‹ Saint Colette, sa vie, ses œuvres, son culte son influenceChapitre 66 sur 136 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Le Seigneur glorifie sa servante par des miracles.

Les "habitants de Besançon ne tardèrent pas à recevoir la récompense de leur piété envers « l'humble ancelle de Notre-Seigneur. » Le cinquième jour après son arrivée, dit P. de Vaux, on lui présenta une femme notable de la ville qui était atteinte de plusieurs maladies très graves. D'après les caractères décrits , l'une d'elles devait être l'épilepsie avec d'autres accidents nerveux très étrangles et des désordres très fâcheux et plus fréquents à l'estomac. Les crises étaient tellement violentes que quatre personnes ne suffisaient pas pour contenir la patiente pendant ses accidents douloureux . La malade, nommée Marguerite, était conduite par ses parents accompagnés d'un maître de théologie de l'ordre des Frères-Mineurs. Ils venaient la recommander aux prières de la vénérable abbesse. Celle-ci, après quelques paroles pleines de feu sur la bonté divine, les exhorta tous, mais surtout la malade, à avoir une grande foi en Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui par sa bénigne grâce la guérirait, et elle se retira dans son oratoire. Elle en revint la face triste et éplorée et dit à la malade qu'elle n'avait pas

bonne foi en Dieu ; si elle l'avait, elle serait guérie. Après de nouvelles protestations de foi de la part de la malade, la servante de Dieu se retira de nouveau en son oratoire pour prier. Mais elle en revint plus triste et plus affiig-ée que la première fois. La malade dans un de ses souffrait davantage. Sainte Colette lui dit : Ma mio, par faute de votre foi, votre ma- « ladie continue toujours; je vous prie que vous « ayez bonne foi en Xotre-Seig'neur Jésus- « Christ et j'ai ferme espérance que vous serez guérie. « Cette pauvre infirme répondit qu'elle l'aurait, et pria Nôtre-Seigneur, par l'intercession de sa servante de vouloir bien l'aider et secourir. En effet, l'abbessc rentrée une troisième fois en oraison , en sortit presque aussitôt joyeuse et le visag-e resplendissant : Par le moyen de votre foi, dit-elle, il a plu à Dieu de « vous donner la santé. » Mais la malade repar- « tit : Madame, je suis guérie» et Xotre-Seig-neur « m'a donné la santé par sa grâce non pas pour « bien ni foi qui soit en moi, mais pour les mérites « des prières et oraisons que vous avez faites « pour moi. » La petite ancelle lui répliqua : Gardez-vous bien de dire ainsi. » Mais elle comprit que la discussion était inutile et ne la préserverait pas de la responsabilité du miracle. Elle eut recours à un autre moyen. Elle lui commanda de faire, dans les quinze jours, un pèlerinage à une église de Saint-Loup, éloignée de six lieues. Ses maladies devaient la reprendre en arrivan t

sur le territoire de cette église, et ne cesseraient que dans le cimetière qui entourait le sanctuaire. Ce qui arriva comme l'avait prédit la thaumaturge.

Sainte Colette opéra beaucoup d'autres miracles à Besançon, mais à des époques inconnues ; nous en rapporterons quelques-uns , d'après P. de Vaux et la sœur Perrine : nous choisissons ceux qui paraissent avoir été accomplis dans les premières années de son séjour.

Un habitant de cette ville était dans la douleur d'avoir vu mourir sa fille en naissant , il l'avait fait porter à l'église en toute hâte, espérant qu'un dernier souffle de vie venant à se manifester, elle pourrait recevoir la vie de la grâce. Son espérance avait été trompée. Cet homme de foi était en proie à une vive affliction dans la pensée que cette enfant si chère serait privée du bien suprême. Ses parents, ses amis l'exhortèrent à avoir recours à la vénérable abbesse. Il porta son enfant au couvent. Les sœurs l'enveloppèrent dans un voile de leur mère, qui consentit à prier pour elle. La petite créature, inanimée jusque-là, donna bientôt des signes de vie. Elle fut baptisée, reçut le nom de Colette et devint ensuite religieuse, puis abbesse de Pont-à-Mousson. Elle vivait encore quand les biographes de sainte Colette écrivirent ; elle s'appelait Colette Prucet ou Prucette, parce qu'alors on féminisait parfois les noms de fa-

mille. Ce miracle fut suivi, peu de temps après, d'un autre non moins admirable. Un bourgeois de Besançon avait enterré depuis deux jours déjà son enfant mort-né. Ses parents, ses amis lui faisaient reproche de ne pas avoir eu recours plus tôt à l'abbesse des Clarisses. Enfin, après un tel délai, cédant et aux observations et à sa douleur paternelle, il va déterrer l'enfant et le porte au couvent des Clarisses. Il ne put le faire si secrètement que des personnes sympathiques et des curieux ne s'unissent à lui. L'enfant ayant été placé devant l'abbesse, celle-ci pria quelque temps et bientôt la vie commença à ranimer ses petits membres presque en décomposition. L'enfant fut baptisé immédiatement. « C'est un prédestiné, » dit celle qui lui obtenait la vie. Entendant cette parole, une dame de Besançon voulut avoir le bonheur de l'élever ; mais, six mois plus tard, sa mort prématurée dans l'innocence baptismale réalisait la prophétie de la thaumaturge.

Dans ces premières années, en 1412, d'après l'abbé de Saint-Laurent, un jeune homme de 15 ans, encore vivant quand écrivait P. de Vaux, d'une des principales familles de Besançon qui a donné des présidents à mortier au parlement de Besançon, Jean Boisot, étant venu à mourir fut porté dans un linceul à la chapelle où sainte Colette entendait la messe. Le saint sacrifice fini, elle commanda au mort de se lever, et, plein de santé, celui-ci put re-

tourner chez ses parents , au milieu d'un concours considérable de peuple attiré par le bruit d'une telle merveille. Il conserva une reconnaissance bien légitime envers celle qui l'avait retiré des bras de la mort. Il fut le protecteur du monastère et légua ses sentiments à sa postérité ; son dernier descendant, M. Boisot, abbé de Saint-Paul, vivait encore en 1783 à Besançon, selon le témoignage de l'abbé Lacerneux, auteur d'une vie manuscrite de sainte Colette.

Des prodiges si éclatants augmentèrent la confiance de tous et portèrent le nom de Colette jusqu'aux extrémités de la province et même dans les provinces voisines. Aussi le concours de ceux qui venaient solliciter des grâces et réclamer l'assistance de la sainte auprès de Dieu devint tellement considérable, qu'il fallut , pour conserver l'ordre dans la communauté, prendre des mesures sévères ; l'abbesse, ne consultant que son humilité, voulait s'enfermer rigoureusement et se refuser à toutes les sollicitations. L'archevêque établit un sage tempérament. Il fixa quelques heures de la journée pendant lesquelles l'abbesse recevrait ceux qui réclamaient ses avis et ses prières. La foi s' augmentant, les miracles se multiplièrent ; tous les enfants morts-nés lui étaient portés et elle les rendait à la vie au moins pour recevoir le baptême. Elle en ressuscita ainsi plus de cent. C'est ce qu'atteste sœur Perrine, en irrvo»

quant le témoignage «les personnes les plus graves. Toutes les maladies cédaient à ses prières,. à un signe de croix, même au contact des vêtements qui lui avaient servi. Elle ne se prêtait pas volontiers à exercer son pouvoir miraculeux. Par de pieux artifices , avec une adresse variée selon les circonstances, les sœurs lui faisaient faire le sigme de la croix sur les malades, et ils étaient guéris. Une de ses religieuses souffrait si violemment de la tète, qu'elle se croyait près de la mort. Elle va trouver sa sainte mère, et la prie de faire le signe de la croix sur elle en lui mettant la main sur la tète. Émue de compassion pour cette extrême douleur, la vénérable abbesse accède à ce désir et la malade est à l'instant guérie.

Une autre, tourmentée d'une vive douleur à la main, la lui présente en la priant de faire dessus le signe de la croix. Triste et affligée de se voir estimée et vénérée, Colette repousse avec une sorte de dédain la main qui lui est présentée. En la repoussant, elle la touche malgré elle et la guérit instantanément. Après ces grands miracles qui viennent d'être rapportés, sainte Colette se cachait toute confuse et demeurait dans sa cellule un jour, et quelquefois plus longtemps sans sortir. Quand elle reparaissait, les religieuses ne pouvaient s'empêcher de lui témoigner leur vénération. « Mes « chères sœurs, leur disait-elle alors, ce n'est ■* pas moi qui ai fait ces prodiges. Aidez-moi à

« remercier Dieu , qui veut autoriser par ces « miracles notre réforme. Vous en ferez plus « que moi , vous toutes , si vous n'épargnez « rien pour gagner le cœur du Très-Haut, et « vous le gagnerez sans doute si vous avez « fort à cœur les trois choses que je vous re- « commande si souvent plus que tous les au- « très : l'oraison, la pauvreté évangélique et « une dévotion tendre et spéciale envers la « sainte Vierge, qui m'a fait connaître qu'elle « voulait être la mère de cette maison. Voyez « quel attachement, quelle tendresse et quelle « reconnaissance vous devez avoir pour une si « bonne Mère (1) ! »

Page 1