SES SOUFFRANCES
terrompaitpas ses exercices spirituels, ses veilles, ses macérations, ses méditations, ses conférences spirituelles ou religieuses. Une force divine, puisée surtout dans la sainte communion, la soutenait et conservait son existence. Par sa foi si vive, par l'ardeur de son amour, elle puisait directement la vie .dans le Verbe créateur et dans sa chair divinisée.
Plus souvent encore elle s'imposa cette privation absolue pendant la semaine sainte. Il lui arriva alors d'être reconfortée par un aliment mystérieux que la bonté divine lui envoyait après ces longs jeûnes. Dans sa soif d'immolation et de sacrifices, elle trouva le moyen de souffrir encore davantage . Elle se priva de sommeil pendant un .an. Habituellement, elle accordait à peine une heure de repos à la nature ; mais, pendant cette année, elle la lui refusa complètement. Quelle énergie, quelle force de caractère il fallait pour dompter à ce point les exigence les plus impérieuses du corps et les contraindre cependant à rendre à l'àme tous les services qu'elle est en droit d'attendre de lui !
Ces pénibles privations n'étaient pas les seules souffrances de l'amante du Calvaire. Elle était en proie à des meaux étranges. Elle porta presque toute sa vie une enflure considérable qui montait et descendait et l'oppressait sans relâche. A cette maladie se joignait tantôt un refroidissement extrême, tantôt une chaleur semblable à celle d'un foyer ardent. Ni la glace ne
pouvait éteindre ce feu et rafraîchir ces ardeurs brûlantes, ni le feu réchauffer les membres glacés de la patiente. Elle passait d'une extrémité à l'autre, sans l'influence d'aucun des agents naturels. Enfin des douleurs poignantes, inexplicables, torturaient sans cesse tous ses membres. Tantùtil lui semblait que son cœur était ouvert et saupoudré de sel on qu'un brasier très ardent brûlait ses entrailles. Tantôt elle était comme transpercée de dards aigus et rougis au feu, ou bien sa tète embrasée bouillonnait comme une chaudière sur un foyer brûlant, et à la place de ses yeux, elle ne sentait plus que deux charbons ardents. Dans ses yeux qui étaient plaisants à voir, dit Pierre de Taux, elle éprouvait des douleurs continuelles ; et comme pour voir le S. Sacrement et réciter son office elle tenait à lavue plus qu'à aucun autre sens, elle eut recours à des remèdes très douloureux pour la conserver- C'est sans doute la raison pour laquelle on l'invoque dans les maladies des yeux. C'était la nuit surtout que ces douleurs la saisissaientde toutes parts. Courageuse et soumise, mais non insensible, il lui arriva quelquefois d'exprimer une sorte de plainte en regagnant sa cellule le soir : « Tous allez reposer et moi je vais endurer de nouvelles douleurs. »
Ces souffrances s'apaisaient cependant et disparaissaient même complètement, lorsqu'elle était appelée au parloir pour conférer des intérêts de son œuvre ou du prochain . Mais aussi-
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tôt les visites parties , ses maux la reprenaient avec une double intensité et cette aggravation durait autant que le calme qui avait précédé. Dans ces violentes crises, elle rejetait quelquefois du sang-parlabouche. Ses douleurs commençaient subitement et subitement elles cessaient sans aucune cause apparente. Leur violence devait à chaque instant éteindre sa frêle existence ; mais loin de là : à peine était-elle délivrée, qu'il ne restait en elle aucune trace des maux qu'elle avait endurés . Ces circonstances extraordinaires prouvent bien que ces souffrances étaient surnaturelles dans leur cause.
Voici d'autres particularités non moins remarquables qui mettent aussi en évidence le caractère surhumain de ses douleurs. Elles étaient plus vives aux jours des fêtes chrétiennes et plus ou moins violentes selon le degré de la solennité. Le dimanche, elles duraient au moins depuis les premières vêpres jusqu'aux secondes. C'était, sans doute, pour expier les péchés plus nombreux ces jours-là, pour réparer les profanations, et pour obtenir les grâces abondantes nécessaires au peuple chrétien.
Enfin, elle ressentait tous les tourments des saints dont on célébrait la fête. Elle était écorchée vive avec saint Barthélémy, crucifiée avec saint André, broyée sous la dent des bêtes féroees avec saint Ignace, brûlée avec saint Laurent etc., Toutes ces tortures se succédaient presque sans interruption et elle put dire avec
vérité à son confesseur : « Aux glorieux martyrs « qui sont en paradis, Dieu leur a fait une grande « grâce et "bon marché. Ils ont été promptement « dévorés ou brûlés, on leur a hâtivement tran- « ché la tête. » Cependant, la disposition, la plus ordinaire de son âme, c'était la soif de la souffrance. A l'aumônier du comte de la Marche qui lui demandait ce qu'il pourrait lui arriver de plus pénible, elle répondit : « Ce serait de passer un « jour sans avoir rien enduré pour Dieu. » On voit avec quelle abondance le Seigneur se plut à satisfaire les désirs héroïques qu'il avait mis dans le cœur de sa servante. Par leur multiplicité, parleur violence, par leur durée, ses souffrances sont un des prodiges les plus éclatants de sa vie, et ce prodige dura cinquante ans et plus. Pendant ces longues années, elle subit plusieurs fois tous les genres les plus divers du martyre. C'est à ce prix si haut qu'elle put acquérir une influence immense sur le monde, et qu'elle mérita à ses frères des grâces de salut. Il est vrai qu'au milieu de son martyre, elle n'était pas déshéritée des faveurs accordées si fréquemment aux témoins de Jésus-Christ. Comme eux, après ces tourments, elle était visitée par les anges qui la consolaient, la réconfortaient et lui rendaient tous les honneurs dont était digne une épouse si fidèle du Roi des rois.