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CHAPITRE XXVII

Consolations. — Prérogatives accordées à sainte Colette.

Quelque forte et généreuse que soit une âme, elle ne pourrait supporter continuellement douleurs, combats, injures, mauvais traitements, si elle ne trouvait quelque part des eaux vivo.; pour la rafraîchir, la fortifier et la consoler. L'homme a soif de bonheur et dans son avidité il se détermine difficilement à attendre après cette vie pour étancher sa soif. Dieu ne lui impose pas ce tourment. Il lui donne dès maintenant des arrhes de la félicité qu'il lui réserve. Aussi, de la bouche des saints les plus mortifiés, les plus éprouvés, s'échappent plutôt des paroles d'ivresse, des chants de joie, des explosions de bonheur que des paroles de plainte, des cris de souffrance. Même au milieu de leurs combats, de leurs douleurs volontaires ou imposées, ils laissent entrevoir dans leur cœur un bonheur profond. C'est cette mystérieuse alliance de la douleur et de la joie, des privations temporelles et de la jouissance, du crucifiement et de la jubilation, que le monde ne veut pas comprendre et qui lui inspire un si gTand effroi pour la vertu et un éloigmement funeste pour

les doctrines de l'Évangile. Notre chère Sainte fut plus sage. Après avoir joyeusement surmonté les répugnances, les résistance de la nature, pour entrer dans la voie du Calvaire, elle y trouva des consolations indicibles et des sources de joie d'une profondeur inépuisable . Nous l'avons entendue s'écrier, en sortant d'un ravissement en présence de Jean Courault : « Oh ! « Jean, qu'il est bon, qu'il est beau d'aimer « Dieu et de le servir ! » Elle laissait voir alors le fond de son âme. Ce sentiment lui était habituel. Au milieu de ses labeurs, de ses^souffrances et de ses expiations, Dieu versait dans son Sœur des flots de délices et de joie surnaturelle. La première source de ces consolations était la sainte Eucharistie. Sainte Colette ne pouvait entrevoir le tabernacle où résidait son Sauveur sans être comme hors d'elle-même d'amour et de bonheur. Aussi, dans son profond respect pour la présence de l'Homme-Dieu, elle se préparait à l'assistance quotidienne au saint sacrifice de la messe par la confession de ses fautes, et abandonnant ensuite son âme à tous les sentiments de la foi et de la piété, elle s'humiliait, s'anéantissait, gémissait même et pleurait de joie de voir son Dieu: Ses paroles les plus ordinaires étaient celles-ci : « Mon Dieu, mon « Roi et mon Juge, qui ètes-vous et qui suis-je? » élévation, elle se prosternait le front dans la poussière et les ardeurs de son âme éclataient intes et en soupirs enflammés. Des larmes

abondantes coulaient de ses yeux et hum criaient le sol. Ceux qui l'ont vue dans ces manifestations de ses ardeurs séraphiques, ont toujours pensé que Notre-Seigneur se manifestait à elle pendant le saint sacrifice, d'une manière particulière, tantôt dans un état glorieux, tantôt avec les marques douloureuses de assion.

Dans ce moment, elle avait révélation de l'état de l'âme du célébrant. Elle se servait de cette connaissance pour aider le prêtre à réformer ce qui en lui pouvait déplaire à Notre- Seigneur Jésus-Christ. Elle accomplissait cet acte de charité avec une telle discrétion que le prêtre lui-même ne découvrait pas où elle avait puisé la connaissance de son état, et le secret strictement gardé ne compromettait nullement la réputation du coupable.

Les communications de la séraphique vierge avec le divin Captif de nos autels étaient si intimes qu'elle sentait sa présence même cachée et son absence. Ainsi, un jour, le célébrant trompé ayant mis de l'eau dans le calice au lieu de vin, elle ne se prosterna point à l'élévation du calice et ne fit point entendre ces aspirations embrasées avec lesquelles elle saluait l'arrivée de son Bien-Aimé.

Quand elle communiait, les mouvements de son âme, les manifestations de ses ardeurs séraphiques redoublaient. Or, ses communions étaient fréquentes. Ses biographes remarquent

.^ SAiiVJLfi COLE'ixii.

comme une chose extraordinaire qu'elle cornmu nia une année entière tous les jours et quelquefois pendant trente ou cinquante jours consécutifs. Preuve évidente qu'on n'était pas alors si prodigue de la communion quotidienne que quelques confesseurs de nos jours. A l'approche de la communion, ses sentiments d'humilité, d'adoration, de désirs, étaient si vifs qu'elle ne pouvait les contenir dans son cœur. Ils éclataient en soupirs, en sang-lots, en expressions toutes brûlantes. Des flots de larmes coulaient de ses yeux et trempaient tous . ses vêtements. Aussitôt après la réception du Pain céleste, elle tombait en extase pendant douze, dix ou au moins six heures. Elle se reposait alors, comme le disciple bien- aimé, sur le cœur du divin Maître ; elle s'y abreuvait, s'y désaltérait, réparait ses forces affaiblies par tant de combats et de souffrances et s'y fortifiait pour de nouvelles luttes et de nouveaux sacrifices. Quand elle revenait à elle-même, elle était tout embrasée et comme transfigurée. Son visag-e même brillait d'une beauté céleste et ses paroles étaient des traits de feu.

Un attrait presque irrésistible entraînait la noble épouse du Christ vers son Epoux caché dans l'Eucharistie. Dieu dont les délices sont d'être avec les enfants des hommes, n'éprouvait pas un moindre désir de reposer sur le cœur de sa bien-aimée. Un jour, le Père qui célébrait la messe en la présence de sainte Colette n'ayant

pas compris sou intention de communier, ne consacra pas d'hostie pour elle. Cependant, à la fin de la messe, à sa grande surprise, il entend éclater tous les sentiments que Colette n'éprouvait qu'au moment de la communion, et après la messe, il la trouve dans l'extase qui suivait ordinairement la réception des saints mystè- ]■ ■-. Lorsqu'elle eut recouvré ses sens, il lui commanda de lui expliquer ce qui lui était arrivé, et elle fut obligée d'avouer qu'oubliée par les hommes, elle avait reçu le même honneur que les apôtres. Elle avait été communiée de la main même de Notre-Seigneur Jésus- Christ.

Parce qu'il lui était habituellement impossible de contenir ses sentiments pendant l'adorable sacrifice, elle entendait ordinairement la messe et communiait en particulier, tout au plus avec une ou deux religieuses plus familières. On sollicitait le bonheur de voir et d'entendre l'expression des sentiments qui débordaient de son cœur, faveur difficile à obtenir. Ceux à qui elle était refusée se cachaient quelquefois auprès de sou oratoire ; elle le savait et en était troublée dans ses communications avec Dieu, Elle s'en plaignait péniblement. En public, dans ses voyages, Dieu lui donnait la grâce de dominer ses émotions et de les renfermer davantage dans son cœur. Mais elle souffrait alors de la violence qu'elle était obligée de se faire.

Sa rigide pauvreté et sa charité inépuisable

furent récompensées par les libéralités nombreuses d'une providence toute pleine de tendresse paternelle. Comme nous l'avons dit, de l'or pour achever ses fondations, des aliments dans une détresse extrême, des vivres multipliés miraculeusement dans un temps de disette, attestèrent la sollicitude du Seigneur pour l'amante passionnée de la pauvreté et pour ses filles. Un lionneurplus grand, une confirmation plus solennelle de ses enseignements la con solèrent et l'affermirent dans ses convictions et ses sentiments. Elle exhortait un jour ses religieuses à la pratique de la pauvreté évangélique, à l'imitation des aj qui abandon-

nèrent tout pour se confier entièrement à la bonté paternelle de Dieu. Une ardeur divins enflammait sa parole et elle goûtait dans ces enseignements et ces exhortations un bonheur profond. Tout à coup apparaissent autour d'elle ces apôtres dont elle exaltait les vertus et louait les exemples. Le vénérable collège apostolique venait, par sa présence, donner sa sanction aux enseignements sublimes de la réformatrice et la reconnaître comme véritable héritière et itaire de l'esprit évangélique. Entourée de ces douze témoins et fortifiée par ces cautions vénérables, elle continua son discours plus d'ardeur. Quand il fut fini, les apôtres s'élevèrent dans les airs emmenant avec eux la véridique interprète de leurs enseignements et l'imitatrice fidèle de leurs exemples. Elle les

suivit si haut que les sœurs la perdirent de vue commeles apôtres et elle ne revint qu'après avoir entrevu la magnifique récompense que Dieu réserve aux pauvres volontaires.

La virginité de l'humble Colette fut aussi récompensée par des faveurs nombreuses. Son amour pour cette angélique vertu l'éloignait de toute jouissance dangereuse, mais il lui procucurait des joies aussi profondes que pures. Sa délicate pureté a réagi, ce semble, d'une manière particulière sur son chaste corps et l'a préservé de toute corruption. Malgré les nombreuses et violentes souffrances qu'elle endurait, comme nous l'avons dit ailleurs, elle n'éprouva jamais certains effets désagréables produits ordinairement par les maladies naturelles. On ne ressentit jamais auprès d'elle aucune mauvaise odeur ; au contraire, toujours du lieu où elle habitait, s'échappait une senteur délici un air embaumé qui fortifiait ceux qui les respiraient, et même les guérissait.

Une de ses religieuses était atteinte d'une infirmité aussi répugnante que douloureuse ; elle était enflée des pieds à la tête et exhalait une odeur fétide. La tête était dans un tel état que les yeux restaient nécessairement fermés. Les médecins crurent que c'était la lèpre. Avertie de ce triste état, la sainte abbesse s'empressa de visiter fréquemment la pauvre affligée qui ne pouvait la voir mais qui sentait sa présence, car dès que sa sainte mère entrait, au lieu de cette

puanteur qu Remplissait l'infirmerie, la malade savourait des arômes délicieux, des parfums qui la soulageaient, la ranimaient et enfin la guérirent en peu de temps. Exempte de toutes les infirmités communes, sainte Colette était, dans ses douleurs, un holocauste qui se consumait comme un parfum odoriférant sur l'autel du Seigneur.

L'eau même dans laquelle elle se lavait, au lieu d'être souillée, acquérait des qualités merveilleuses. Sœur Marguerite de Balhoue eut l'idée de réserver celle qu'elle lui avait versée sur les mains. Elle la conserva sept ans toujours saine et sans qu'elle se corrompît, et trouva plusieurs fois dans l'usage qu'elle en fit, le remède à ses souffrances corporelles et spirituelles. Plusieurs l'imitèrent et éprouvèrent les mêmes effets bienfaisants de cette eau sanctifiée par le contact de l'angélique vierge.

L'innocente Colette, comme son divin Maître, éprouvait un grand bonheur auprès des enfants, parce qu'il sont purs et simples. Elle leur prodiguait ses caresses et ses bénédictions et trouvait en eux une grande consolation. Les êtres purs la réjouissaient autant que certains autres grossiers ou cupides, lui inspiraient d'horreur. Vraie disciple de saint François d'As sise, elle semble comme lui avoir recouvré dès ce monde, avec l'innocence parfaite, une partie de la familiarité du premier homme avec les créatures et de son autorité sur elles. On lui

donna un jour une alouette, oiseau qu'elle aimait parce qu'il s'élève au ciel en chantant les louange de son Créateur. Auprès de la servante de Dieu l'alouette perdil toute crainte et demeura librement avec elle, mangeant et buvant avec l'innocente vierge anssi volontiers qu'avec les oiseaux de son espèce. Merveille plus admirable : souvent d'antres oiseaux entouraient sa cellule, y pénétraient sans crainte, chantaient auprès d'elle les louanges du Seigneur et recevaient avec bonheur de sa main la nourriture comme le salaire de leurs chants. On lui donna aussi un agneau qui lui plut beaucoup parce qu'elle voyait en lui le symbole de la pureté et du Rédempteur du monde. L'innocent animal suivit un attrait mystérieux. Il accompagna partout sa chaste ma: Vdmis même dans

son oratoire, sans avoir été dressé, il fléchit humblement les genoux à l'élévation , plus intelligent et plus pénétré de la grandeur de

n que beaucoup d'hommes de nos jours.

. ' Sainte Colette commanda aussi avec autorité très importuns. Troublée dans ses oraisons par un insecte extraordinaire, elle lui enjoignit, au nom de la sainte obéissance et de François , de la laisser tranquille, et il obéit. Son humilité l'empêcha de faire souvent usagée de ce pouvoir.

Enfin elle eut longtemps comme familier un au inconnu, blanc comme la neige et d'une beauté ravissante. Tantôt il s'éjournait auprès

d'elle, tantôt il disparaissait. Les sœurs ravies de sa beauté eussent voulu le prendre, mais il no leur fut jamais possible de l'atteindre. Un jour la sainte abbesse, se prêtant à leurs désirs, joignit ses efforts aux leurs. Elle le poursuivit, mais et l'oiseau et la sainte disparurent ensemble aux yeux des religieuses désolées.

Une récompense plus excellente , un honneur plus grand étaient réservés à son angéliquo pureté. Elle avait envers saint Jean l'Evangéliste l'apôtre vierge, une dévotion toute particulière. Or le Seigneur voulut contracter une union plus intime avec l'humble vierge, l'élever au rang* d'épouse fidèle et lui en assurer les prérogatives pour l'éternité. Il choisit comme son ambassadeur son apôtre bien-aimé. Le messager divin se présenta devant la fiancée du Christ avec les démonstrations d'un resp profond. La séraphique vierge confuse, craignant l'illusion, refusait de croire à tant d'honneur ; mais la lumière divine qui les enveloppait l'un et l'autre et l'action de FEsprit-Saint, sur son cœur la rassurèrent et lui firent accepter dans les sentiments d'une humilité profonde et d'une charité brûlante le don de Dieu. Saint Jean lui mit au doigt l'anneau nuptial, emblème sacré de l'union mystérieuse qu'elle contractait avec le Roi des rois. Pour conserver plus respectueusement ce joyau céleste, elle voulut le faire enchâsser dans l'or ou l'argent ; mais ce ne fut pas possible. Le métal merveilleux ne put sup-

porter le contact d'une matière terrestre, ni s'allier avec elle . La prudente réformatrice donna plusieurs fois cet anneau comme saude aux frères qu'elle chargeait de quelque commission périlleuse. C'est ainsi qu'il fut | à Rome. Il préserva de tous les maux qui les menaçaient, ceux qui en étaient déposit Conservé à Gand après la mort de sainte Colette, il fut pendant la guerre des Gueux. plus de sûreté, réuni au trésor de l'abbayi Bénédictins et caché avec lui ; mais tout tomba entre les mains de ces pillards, aussi enn de la religion qu'avides de ses dépouilles (1557 . Quelques historiens ont prétendu que les épousailles avaient eu lieu à Hesdin sur la vie de sainte Colette. C'est uneerreu' Perrine assure que son oncle, mort en 1438, avait vu cet anneau.

Le Seigneur veillait avec une attention singulière sur sa fidèle servante et suppléait pour la diriger à l'incapacité des hommes. Il lin ;-

it directement ou par l'intermédiaire d anges et de ses saints. En voici un bien re quable exemple.

Le cœur virginal de sainte Colette, dans la tesse de sa pureté, éprouvait une profonde nance pour tout ce qui s'éloigme d tagede la virginité. Les usages tolérés ch Juifs par rapport au mariage, ainsi que le coudes noces chez les chrétiens lui inspiraient une sorte de répulsion à l'égard de certains par-

sonnages. Aussi avait-elle moins de dévotion envers les saints de l'ancienne alliance qu'envers ceux de la loi nouvelle. Cette antipathie s'étendait jusqu'à sainte Anne, la mère de la sainte Vierge. C'est qu'au XYe siècle une opinion assez répandue prétendait que l'épouse de Joacliim devenue veuve, s'était remariée plusieurs fois. Ludolphe le Chartreux, dans sa grande Vie de Jésus-Christ, au XV' siècle, soutient cette opinion défendue encore, en 1042. par un de confrères et son éditeur. Quoique ce sentiment soit aujourd'hui abandonné, il n'est pas condamné et s'il était fondé, il compléterait assez Lien, ce semble, le cortèg-e qui entoure le Sauveur de l'humanité déchue. En effet, le Dieu fait homme a réuni autour de sa personne sacrée personnag-es de toutes les conditions et de tous les états de vie. Au premierrang- les vierg-es, suite les veufs, les époux. Pourquoi n'auraitil pas auprès de lui, quoique au troisième ou g itrième plan, même des saints qui auraient et'' mariés plusieurs fois, puisque certaines circonstances obligent des chrétiens excellcni> ;'; de secondes noc

Quoi qu'il en soit, l'Epoux des vierg-es ne voulut pas laisser subsister dans le cœur de son épouse la froideur envers celle qu'il avait choisie pour son aïeule. Il envoya sainte Anne à sainte Colette. Elle l'instruisit de la vérité qui est encore pour nous enveloppée d'ombre, et dès ce moment Colette conçut une grande dévotion

envers sainte Anne et elle propagea son culte autant qu'elle put. Elle fit ériger une chapelle en son honneur dans l'église du couvent de Besançon. Que se passa-t-il dans cette entrevue? Quelle instruction sainte Anne donna-t-elle à formatrice ? Le P. Pierre de Vaux raconte ainsi cette vision : « Une fois comme elle (sainte Colette) était dans cc> ferventes oraisons devant Notre-Sei^ncur, la glorieuse Daine nuidame sainte Anne se apparut à elle moult glorieuse, menant avec elle toute sa noble progénie, c'est à savoir ses trois filles et leurs glorieux enfants . Desquelles la première était la très excellente et sacrée vierge Marie, reine des cieux et de la terre, dame des anges et de toute créature, tenant par la main son i hier et très glorieulx enfant le petit Jésus notre piteux Rédempteur et glorieux Sauveur ; la seconde était Marie Jacobe tenant par la main ses quatre glorieux enfants, dont le premier était saint Jacques le Mineur et nt Simon, saint Jude et Joseph le Juste ; la « tierce fille était Marie Salomé menant et te- « nant par les mains ces deux glorieux enfants avoir: saint Jacques le Majeur et saint i l'Évangéliste. En cette glorieuse appa- « rition, madame sainte Anne lui manifesta « comment que nonobstant, qu'elle avoit été « mariée par plusieurs fois, néantmoins toute « l'église militante et triomphante de sa noble « progénie estait grandement honorée et ador-

« née. De laquelle apparition la petite ancelle « de Notre-Seigneur fut en son esprit gTande- « nient consolée et conduit une singulière dé- « votion à elle, et la requist et pria très don! « ment qu'il lui plust de sa grâce être son « intercesseresse et advocate envers sa très « noble et sainte lignée. »

Pierre de Taux n'a-t-il pas écrit ce récit sous l'influence de l'opinion dominante alors ? On sait que sainte Colette communiquait très peu révélations qu'elle recevait, ce n'était que contrainte par la nécessité ou entraînée par les mouvements spontanés de son cœur à la fin de ses extases, qu'elle exprimait quelque ch des faveurs célestes. Peut-être après la vision de sainte Anne n'a-t-elle dit que ce seul mot : « Que la postérité de sainte Anne est glorieuse ! Quel respect, quelle dévotion sont dus à la vénérable mère de Marie ! Elle a daigné m'en instruire elle-même. » Après quelques paroles d'un sens large, ses actes auraient manifesté ses nouveaux sentiments envers sainte Anne. Comprenant ces paroles et ces actes dans le sens de l'opinion soutenue dans ce temps, et qu'il cro; la seule vraie, Pierre de Vaux aurait nature ment raconté la vision de la sainte abbe comme on l'a dit plus haut. C'est ainsi que n serait parvenu ce récit vrai et inexact tout à fois selon les points de vue sous lesquels on le considère. Ainsi peuvent raisonner, ce nous semble, sans amoindrir l'autorité du

alilo chroniqueur, ceux qui n'admettent

pas les mariages successifs de sainte Anne.

Cette manière d'interpréter le texte de Pierre

aux est confirmée par le récit de Sœur Pcrrine qui nous dit (C09, Boll.) qu'au retour d'une

;s extases en présence du P. Henri, Ste Colette racontait avoir vu la Bienheureuse Anne M le très chérie, recueillant tous les suf-

3 des saints en faveur de son ordre et lui révélant les demandes particulières de chacune de ses religieuses. Elle donna imm

ut la preuve de la vérité de sa vision en découvrant à chacune les demandes se. qu'elles avaient formées dans leur cœur. P tout cela elle tira la conséquence pratique quetoutes devaient honorer beaucoup la mère de la Ste Yierffe.

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