SES MORTIFICATIONS
dans ses monastères ni dehors, clic ne porta jamais de chaussures d'aucune espèce, ni ne se chauffa, ni ni' s'approcha du foyer. Elle ne pouvait même pas sentir le feu.
C'est dans ces premières années de son séjour à Besançon que le P. Henri apprit l'existence de la ceinture de fer qu'elle portait déjà dans sa réclusion. Elle avait accompli ses longs voyagi ce violent instrument de péni-
tence, nous devrions dire de torture. Il avait tellement usé, déchiré les chairs, qu'il s'y était incrusté et en était recouvert en partie. Le discret directeur se crut obligé d'en arrêter les ravages et d'en prévenir les funestes effets. Aussi obéissante que mortifiée, sainte Colette se mit en devoir de l'enlever, mais il était tellement adhérent qu'elle fut obligée d'en attacher une extrémité à la muraille et de tirer à l'opposé. Elle l'arracha ainsi avec des lambeaux de chair et au prix de souffrances indicibles. Mais, privée de cet instrument d'immolation, elle sut en inventer d'autres et continuer sa mission réparatrice.
Toute son existence était un problème difficile à résoudre, ou, pour parler plus exactement, c'était un miracle continuel. Ainsi, ceux qui l'ont mieux connue, qui, comme sœur Perrine, ont été dans sa familiarité pendant trente ans, ou, comme P. de Taux, ont pénétré dans le secret de sa conscience, nous disent qu'un repas considérable pour elle c'était un morceau de pain
gros comme un œuf: voilà sa nourriture pour une journée. Tout au plus consentait-elle à y ajouter un peu de petits poissons, mais jamais de ceux que leur grosseur rend plus succulents. Elle ne les trouvait pas assez purs. Elle touchait rarement aux autres mets qui pouvaient lui être présentés, mais toujours animée par la charité, elle les faisait donner aux pauvres. Elle ne buvait que de l'eau et si, dans les contrées qui cultivent la vigne, on la contraignait dans ses défaillances à l'usage du vin, elle le noyait dans l'eau. Elle trouvait au pain et à l'eau un g'oût inconnu au commun des mortels ; ses sens d'une finesse extrême, non émoussés par les excès, goûtaient les saveurs les plus délicates, imperceptibles aux autres. Elle paraissait trouver dans les aliments une grande douceur et un contentement qu'on était heureux de voir. D'ailleurs, pendant qu'elle les prenait l'élan de sa reconnaissance pour Dieu qui lui envoyait sa nourriture, rendait son visage radieux.
De cette réfection si modique elle trouvait encore moyen de retrancher quelque chose les jours de jeûne; ordinairement pendant le carême elle ne prenait qu'un peu de pain et d'eau. Mais, chose plus merveilleuse et vraiment surnaturelle, formellement attestée, cependant par ses premiers biographes ! elle imita rig-oureusement le jeune de Notre-Seigneur Jésus-Christ et passa plusieurs carêmes sans prendre aucune nourriture ni aucun breuvage. Cependant elle n'in-