‹ Saint Colette, sa vie, ses œuvres, son culte son influenceChapitre 88 sur 136 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Visite au monastère de Besançon et retour à Poligny .

Cependant, au milieu de ces graves préoccupations, de ces grandes pensées, Colette ne perdait pas de vue ses chères filles de Besançon. Instruites par des communications fréquentes de tout ce qui se faisait dans le monastère, elle le dirigeait de loin d'une main s Cire dans les voies de la perfection. Les moyens humains lui eussent manqué , qu'elle n'en eût pas moins connu exactement et l'esprit général de la communauté et les dispositions particulières de chacune des sœurs. Des faits nombreux et les témoignages les plus graves attestent, en effet, que Dieu révélait continuellement à la réforma

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trice ce qui se passait dans ses maisons, ce que faisaient les religieuses et les religieux de sa réforme, de sorte qu'absents ou présents, ils redoutaient partout ses regards comme ceux de Dieu même.

Guidée par ces lumières surnaturelles, sainte Colette crut utile de consoler par sa présence la communauté de Besançon, et de ranimer l'ardeur de ses filles par ses exhortations. Elle s'y rendit avec la jeune sœur Perrine.

Pendant qu'elle y séjournait, un riche bourgeois de cette ville nommé Hennequin, commerçant actif et intelligent, cédant enfin aux sollicitations de sa fille, la lui présenta pour la consacrer à Dieu. La jeune novice fut admise aussitôt ; elle était heureuse dans l'austérité, l'humilité et le calme du cloître, mais le foyer domestique paraissait bien triste à son père. L'ennui devint si profond qu'il inspira à Hennequin le regret de l'acte généreux quil avait accompli. Cédant à ses sentiments, il vint réclamer sa fille Etiennette , tel était son nom . La vénérable abbesse, après les plus sages observations, lui rend cette tendre brebis, désolée de quitter le bercail où elle goûtait des joies si pures. Mais en cédant à un pouvoir humain, elles en appellent l'une et l'autre à une autorité plus haute et plus, sage; elles prient, et la prière de Colette est toute puissante.

Hennequin veut combattre, détruire la vocation de sa fille par les dissipations du monde,

les agréments de la vie des champs, et surtout par l'éloignement du monastère des Clarisses. Il l'emmène chez un de ses amis, à la campagne. Il n'était pas encore à mi-chemin, lorsque le cheval qui emportait la jeune religieuse, s'abat une première, une deuxième, une troisième fois, et enfin il ne peut plus avancer. Il était comme paralysé. Insensible jusque-là, Hennequin sent le doigt de Dieu ; il revient sur ses pas, et son cheval marche librement. Déplus en plus éclairé par cette guérison subite, repentant de sa lutte contre la volonté divine, il va demander grâce et prie qu'on accueille sa fille. Ce qui lui fut facilement accordé. Désormais,tout en continuant son négoce , il pratiqua plus fidèlement les devoirs de la religion .

Docile aux exhortations de la sainte abbesse sur la sanctification des dimanches et des fêtes, il observa avec une fermeté invincible les régies de la piété chrétienne. Sa fidélité fut bientôt récompensée. Alors, pour pouvoir se défendre contre les voleurs de grand chemin, les voyageurs, les marchands se réunissaient en troupes nombreuses et bien armées. Or, un jour que ses compagnons ne voulaient point suspendre leur marche le dimanche, il aima mieux s'exposer à de plus grands périls en voyageant avec trois ou quatre chrétiens fidèles comme lui, que d'imiter le plus grand nombre dans leur violation du repos dominical. La providence de Dieu se manifesta d'une manière évidente. Les premiers

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furent dépouillés par les voleurs ; mais Hennequin et ses imitateurs, attendus le lendemain par les mêmes brigands, furent sauvés par une intervention divine. Les malfaiteurs ne purent faire avancer leurs chevaux et virent avec une rage impuissante, une proie assurée leur échapper (1). Hennequin profita de plus en plus et des leçons de sainte Colette et des faveurs du Ciel. La vie chrétienne se développa en lui et communiqua à ceux qui l'approchaient la lumière et la ferveur.

Un jeune homme des environs de Strasbourg", Lucas de Nalusses, s'était attaché au service du duc de Bourgogne. Il était chargé du soin des équipages. Une habileté singulière pour confectionner les harnais de prix, des housses brodées, les selles élégantes pour les dames de la cour, lui avait fait un nom et une fortune. Apre au gain, il violait souvent le repos du dimanche. Ses rapports avec Hennequin lui firent ouvrir les }reux et reconnaître la gravité de sa faute. Par les conseils et l'entremise de son ami, il'eut le bonjieur d'entendre la servante de Dieu, qui l'affermit dans ses bons sentiments. Ce fut désormais un autre homme. Il voulait dès lors quitter le monde et entrer dans l'ordre de Saint- François, mais des obstacles inconnus l'arrêtèrent pendant sept ans, comme sainte Colette le lui avait prédit . Il demanda du moins, et obtint la faveur d'être admis dans le tiers-ordre

Sceur Perdue, 60 i.

dont il l'ut un des membres les plus fervents. Pendant que la réformatrice était à Besançon une religieuse de Poligny tomba malade et mourut après quelques jours de souffrances. Sainte Colette fut avertie surnaturellement de ce trépas. Probablement que, comme les autres religieuses qui mouraient, l'infortunée se profita à sa mère aussitôt après son dernier soupir. A la vue de cette âme dans un état affreux, sainte Colette éprouve une immense douleur. Sa fille, qui lui apparaît, porte en elle la laideur et tous les caractères horribles de la damnation. Elle n'a pas été sincère dans ses confessions. Le cœur maternel le plus tendre ne pourrait comprendre la douleur poignante de la réformatrice. C'est dans ces circonstances que ces âmes célesploient toute l'énergie de leur amour et toute la force de leur tendresse. Sa fille perdue pour l'éternité et Dieu privé des louanges de cette âme ! Cette tendre mère, abîmée dans sa douleur, crie aussitôt miséricorde vers le Seigneur, et confiante dans la bonté divine, par un exprès, elle envoie à Poligny défendre de procéder à l'inhumation avant son arrivée. Elle part elle-même aussi promptement que possible. Mais elle n'arriva que le soir du quatrième jour après la mort de la religieuse. Tout était déjà préparé pour les obsèques et le cadiv exposé dans la chapelle ; il était trop tard pour

i e cette cérémonie funèbre ce jour-là . 1 ordres envoyés par l'abbesse, les merveilles

déjà opérées par elle,, ce long" délai mis à l'inhumation, avaient excité vivement la curiosité et inspiré l'espoir de quelque grand événement. Aussi, dès le matin du jour suivant, une foule compacte remplissait la chapelle et tous ses abords. Après avoir fait dans sa cellule des oraisons aussi ferventes que longues pour faire violence au ciel et briser les droits de l'enfer, Colette paraît au chœur en présence de ce cadavre, portant sans doute dans ses traits contractés, quelque trace de l'anxiété et des douleurs des derniers moments. Elle se prosterne et prie encore. Enfin elle est debout et au nom de Notre-Scigneur Jésus-Christ elle commande à la défunte de se lever. Celle-ci, au milieu de la stupeur générale, obéit, va s'agenouiller devant l'autel et prie à son tour pendant quelque temps ; avec quelle ferveur ! qui pourrait l'exprimer ? Le confesseur averti était prêt. Elle va le trouver* fait sa confession générale. Quelle confession ! quelle sincérité ! Pendant ce temps d'admiration, une terreur divine, une vénération profonde, remplissaient, agitaient les cœurs des spectateurs. Cependant la confession est finie. La pénitente va accomplir une légère satisfaction qui sera complétée par les prières et les macérations de sa mère sprituelle.Elle se tourne vers les assistants toujours plus atterrés. Elle leur dit quelle ne doit son salut qu'aux prières de la sainte abbesse. Elle était emportée en enfer par les démons, lorsqu'elle fut protégée et

défendue par un ange envoyé par la Mère de Dieu et conduite par lui à la vénérable abbosse pour réclamer son secours. Ca sont les prières et les mérites de la servante de Dieu qui lui ont obtenu une grâce si extraordinaire. Oh ! qu'il est horrible de mourir en péché mortel et de se Aoir auprès des abîmes éternels entre les mains des démons, cruels et moqueurs! Cela dit, elle regagna sa bière pour s'y endormir cette fois d'un sommeil paisible et éternel. On accomplit ensuite les cérémonies de l'église et on déposa la dépouille mortelle de cette religieuse dans la terre sainte à côté de ses compagnes. Ce fait paraîtra bien extraordinaire, presque inadmissible à plus d'un lecteur . Cependant une résurrection momentanée n'est pas plus incroyable qu'une résurrection persévérant pendant plusieurs années, et sainte Colette en a opéré plusieurs, soit en faveur des enfants, soit en faveur des personnes âgées. D'ailleurs, soit pour une résurrection, soit pour une guérison miraculeuse , il faut faire intervenir la puissance divine, et entre ses deux faits il n*y a point de différence substantielle . L'un n'est pas plus croyable que l'autre, parce que l'un n'est pas plus difficile que l'autre à la toute puissance. Elle dit et tout est fait.

Cet événement, quoique passé sous silence par sœur Perrine et par P. de Vaux, est cependant appuyé sur des monuments biens certains. Ils ne l'ont point rapporté avec les autres résur-

rections, sans doute parce que cette religieuse de Poligny n'a recouvré un instant la vie, que pour la perdre aussitôt après irrévocablement. Mais, un tableau conservé longtemps à Poligny représentait les circonstances de cette scène ■émouvante. En 1636, il périt dans un incendie ; on dressa immédiatement un procès-verbal, dans lequel fut relaté tout ce qui était représenté dans ce tableau. D'ailleurs le P. Sylvère, qui raconte aussi ce fait, avait vu lui-même le tableau à Poligny, comme il le dit dans ses dépositions pour le procès de la canonisation. Enfin, l'abbé de Saint-Laurent, assure que le R. P. Henri de la Balme avait écrit de cet événement un récit qui était conservé au monastère de Besançon.

Parmi les Pères de la réforme, se distinguait dès lors le P. François Claret auquel sainte Colette confia souvent des aifaires importantes, et enfin la direction de sa conscience conjointement avec le P. Pierre de Vaux . Vers cette époque , il fut envoyé à Lons-le-Saulnier . Le couvent de cette ville n'embrassa la réforme que longtemps après la mort de sainte Colette contrairement à l'assertion du P. Sellier (1). Le P. Claret ne pouvait s'y trouver qu'en mission temporaire, peut-être pour prêcher. Quoi qu'il en soit, il y tomba malade et fut bientôt réduit à l'extrémité. Enfin, on le crut mort, et lui-même attesta toujours depuis la réalité de sa mort. On

(1) Wading.

ne comprend pas comment en présence de ces témoignages, le P. Sellier élève des doutes sur la réalité du trépas. Il était donc mort, mais Colette, avertie, était en prières. L'àme du défunt est menée devant le tribunal de Dieu, présentée à la glorieuse vierge Marie, aux apôtres, aux martyrs, aux confesseurs, aux vierges, et tous unanimement demandent qu'elle soit rendue à sœur Colette. En effet, l'âme fut réunie au corps et bientôt après le R. P. Claret fut complètement guéri. Il vivait encore lorsque ce récit fut écrit par Pierre de Vaux .

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