‹ Saint Colette, sa vie, ses œuvres, son culte son influenceChapitre 85 sur 136 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Faveurs merveilleuses que sainte Colette obtient aux habitants de Poligny.

La vertu de sainte Colette, malgré tout le soin avec lequel elle tâchait de la cacher au monde, son pouvoir thaumaturgique éclataient nécessairement au dehors des monastères. Son zèle pour la gloire de Dieu et le salut des âmes lui faisaient adresser à ceux qui l'approchaient des paroles de feu qui révélaient son âme. Sa compassion pour les maux du prochain l'entraînait, comme malg-ré elle, à user du pouvoir extraordinaire que Dieu lui avait accordé. D'ailleurs, il suffisait déjà d'invoquer son nom auprès de

Dieu, pour obtenir des prodiges. Nous en verrons des exemples.

Il y avait à Poligny un "bourgeois nommé Jean Courault, occupant dans la cité un rang éminent que son activité et ses richesses lui avaient conquis. Il continuait avec ardeur le négoce qui l'avait enrichi. Il vit la Sainte, récemment arrivée à Poligny, et coopéra à la fondation du monastère. Par quelques paroles prononcées avec cet accent qui ne peut venir que de T Esprit-Saint, la sainte abbesse lui fit apercevoir la vanité des biens terrestres. Bientôt, fidèle à ces inspirations, il renonça au commerce, se contenta de ses revenus ; il multiplia cependant ses aumônes, parce qu'il était généreux pour les autres et économe pour lui-même. Corrigé de l'habitude du blasphème, véridique <?t sobre, il n'eut plus qu'un bonheur, celui de fréquenter les sanctuaires et d'écouter la vénérable abbesse. Dans les quelques voyages qu'il fut encore obligé de faire pour terminer ses affaires, il éprouva la puissante protection de la servante de Dieu. Un jour, il voulut traverser à r;heval une rivière gonflée par les pluies ; il est renversé et disparaît dans les flots aux yeux de son domestique. Au sein des eaux où il devait périr, il se recommande à celle qu'il regarde comme une sainte, et il est bientôt hors dedangvr. Une autre fois, il est arrêté par une apparition de la vénérable abbesse, au moment où il allait se jeter dans un abîme caché par le cou-

r-ant d'une rivière. Trois fois il lui dut lu vie et la santé de son épouse. Une première fois, Étiennette, — ainsi se nommait la femme de Jean Courault, — était tellement malade, qu'on n'attendait plus que son dernier soupir. Jean Courault va la recommander aux prières de l'abbesse, qui le console, lui rend quelque espoir et le congédie. A peine est-il parti qu'elle envoie auprès de la malade le P. Henri. Peu de temps après l'entrée de ce vénérable Père dans l'appartement de la mourante, Étiennette était pleinement guérie.

Quelques années apèrs, la même personne fut atteinte d'une maladie de cerveau qui troublait sa raison. Son époux, par ses sages conseils, ne pouvait arrêter les progrès d'un mal pire que toutes les douleurs. Il la conduisit au couvent de Poligny. Sainte Colette fit entendre des reproches charitables, mais salutaires, à cette chrétienne négligente qui avait trop différé de se confesser et lui ordonna de le faire à l'instant même au P. Henri. La malade obéit ; et pendant ce temps, l'abbesse priait pour elle. Aussi sortit-elle du saint tribunal délivrée de ses douleurs et du trouble de sa raison. Enfin, une troisième fois, la femme de Jean Courault, dans les douleurs d'un accouchement devenu presque impossible au jug'ement des sagesfemmes, devait mourir et son enfant avec elle. Déjà un chirurgien habile était appelé pour tenter, après la mort de la malheureuse, l'opé-

ration césarienne afin de donner au moins le baptême à l'enfant. Pendant ce temps, Jean Courault s'était adressé à son refuge ordinaire dans ses peines. La vénérable abbesse lui dit une première fois de retourner chez lui et de revenir un peu plus tard la trouver, il obéit. Dans les anxiétés et la douleur qu'il éprouvait il ne tarda g'iière à revenir presser sainte Colette de prier pour lui. Elle l'avait fait et lui dit de retourner maintenant avec joie chez lui parce que sa femme avait heureusement enfanté et qu'elle était délivrée de tout danger. Il crut à cette parole et trouva en effet sa femme et un nouvel enfant pleins de vie et de santé. L'un et l'autre, la mère et l'enfant, vécurent encore long-temps.

Un an après, comme Jean Courault visitait la vénérable abbesse, elle lui demanda le nombre de ses enfants et lui .témoigna le désir de les voir tous. Le père les fit venir tous excepté l'aîné qui nous raconte ces faits. Sainte Colette lui dit que ce n'étaient point là tous ses enfants. Il fut bien obligé d'avouer qu'il avait laissé à la maison l'aîné ; qu'en cette qualité il le réservait pour son bâton de vieillesse. L'abbéexigea qu'il fût amené, et Jean Courault l'envoya chercher. Cette famille nombreuse et bénie de Dieu étant en présence de la servante de Dieu, elle dit au père quil devait consacrer prémices à Dieu. Celui-ci, touché de la grâce protesta, que non-seulement l'aîné mais tous

Bel autres enfants étaient à sa disposition pou*

en l'aire ee qu'elle voudrait. Alors, pénétrée de l'esprit prophétique, elle indiqua à chacun sa vocation : l'aîné Philippe, devait être religieux du monastère de Saint-Etienne de Dijon ; le second, nommé Pierre, religieux de Cluny ; une ira, religieuse Clarisse eolettine. Et il en fut ainsi.

Sainte Colette n'avait point voulu alors s'expliquer sur le dernier né. On le lui présenta quelques années plus tard. Il était plein de santé et donnait de belles espérances. Cependant l'ab- <e ne le regarda qu'avec tristesse. Peu après cette visite, l'enfant tombe malade et se trouve réduit à toute extrémité. On réclame les prières de sainte Colette ; elle encourag-e par des penparents chrétiens, mais elle ne paraît pas disposée à demander la santé de l'enfant, qui meurt promptement. À Jean Courault et à son épouse qui viennent épancher leur douleur dans le sein de Colette et lui demander des consolations, elle apprend que si cet enfant avait vécu il devait se perdre ; qu'elle a demandé ellemême sa mort comme une g'ràce de miséricorde. En cet enfant s'accomplissait à la lettre cette parole du Sag'e : « Il a été enlevé afin que la malice ne pervertît pas son intelligence. » Que le souvenir de ceci console des douleurs bien amères et soit comme un baume adoucissant sur des plaies souvent inguérissables.

Toutes ces faveurs enflammaient la reconnais-

sance de cet excellent bourgeois de Poligny. Il se dévouait de plus en plus à Fabbesse et à son œuvre et lui rendait tous les services possibles. C'était un échange continuel de bons services temporels et de faveurs surnaturelles. Il eut le bonheur de conduire souvent sainte Colette dans ses voyages pour la visite de ses couvents et ainsi d'être témoin de ses ravissements et des effets merveilleux de la grâce en elle. Il l'entendit un jour s'écrier en sortant d'une extase : « 0 Jean, que c'est une belle chose d'aimer Dieu et de le servir, » et ce mot et l'accent avec lequel il était dit, renfermaient un tel feu qu'il embrasa l'âme du fervent chrétien.

Philippe Courault, l'aîné de cette famille bénie, confirme ces faits de son témoignage. Selon la prophétie de sainte Colette, il devint chanoine régulier de Saint-Etienne de Dijon , où il fut eonduit par le P. Jean Foucault, devenu l'ami et le coopérateur de la réformatrice. Son mérite le fit nommer abbé de Saint-Pierre de Gand. Il Se démit pour travailler plus facilement à sa Sanctification dans la retraite. C'est alors qu'il fit une déposition importante sur la vie de sainte Golette. Il ne fut pas destitué de l'affectueuse sollicitude de la sainte abbesse. Elle le faisait visiter par les religieux et l'avertit plus d'une fois de choses qu'il ne croyait connues que de Dieu seul. Il éprouva encore autrement l'efficacité de sa protection. Appelé à Paris par son abbé, au moment où la guerre civile, multipliant

le brigandage, ne laissait aucune route sûre, il demanda à la sainte abbesse une lettre de recommandation. Dans ce voyage, comme il l'avait craint, il tomba entre les mains des voleurs ; il montra cette lettre qui impressionna tellement le chef de la bande que, loin de le dépouiller, il lui donna une escorte et un sauf-conduit. Le nom de sainte Colette était devenu célèbre et puissant au ciel et sur la terre.

Tant de faveurs accordées à une seule famille donnent une idée de toutes celles dont la sainte abbesse était l'instrument pour la bonne ville de Poligny. Elle répandait surtout autour d'elle des grâces de conversion. Ses exemples exerçaient nécessairement une action profonde sur les âmes, ils ranimaient les courages et faisaient rougir la lâcheté et le vice. Ce n'était pas assez pour la réformatrice de cette influence que son humilité lui cachait, elle était trop pénétrée de l'esprit de Dieu, de la véritable charité pour ne pas déployer toute son énergie dans la conquête des âmes et leur retour à Dieu et à la vertu. Nul ne communiquait avec elle sans emporter une parole qui, comme un trait aigu, s'enfonçaif de plus en plus dans son cœur et le ramenait au devoir méconnu. « Comme nous lisons de Notre- « Seigneur Jésus-Christ, dit très bien Pierre de « Vaux, que par sa douceur et humilité, il étoit « privé et familier aux pauvres et souvent les « aidoit et confortoit ; pareillement nonobstant « qu'elle haïst les péchés et qu'elle eust grande

« déplaisance des offenses commises contre Dieu, « néantmoins oncques n'eut horreur ni abonii- « nation des personnes pécheurs, de quelque état « qu'ils fussent, de religion ou autre, et récitait « piteusement comment notre benoît Sauveur « était descendu des cieux pour les pécheurs, et « que telle était-elle ; et qu'elle se tenait de leur « partie et souvent les consolait et confortait « moult charitablement et humblement, et pour « cette cause moult de pauvres pécheurs venaient « par devers elle, et lui manifestaient et descou- « vraient leurs grands et énormes péchés qu'ils « n'avaient oncques osé dire de bouche à prêtre, « et très humblement les écoutait et recevait, et « si bénignement les admonestait et exhortait « qu'elle les faisait venir à la connaissance de « Dieu et de l'offense perpétrée contre lui, et ne « cessait de travailler jusqu'à ce que les pauvres « âmes étaient hors des loyens de l'ennemi d'en- « fer et mises sous la main de Dieu. » Elle avait pour atteindre ce but de nombreuses et merveilleuses industries. Un chevalier de Poligny, par une exception assez rare dans ces siècles, vivait depuis trente ans dans le péché sans se confesser. Sainte Colette , l'ayant appris , multiplie pour ce pécheur ses prières et ses mortifications. Il résistait à ses exhortations et aux grâces qu'elle lui obtenait. Enfin Dieu lui révèle la connaissance des iniquités de cet endurci. Alors elle l'appelle en même temps que son propre confesseur le R. P. Henri. En présence du cou-

pable , elle s'accuse comme si elles étaient aues, de toutes les iniquités du chevalier et en demande la pénitence qu'elle commence à accomplir. Le pécheur ne résiste pas plus longtemps, il se confesse lui-même au P. Henri et change de conduite.

On le voit, tous les rangs de la société participaient aux bénédictions que sainte Colette apportait avec elle. Le rebut de la société, les repris de justice eux-mêmes sentirent le bienfait de sa présence. Il y avait une prison auprès du couvent de Poligny. Elle était fréquentée par des démons qui prenaient plaisir à tourmenter par leurs cris les victimes de la justice humaine. Quand la cloche des Colettines se fît entendre, ils disparurent et les prisonniers goûtèrent avec autant de bonheur que d'étonnement un repos qu'ils ne connaissaient plus. Les nuits suivantes il en fut encore de même. Ils s'informèrent quelle

Lt cette petite cloche si puissante, dont le son leur procurait le repos et ils bénirent le Seigneur et ses angéliques épouses (1). Des mondains .souriront à ce récit. Les ingrats ! ils ne savent pas et ils ne veulent pas apprendre par les monuments de l'histoire, de combien de maux les délivrent les prières, les bénédictions de l'Eglise, le signe de la croix érigé partout. C'est ainsi qu'a été restreint et presque détruit l'empire du démon. Ce prince du monde était bien plus puissant autrefois et il intervenait plus fréquemment, (i) P. de Vaux, 213 ; S. Perr.

Page 1