‹ Saint Colette, sa vie, ses œuvres, son culte son influenceChapitre 61 sur 136 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Nouvelles épreuves. — Persécution à Corbie.

La pieuse caravane cheminait péniblement dans une saison déjà difficile. Colette, fatiguée par tant d'émotions, de luttes et de combats, était accablée par la chargée qui lui était imposée. La nature parut sur le point de succomber. Une fièvre violente saisit la jeune abbesse et la réduisit en très peu de temps à l'extrémité. Sa bouche était complètement desséchée sous l'action du feu intérieur qui la dévorait ; sa lang'ue retirée avait presque disparu de la bouche ; elle ne pouvait plus parler ni prier oralement. Le P. Henri et la baronne de Brisay étaient auprès

do son lit, dans la désolation, croyant voir à chaque instant disparaître La fondement de leurs espérances pour le saint de la chrétienté. Tout à coup se présente auprès de la malade une jeune dame d'une grande beauté, d'un port majestueux, pleine de douceur et de mode-tic; ayant considéré quelques instants la malade avec compassion, elle demande deux jaunes d'œuf, ouvre d'une main la bouche de la mourante, et de l'autre les y introduit en ramenant autant que possible la langue à sa place naturelle, puis elle baise affectueusement ce visage sur lequel étaient déjà imprimés les signes d'une mort prochaine, et elle disparaît. Aussitôt la malade se leva parfaitement guérie. Au témoignage de sœur Pcrrine, ni sainte Colette ni le P. Henri ne doutèrent point que ce fût la sainte Vierge qui était venue la guérir.

Les voyageurs revirent la comtesse do Genève pour la remercier de ses bons offices. Elle voulait les retenir dans la ville de Rumilly. Amédéc VIII sollicitait la même faveur pour Bourgen-Bresse. Mais Colette, inspirée par l'amour de sa patrie et par son humilité, voulait s'enfermer dans une profonde retraite sur le sol natal ou dans les provinces voisines. Aussi n'avaitelle demandé et obtenu que la faculté de s'établir dans un des trois diocèses d'Amiens, de Noyon ou de Paris. C'est pourquoi elle résista à ces puissantes sollicitations et continua sa route vers la Picardie le plus promptement possible,

pour échapper aux honneurs qui lui étaient rendus. Elle ne prévoyait g-uère les tribulations qui l'attendaient ; mais Dieu en avait ainsi disposé afin que ce pur froment, agité, séparé de tout mélang-e impur et semé au loin, produisît une plus abondante moisson.

A Corbie, on avait vu avec peine le départ de la recluse. L'amour-propre, l'intérêt s'unirent bientôt pour interpréter défavorablement la démarche de Colette. Les Bénédictins voyaient avec dépit un disciple de Saint-François devenir le directeur d'une jeune personne qui leur avait autrefois donné de grandes espérances. Les habitants avaient perdu un secours dans leurs peines et quelques avantages temporels procurés par les visiteurs étrangers. Les accusations d'inconstances et d'autres plus graves s'étaient renouvelées depuis que Colette était sortie de sa réclusion. Quand la jeune abbesse reparut avec le P. Henri, les esprits étaient donc changés à son égard, ils lui étaient même devenus hostiles. Les Bénédictins, seigneurs temporels et spirituels, entendant parler de l'établissement d'un couvent de l'ordre de Saint- François, s'émurent. S'ils n'inspirèrent pas des actes coupables, ils ne firent rien de ce qu'ils étaient obigés de faire pour protéger la faiblesse, l'innocence, la vertu. Ils laissèrent Colette sans défense, en butte aux avanies, aux insultes, aux calomnies les plus injustes, les plus révoltantes. Nous verrons plus loin une étrange punition

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