‹ Saint Colette, sa vie, ses œuvres, son culte son influenceChapitre 96 sur 136 · FONDATION DU MONASTÈRE DE VEVAY · texte numérisé non relu

FONDATION DU MONASTÈRE DE VEVAY

cette chère enfant s'était confiée, el dont on racontait de si grandes choses. Dans ces pensées il vint àVevay avec toute sa famille, ses deux filles, son fils naturel Claude d'Aix et son gendre Bernard d'Armagnac. Ce dernier était le fils du trop célèbre connétable, qui souilla sa fidélité à la France par des exactions et une cruauté trop communes alors, mais non moincondamnables, il en fut la victime et périt massacré dans une émeute à Paris. Nous verrons son fils suivre, sous l'inspiration de sainte Co lette, une voie bien différente.

Jacques de Bourbon , disposé comme nous, l'avons vu, fut porté vers Dieu par l'amour paternel. Il était si heureux de retrouver sous la bure, mais dans la joie une enfant bien-aimée. La vénérabe abbesse laissa le temps à ses sentiments de se développer. Toutes les circonstances étaient plus éloquentes que les paroles. Enfin elle tira de son cœur quelques-uns de ces mots qui, comme des flèches dirigées par un habile archer, transpercent toujours le but» et elle acheva l'œuvre si heureusement commencée. Le roi mit ordre à sa conscience dans les sentiments de la plus sincère pénitence. Dédaignant les critiques du monde, il déclara bientôt qu'il fixait sa résidence à Vcvay et renonçait au monde . Ses enfants eux-mêmes jaloux du bonheur do leur sœur, voulaient l'imiter. L'épouse de Bernard d'Armagnac regrettait d'être enchaînée par les liens du mariage ; mais

Dieu , bénissant ces aspirations vers un état plus parfait, lui réserve à son service un autre rôle qu'elle remplira bien. Après le départ de Bernard d'Armagnac et de son épouse, la troisième fille de Jacques de Bourbon fut admise dans l'ordre. Le prince son père entra dans le tiers-ordre, en attendant qu'il put accomplir un sacrifice plus complet et prendre des engagements plus sévères. Claude d'Aix lui-même imitera plus tard l'exemple de son père et deviendra Franciscain. Voilà tous les membres d'une famille royale , dont plusieurs avaient .scandalisé le monde et précipité sa course vers l'abîme, ramenés dans les voies de l'ordre et de la justice, relevant par leurs nobles exemples, plus d'âmes qu'ils n'en avaient abaissées par leurs désordres. C'est l'œuvre de sainte Colette.

Il n'est pas un personnage nommé dans cette histoire qui n'ait subi à des degrés divers cette influence salutaire. Les saints sont les vrais et les seuls civilisateurs. Mais d'où vient à la pauvre fille d'un charpentier cette puissance sur les grands de la terre, les nobles, les rois ? Il faudrait être aveugle pour ne pas voir là quelque chose de divin . L'âme dépouillée d'elle-même par l'humilité* purifiée de toutes les impuretés de la nature et des sens par une sévère mortification, s'unit à Dieu, se met en contact avec la divinité elle-même. Or, comme un métal pur en communication avec une source d'électricité ,

: -ctrise lui-même, devient lumineux et exerce

l'attraction sur tout ce qui l'approche; ainsi l'àme revêtue d'un rayon de la beauté divine, embrasée par le feu céleste, électrisée par l'amour divin, entraîne après elle et transforme tout ce qui se trouve dans sa sphère d'action. Telle était sainte Colette. A travers la pauvre bure dont elle était revêtue , dans ses traits creusés par les austérités et les souffrances, resplendissait la beauté divine de son âme. De ses yeux, de sa bouche s'échappaient des flammes ardentes qui embrasaient et fondaient les cœurs.

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