonisation de sainte Colette, obtint pour la ville de Corbie, des religieuses de Gand, un os du bras de la sainte abbesse qui fut exposé à la vénération publique dans la nouvelle chapelle.

Ces sollicitations des princes, ces procédures considérables, ces actes volumineux sont des monuments de la piété publique envers sainte Colette. Il semble qu'ils devaient triompher de tous les obstacles et faire placer immédiatement sainte Colette sur les autels ; cependant, il n'en fut pas ainsi. Ils déterminèrent sans doute le souverain Pontife à accorder plus facilement l'extension de l'office de sainte Colette à tout l'ordre de Saint-François et bientôt à la ville de Corbie. Mais après cela, le silence se fit sur cette grande cause et ce silence dura un siècle et plus.

L'Europe était en feu par la g-uerre de Trente Ans et bien d'autres moins importantes ; nous ne pouvons voir dans ces événements temporels

la véritable cause des délais mis par la Providence à la canonisation de sainte Colette. Cette illustre servante de Dieu a vécu dans un temps de tempêtes violentes pour la barque de saint Pierre. Elle s'est consumée pour obtenir le calme au vaisseau agité de l'Eglise. La manifestation de sa gloire était réservée à des temps semblables à ceux dans lesquels elle a vécu. Ses exemples devaient être proposés surtout à des générations tentées par l'esprit schismatique, à des enfants obligés de multiplier leurs prières pour la sainte Eglise leur Mère. Voilà, ce semble, la véritable raison de ces retards si longs.

Toutefois, ces procédures avaient encore eu un autre effet très avantag-eux à la gloire de sainte Colette. Elles avaient fait connaître des faveurs merveilleuses dues à son intercession, et la voix publique, à la faveur des circonstances, avait porté le culte de l'humble enfant de Corbie jusqu'aux extrémités de la terre. En effet les Espagnols longtemps dominateurs de la Belgique l'avaient reçu de leurs sujets et transporté en Espagne et de l'Espag-ne chez les peuplades innombrables de l'Amérique qu'ils civilisaient. Leur autorité y a péri ; le culte de sainte Colette y est encore vivant.

Les Français firent de même. L'innombrable famille de Saint-François, présente partout où il y a des pauvres à consoler, dès âmes à encourager, des persécutions à souffrir, depuis le tombeau humilié du Sauveur jusqu'aux places

les plus inhospitalière unit ;'i toute

nations, la vénération, le culte de son illustre réformatrice. Aussi la gloire de sainte Colette était dès lors bien grande, et si le jugement solennel de l'Eglise ne proclamait pas encore son héroïque sainteté, l'empressement tout spontané du peuple chrétien, la persévérance a vénération envers l'humble vierge, ne semblent que plus glorieux pour elle.

Le dessin et la gravure célébraient aussi la gloire de sainte Colette et propageaient son culte. En 1G14, François-Nicolas de Hertoche, ermite augustin de Gand, retraça dans une estampe fort belle (in-4°) toute la vie de la réformatrice. Un dessin principal, au centre, repréla pieuse recluse de Corbie, au milieu des arbres, l'un grand et les autres petits, qui se produisirent miraculeusement dans sa cellule, d'elle un agneau nimbé portant une couronne dans s'a patte qu'il tient levée. Derrière, on aperçoit son confesseur et un ange; en face de la sainte, un Christ en croix lance des flèch' elle ; au-dessus de la jeune

vierge apparaissent dans la gloire le Père éternel, Jésus-Christ et Marie sa mère. Quatorze médaillons formant encadrement reproduisent les principales circonstances de la vie de la réformatrice.

merveilles de' sa réclusion semblent avoir exercé sur les artistes un attrait plus puissant, car un autre dessin reproduit en deux grandeurs

l'une in-8° et l'autre petit in-4°, nous la montre en oraison dans sa cellule. Mais l'auteur ne s'est assurément pas inspiré de la vue de Corbie ni de la réclusion pour faire son œuvre. La demeure de la recluse est isolée dans une campagne fantaisiste pleine de rochers et de cours d'eau. C'est un travail sans mérite, il porte cependant la signature de Martin de Vos, dessinateur, et de Adrien Collaert, graveur.

Dans une autre gravure, sainte Colette est représentée dans le costume de Clarisse avec un bâton de voyage à la main et sur la tète un grand chapeau à larges bords comme un chapeau de cardinal. C'est sans doute pour fixer l'époque où le dessinateur a prétendu saisir son sujet qu'il a placé au bas du dessin l'année 1410. En négligeant le bâton et le chapeau, les artistes pourraient, il nous semble, s'inspirer de cette gravure pour représenter notre Sainte. En effet, l'auteur de ce dessin qui ne s'est pas fait connaître, paraît s'être souvenu de ce qu'ont dit de sainte Colette, de sa taille et de ses traits, ses premiers biographes.

On trouve ces gravures à la Bibliothèque impériale, cabinet des estampes,

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