‹ Saint Colette, sa vie, ses œuvres, son culte son influenceChapitre 65 sur 136 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

La nouvelle communauté' est transférc'e à Besançon.

La comtesse de Genève n'ayant pu faire agréer la fondation d'un couvent à Rumilly auprès de son château et comprenant d'ailleurs que la jeune communauté ne pouvait toujours demeurer dans la maison de la Balme, tourna ses vues ailleurs. Il y avait à Besançon un monastère de Clarisses qui avait adopté les mitigations obtenues d'Urbain IV. Le relâchement avait sans doute été croissant et la communauté déconsidérée n'avait plus trouvé à se recruter. Le monde, qui condamne les grandes austérités, conserve cependant son respect à ceux qui les pratiquent et retire sa confiance aux communautés relâchées. C'est l'histoire de l'extinction d'un grand nombre de maisons religieuses et le secret de beaucoup de révolutions sociales. D'ailleurs, les âmes généreuses qui veulent se donner à Dieu préféreront toujours choisir leur retraite là où elles trouveront l'intégrité des règles primitives. Pour vivre selon les sens, il n'est pas besoin de quitter le monde et de s'enfermer dans la solitude. Il n'y avait plus que deux religieuses dans le monastère des Urbanistes de Besancon. La com-

tesse (le Genève, l'ayant appris, demanda à Benoît XIII cette maison pour ses protégées.

Le Pape n'avait pas changé de sentiments à leur égard et il s'empressa d'acquiescer à une demande qui entrait si bien dans ses vues. C'est pourquoi, le 27 janvier 1408, il signa une bulle qui donnait à l'abbesse Colette le monastère de Besançon, à condition toutefois de pourvoir d'une manière convenable à la subsistance des deux dernières religieuses.

Sainte Colette ne se mit point immédiatement en possession de ce monastère, sans doute à cause des circonstances qui se produisirent alors et aggravèrent le désordre schismatique de l'Eglise.

En effet, comme dans les négociations pour le rétablissement de la concorde, les deux prétendants à la papauté ne paraissaient pas très sincères, la France et d'autres provinces de la chrétienté, renonçaient dès le 15 mai 1408, à l'obédience de Benoît XIII et se déclaraient neutres. Dans ces circonstances, la bulle datée de quelques mois auparavant courait risque d'être contestée.

En 1409, le 20 juin, le Concile de Pise composé des cardinaux anciens des deux obédiences et d'un très grand nombre de prélats, après avoir condamné les deux contendants , élisait pour pape Pierre de Candie, de l'ordre des Frères- Mineurs, qui prenait le nom d'Alexandre Y. Naturellement, il fut reconnu partons les disciples

de Saint-François ; son élection paraissait pluslégitime, cependant elle ne fit qu'augmenter la division. Quoi qu'il en soit, Colette, sacrifiant généreusement les sentiments de sa reconnaissance et le souvenir des faveurs reçues à Nier aux inspirations de la foi catholique, quitta l'obédience de Benoît XIII et se soumit à l'autorité d'Alexandre V.

Assurée de la protection de ce dernier et de l'approbation qu'il donnerait aux faveurs accordées par Benoît XIII, elle se détermina à se transporter elle et sa communauté à Besançon; les deux années écoulées avaient été employées à préparer les esprits, à déterminer les bases principales des arrangements à intervenir.

Thibault de Rougemont, archevêque de Besançon, instruit de tout ce qui concernait sainte Colette par la comtesse de Genève, heureux de doter sa ville épiscopale d'une communauté si fervente et si puissante auprès de Dieu, employa toute son autorité pour l'exécution des bulles pontificales et provoqua pour l'arrivée de la jeune abbesse une manifestation admirable . C'était le 14 mars 1410. L'évèque, à la tète de son clergé et suivi d'un peuple immense, s'avança jusqu'au village de Beure, à plus d'une lieue de Besançon, pour recevoir la servante de Dieu et ses filles. La comtesse de Genève n'avait pas voulu céder à d'autres l'honneur de présenter la jeune abbesse au vénérable prélat. Elle la conduisit elle-même, accompagnée de sa nièce,

Mahaut de Savoie. Ainsi, hauts dignitaires de l'Eglise, princes de la terre, toutes les grandeurs viennent former un noble cortège à la fille du charpentier. La fugitive de Corbie fait une entrée triomphale dans la capitale de la Franche- Comté. Tous étaient dans la jubilation et l'allégresse. Ils se félicitaient de recevoir dans leurs murs une sainte dont ils avaient déjà entendu dire de si grandes choses.

Le R. P. Bassand avait sans doute fait connaître à sa famille tout le mérite de celle qu'il avait si bien connue en Picardie. Parmi les religieuses de la réforme, nous en trouvons une, Louise Bassand, qui était sans doute sa parente. Sa vertu la fit distinguer entre ses sœurs. Elle eut l'honneur de recevoir de la réformatrice une lettre qu'on trouvera aux notes. La baronne de Brisay, qui avait habité Besançon et y était venue mourir après sa mission accomplie, avait également raconté les choses dont elle avait été témoin. Enfin, un écuyer de la comtesse de Genève assurait qu'il avait vu la tête de la jeune abbesse entourée d'une auréole lumineuse pendant tout le voyag-e.

C'est au milieu de ce concours universel et de cette jubilation publique, que sainte Colette et ses filles furent introduites dans le monastère àe Besançon.

Cependant il fallait remplir les intentions paternelles du souverain Pontife à l'égard des deux dernières Urbanistes. La nouvelle abbesse

du monastère de Besançon ne pouvait manquer à ce devoir de charité. Dès son arrivée, elle se présenta à elles avec respect et charité, leur expliqua elle-même son œuvre, et sans doute répéta alors les paroles qu'elle disait souvent et avec de si puissants motifs : « Mes sœurs, je « vous dis que cette religion n'est pas la reli- « gion de sœur Colette ni du P. Henri, mais la « religion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, car « il vient en personne pour la réformer. » Elle leur protesta, du reste, qu'elles étaient parfaitement libres ou d'adopter le rétablissement de l'ancienne règle, ou de vivre dans une partie de la maison selon leurs usages particuliers, conformément à la décision du Souverain Pontife qui leur attribuait, sur les rentes de leur monastère, ce qui était nécessaire à leur subsistance ; ou enfin de se retirer avec la dotation assurée dans telle autre communauté qu'il leur conviendrait de choisir. L'une d'elles, sœur Simonette, embrassa généreusement la réforme, dans laquelle elle s'éleva à une haute perfection et mourut en odeur de sainteté. L'autre entra chez les Bernardines.

Il restait une autre affaire à régler. Le monastère possédait des rentes, et Colette, fidèle à l'esprit de saint François et de sainte Claire qui les refusèrent toujours, avait hâte de se dépouiller de ce dont les mondains sont si avides.

Alexandre Y, récemment élu par le concile de Pise, avait envoyé à Avignon, pour gouverner

cette principauté de l'Eglise et remplir les fonctions de légat en Bourgogne et autres provinces hors de France, Pierre de Tliuray, cardinal de Sainte-Suzanne.

Ce prince de l'Eg'lise, par une lettre datée du 17 mai 1 110, donna commission à l'archevêque de Besançon de fonder des chapellenies avec les biens et les rentes dont sainte Colette voulait se dépouiller.

Thibaut de Boug'emont, par une ordonnance du 21 octobre suivant affecta en effet la dotation du monastère de Besançon à la constitution de trois chapellenies dont les titulaires, à la nomination de la supérieure du couvent, devaient dire la messe dans la chapelle des Clarisscs à l'heure fixée par l'abbesse. Plus tard l'insuffisance du revenu fit réduire à deux le nombre des chapelains. Voilà Colette au comble de ses vœux ; elle possède un asile humble, mais disposé pour les exercices de la vie religieuse, et elle jouit de la pauvreté la plus complète. Le lég-at, par une autre lettre datée du 24 mai 1410, confirma toutes les concessions faites par l'autorité apostolique à la vénérable sœur Colette.

Cette pièce est bien remarquable ; elle ne parle ni d'Alexandre V ni de Benoît XIII, mais seulement de l'autorité apostolique. Elle ratifie ce qui a été fait dans l'une ou l'autre obédience. Voilà les sag*es tempéraments dont on usait alors et que l'Esprit-Saint, toujours avec son Eglise, inspirait pour le bon gouvernement des âmes.

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