‹ Saint Colette, sa vie, ses œuvres, son culte son influenceChapitre 57 sur 136 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Humilité de sainte Colette.

Tant d'événements merveilleux devaient, ce semble , ou nourrir ou ressusciter l' amour-propre dans l'âme de Colette. Les persécutions de l'enfer pouvaient tout aussi bien que les faveurs divines enfler son cœur et la perdre par l'orgueil. Il n'en fut rien , et son humilité loin de s'affaiblir en reçut des accroissements admi-

rables. C'est cette vertu de notre Sainte qu'il nous faut dès maintenant considérer pour comprendre les luttes, les troubles dans lesquels nous allons la contempler tout à l'heure.

Elle fut toujours petite à ses propres yeux. Les dons , les faveurs célestes produisirent en elle ce sentiment d'humilité. Douée dès son enfance d'une connaissance extraordinaire de la souveraine grandeur de Dieu, elle vit son néant en présence de l'Etre éternel. Toute confondue, écrasée par la majesté suprême, elle dit avec le Psalmiste : Mon être est comme un néant devant vous. Croissant toujours dans la connaissance des perfections divines , de son reg-ard épuré et plus vif , elle pénètre plus profondément dans ces deux abîmes de la grandeur de Dieu et du néant de la créature. Elle poursuit la vérité qu'elle aime par-dessus tout. Elle contemple dans un ravissement toujours plus grand l'immensité , l'infinie perfection de l'Etre souverain , puis se retournant sur elle-même , elle cherche à s'étreindre par le reg-ard de son intelligence et elle ne saisit rien ou presque rien; elle n'aperçoit que le vide comme celui qui a voulu serrer dans sa main une vapeur : Vapùr est ad modicum parens. La vie de l'homme est comme une vapeur qui obéit au moindre souffle. Elle voit cette vérité avec une telle évidence, elle la pénètre si profondément que toute trace d'estime personnelle disparaît pour .toujours.

Ainsi abîmée dans la contemplation de son

néant et des perfections divines, elle ne peut serassasier d'énumérer les bienfaits de Dieu et d'en mesurer avec attendrissement la grandeur. Plus elle a reçu d'une majesté si haute , elle , être si faible, plus elle s'abaisse en sa présence. Elle voit que dans cette chaîne de la libéralité divine, elle n'a tissé que la trame impure de ses ingratitudes et de ses fautes quotidiennes . C'est ce qui l'abat et l'ensevelit dans un mépris d'elle-même qui ne se démentira jamais. Plus le Seigneur a été généreux envers elle, plus lui apparaissent grandes ses négligences et ses fautes. Ce qui ne manque pas de vérité ; car la gravité d'une faute est toujours proportionnée à la grandeur des dons reçus par le coupable. Dans cette vive lumière qui éclaire l'âme de Colette, dans cette pureté éclatante qui l'enveloppe et la pénètre, la moindre obscurité , la plus petite tache lui apparaît monstrueuse. Une proportion inconnue au commun des hommes s'établit pour elle entre tous les objets ; elle les apprécie avec cette lumière supérieure où elle habite. Elle les pèse au poids du sanctuaire éternel et de la justice divine.

De là ces expressions incompréhensibles. Elle se proclame en toutes occasions (1): Vile et abominable , digne des plus grands châtiments et telle que l'enfer n'est pas suffisant pour la punir équitablement. Ecoutons-la dans une de ses lettres au R. P. Pierre deVaux : « Mon très cher

(1) Pierra de Vaux, chap. II.

« et bien aimé Père en Dieu, je vous recom- « mande ma pauvre âme, la plus pauvre c!e « toutes. Hélas! que ferai-je et que deviendrai- « je devant le souverain Juge. Certes , je n'ose <r pensera mes horribles offenses , car j'aurais « cause de toute désespérance »... C'est partout la même expression, le même sentiment.

Entend-elle raconter les crimes qui se commettent dans le monde, elle se trouve plus méprisable que les plus grands pécheurs. Elle ne se porte jamais d'elle-même à ces comparaisons ; loin de là . Concentrant sa vue sur sa conscience , elle est tellement pénétrée du mépris de soi-même, que cette vue incidente des crimes d' autrui ne modifie point ses sentiments. D'ailleurs, dans son jugement, elle tient compte d'un immense inconnu, la différence des grâces reçues de part et d'autre, et l'abus qui a pu en être fait. Elle trouve là un motif plausible pour se tenir toujours au dernier rang".

Aussi, quand Dieu lui offre de nouveaux dons, surtout de ceux qui doivent donner un certain éclat dans le monde , elle les refuse , et dans cette circonstance son humilité l'emporte. « Moult « de grandes connaissances , Dieu lui présence tait à donner ; mais elle refusait pleinement « en disant : Sire , je ne veux fors que vous « connaître et mes défauts et péchés, et s'il « vous plaît me faire quelques grâces, que vous « me donniez pardon et rémission d'iceux (1). »

(1) Pierre de Vaux, chap. II.

■ Ces sentiments sont la vraie sagesse. Car, qu'est-ce que l'homme si on le compare à son Créateur ? C'est aussi la source de la force et de la puissance, car les âmes humbles s'approchent plus près du principe de leur être et y puisent sans cesse un renouvellement de vigueur et de jeunesse. De là la puissante action exercée par les humbles, par l'humble François et l'humble Colette. 0 sublime petitesse ! ô humilité victorieuse et triomphante !

Il était nécessaire de faire connaître, en partie du moins, cette vertu de sainte Colette pour donner l'intelligence des faits qui vont suivre. Nous allons, en effet, assister à une lutte merveilleuse entre le Seigneur et l'humilité de sa servante. Ce combat aura ses péripéties et un intérêt plus grand que d'autres au récit desquels la vanité des hommes accorde toujours une attention émue.

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