SON ÉDUCATION
ats, produisit bientôt une admirable floraison de vertus dont la vue ravit d'admiration tous les habitants de l'antique cité abbatiale.
Dans la prière elle était tellement recueillie qu'on l'eût prise pour un ange adorateur descendu du ciel. Une vue vive et profonde de la grandeur de Dieu et de la petitesse de l'homme enchaînait tous ses sens et lui faisait trouver dans l'oraison des joies ineffables au lieu de l'ennui que le commun des hommes y rencontre. Aussi les exercices de la piété étaient ses jeux, ses récréations, son repos. Cependant elle était si aimable que ses compagnes la recherchaient avec empressement; c'était pour la jeune Colette un sujet d'ennui . Il lui était agréable sans doute , de se prêter aux désirs de ses jeunes amies, mais un attrait supérieur l'entraînait ailleurs. Son intelligence comprenait la place que Dieu doit occuper dans une vie humaine. C'est pourquoi, pour se soustraire à la dissipation de jeux bruyants et échapper à la recherche de ses compagnes , elle s'enfermait , se cachait même sous son lit, et, dès que les visiteuses importunes étaient parties, elle s'abandonnait à toute l'ardeur de sa piété.
Sa charité n'était pas moins admirable. La commisération semblait née avec elle. La vue des pauvres la faisait tressaillir. Ses parents s'étaient plu à charger ses petites mains de leurs aumônes. Dès qu'elle put agir seule, elle n'attendit plus d'être appelée pour voler au secours
de l'indigent. Survenait-il un pauvre pendant le repas, autant qu'il lui était permis, la tendre enfant choisissait ce qu'il y avait de meilleur pour le lui offrir. Souvent elle se privait des aliments qui lui étaient destinés, pour les donner en aumônes. C'est ce qu'elle faisait surtout en allant à l'école. Plus tard elle montra une grande intelligence pour rendre toutes sortes de services aux pauvres du bon Dieu : quand il lui fut possible, elle les lava, les réchauffa, même les lépreux, au foyer paternel.
La charité lui inspirait des sacrifices. Ce n'étaient pas les seuls que cette âme généreuse offrait à Dieu. Déjà les exemples, les maximes de Jésus crucifié lui avaient fait comprendre la doctrine de la mortification. Elle ne quittait pas l'école à midi et ne retournait pas chez ses parents, afin de n'être pas contrainte de manger. Une précoce habileté lui enseignait les moyens de macérer son jeune corps. Elle mettait dans son lit pour le rendre dur et pénible des copeaux ou des branches d'arbre ; ses reins étaient ceints de cordes rudes, comme d'un cilice. Qui lui enseignait tout cela dans un âge aussi tendre? Evidemment le Saint-Esprit seul lui inspirait et ces pensées et le courage de les mettre à exécution. La sagesse humaine condamnera peut-être ces mortifications si précoces. Sans doute, cette conduite extraordinaire, ces attraits supérieurs ne peuvent pas être la règle des âmes communes ; mais ce serait une témé-