I. Nous ne pouvons guère juger des études que fît Colom
bao que d'après ses œuvres ; mais cette enquête, forcement I
incomplète, nous donne déjà une haute idée de sa science.
II connaît à fond l'Écriture, surtout les Psaumes, les livres sapientiaux et le Nouveau Testament; il cite saint Jérôme [Liber de Fîris iUustribus \ lib. in Ezechiei) ; Eusèbe [Hist. eccL)\ saint Grégoire le Grand (Pastoral et in Ezechiei) ; les lettres de Gildas; le Liber de Dogmatibus ecclesiasticis, de Gennade;*' les traités de Cassien, etc.
U a des réminiscences de Salluste, de Caton, de Sénèque; de Virgile, Horace, Ovide, Lucain, Juvénal, Perse; de Pru- |
dence (Cathtmerinon et Psjrchomackia), de Sedulius {Cartn. pasch,), de Venance Fortunat, d'Âusone, etc.
Quant au grec el surtout à l'hébreu, il ne semble les avoir connus que par quelques recueils de synonymes qui lui fournissaient les termes équivalents dans ces deux langues, pour des expressions telles que jonas ou bargoma.
(Cf. Grumlach, Notes sur les Columbani.,, epistolse, dans M. G. H., Epist.^ III, i54 et sq.)
Il aila gémir de ses inquiétudes et de ses ennuis auprès d'une pieuse et sainte recluse : « Voici quinze ans, lui répondit cette femme, que j'ai quitté la maison de mes pères pour soutenir le combat contre la tentation et le péché. Le Christ est mon chef ; jamais je n'ai tourné le regard en arrière, et, seule, la faiblesse de mon sexe m'empêcha de passer la mer et de chercher au loin un champ de bataille plus favorable encore. Et toi, enflammé des feux de l'adolescence, tu restes sur le sol natal!... Ne te souvient-il plus de Samson, de David, de Salomon... tous perdus par des séductions enchanteresses?... Jeune homme, tu veux éviter la chute ! Eh bien ! fuis ! »
Cette vigoureuse exhortation lui rendit tout d^abord moins de forces qu'elle ne lui causa d'effroi: son cœur aimant ne s'était point préparé à de tels sacrifices ! Mais l'hésitation ne fut que d'un instant. En la voix de cette femme, il entendit la voix même du Seigneur et il y répondit sur- le- . champ avec cette promptitude de résolution, cette raideur d'énergie qui, dès lors, nous révèlent quel homme il sera. Â peine a-t-il remercié la sainte conseillère» qu'il dit adi^u à ses compagnons, a ses amis et qu'il vient déclarer à sa mère que, décidé à suivre le divin Maître dans la voie de l'abnégation et du sacrifice, il se propose de la quitter et de la quitter pour toujours. A ses prières, à ses
larmes, il oppose une inflexible volonté : « N'avez- j vous point lu, répèle-t-il, cette parole du Seigneur : Celui qui aime son père et sa mère plus que moi, n'est point digne de moi. » Et, comme elle se tenait obstinée sur la porte, il la suppliait de se détourner et de le laisser partir. Mais elle, éperdue, sanglotante, se couche sur le seuil, espérant ainsi faire reculer son fils. La place était libre ; Colomban ne balance point : il passe sur le corps de sa ( mère. Peut-être, en ce moment, le mot de saint 1 Jérôme* — un saint austère et rude lui aussi — était-il présent à son esprit ; « Quand bien même, les cheveux épars et les vêtements en lambeaux, ta mère te montrerait le sein qui t'allaita ; quand même ton père se jetterait sur le sol, foule aux pieds ton père et, les yeux secs, cours à Tétendard de la Croix. La vraie piété est ici d'être cruel. » Pour ne point se croire indigne du Christ, { Colomba n fut ainsi cruel, et non point simplement | pour celle qui lui pvait donné le jour, mais surtout à pour son propre cœur ; car, en s'éloignant, il s'était . juré de ne jamais revenir en ce coin si doux de la I patrie. |
Dans l'un des épanouissements de la pittoresque vallée du Shannon, au delà des frontières du Leinster, se trouvait l'abbaye de Cluain-Inis. Senile