‹ Saint Cyprien, évêque de Carthage, 210-258Chapitre 12 sur 18 · LA CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

LA CORRESPONDANCE

Physionomie actuelle du recueil de lettres. — Comment il «'est formé. — Élément» dont il se compose. — Lettres de contemporains. — Les correspondants de Cyprien. —Lettres sj'nodales, — correspondance personnelle de Cyprien. — Lettres relatives aux persécutions. — Lettres relatives aux polémiques. — Lettres diverses. — Caractère de cette correspondance.

Précisément parce que Cyprien est avant tout un homme d'action, la partie la plus vivante de son œuvre est sa correspondance. Ses traités, même les plus intéressants, laissent cette impression singulière, que l'homme était supérieur à ses livres. Les lettres nous le révèlent tout entier, au moins dans son rôle d'évêque.

Le recueil, dans les meilleures éditions modernes, comprend 8i lettres, de dimensions et de provenance assez diverses. Elles sont rangées aujourd'hui, à peu de chose près, dans Tordre chronologique. Mais il s'en faut que la correspondance se présente ainsi dans les manuscrits. D'abord, aucun d'eux ne la contient tout entière ; puis, ils difïerent prescpie

tous les uns des autres par le nombre et Tordre des pièces reproduites. En réalité, cette correspondance se compose d'une série de groupes indépendants, où les lettres se sont juxtaposées de bonne heure, parfois suivant la fantaisie ou le dessein particulier d'un copiste, le plus souvent d'après l'affinité des sujets, et même d'après certaines indications fournies par l'auteur. Pour comprendre comment s'est constitué, sinon le recueil actuel, considéré dans son ensemble, du moins chacun des groupes rationnels dont il est formé, on doit commencer par interroger Cyprien lui-même.

L'évêque de Carthage, on n'en saurait douter, conservait avec soin une copie de chacune de ses lettres; car toutes étaient des actes d'un icaractère plus ou moins officiel, et, par là même, elles devenaient aussitôt des pièces d'archives. Très souvent, il renvoie ses correspondants à des lettres antérieures, même quand elles avaient été adressées à d'autres personnes. Il transcrit volontiers des passages de lettres écrites ou reçues par lui. Ou bien, il en expédie une copie. Par exemple, il communique à ses collègues africains les instructions qu'il avait transmises au clergé de Carthage; vers le même temps, il communique aux clercs de Carthage sa correspondance avec l'évêque Caldonius et avec l'Eglise de Rome. De même, il envoie au clergé romain sa réponse a un groupe de lapsi, et d'autres documents ; plus tard, il adresse au pape Cornélius une copie de sa lettre aux confesseurs du parti de Novatianus. Dans l'aff'aire du baptême des hérétiques, il transmet à divers évêquesles pièces antérieures relatives à ce débat.

Tous ces faits montrent quelle importance Cyprien attachait à ses lettres, et avec quel soin il les conser-

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vail. Quelquefois, il invitait ses correspondants à en multiplier les copies, à les faire lire ou transcrire autour d'eux, à les répandre par tous les moyens. Vers la fin de 25o, il écrit au clergé de Carlhage, en lui envoyant sa correspondance avec l'Eglise de Rome: « Je vous ai transmis des copies de ces lettres pour vous les faire lire. Quant à vous, veillez, aussi activement que vous le pourrez, à ce que ces lettres écrites par moi et les réponses soient portées à la connaissance de nos frères. De plus, tous les étrangers, les évèques mes collègues, ou les prêtres, ou les diacres, qui seront présents à Carthage ou qui y viendront, devront être mis par vous au courant de tout cela. Et s'ils veulent prendre des copies de ces pièces pour les emporter dans leur pays, donnez-leur l'autorisation de le faire. D'ailleurs, j'ai déjà mandé au lecteur Satyrus, notre frère, de faciliter cette transcription à tous ceux qui le désireraient. Il importe, en effet, pour rétablir même provisoirement la paix dans les Eglises, que toutes se mettent entièrement d'accord ». Peu de temps après, à propos d'instructions complémentaires, il écrit encore à ses clercs : « Lisez cette même lettre aussi à mes collègues, à tous ceux qui seront présents ou qui viendront à Carthage ; car il faut que nous soyons unanimes et pleinement d'accord dans la conduite à suivre pour le traitement et la guérison des lapsi)). On voit, par ces exemples, queCyprien s'efforçait d'assurer à ses lettres la plus grande publicité, et d'en répandre des copies en tout sens. Le fait est important à noter pour l'histoire critique de sa correspondance.

Ce n'étaient pas seulement des pièces isolées, c'était souvent un groupe de pièces relatives à une même question, que l'évêque de Carthage communi-

quait à ses correspondants, pour les tenir au courant de la situation. Il forma lui-même ainsi, avec des lettres écrites ou reçues par lui, une série de petits dossiers, dont chacun résumait ses opinions ou ses instructions sur un point donné, et qu'il transmettait volontiers aux intéressés pour éviter de trop longues explications ou des redites. D'après les indications qu'il nous fournit d'une façon plus ou moins directe, nous pouvons encore aujourd'hui déterminer assez exactement la composition de plusieurs de ces dossiers.

Vers le milieu de l'année 230, Cyprien adressait au clergé romain un recueil de treize lettres, recueil destiné à prouverque, pendant la persécution, il n'avait négligé aucun de ses devoirs d'évêque. Un peu plus tard, et toujours pour l'édification de l'Eglise de Rome, il complétait ce dossier par l'envoi d'un nouveau groupe de six lettres. Vers le même temps, il transmettait à son collègue Caldonius, et h de nombreux évêques africains, une collection de cinq pièces sur la façon de traiter les lapsi; c'était comme un extrait du dossier précédent, extrait qui résumait sa politique et ses conclusions sur un point particulier. — En 256, nous le voyons former un autre dossier, qui comprenait les pièces relatives au baptême des hérétiques. Il renvoyait volontiers à ce recueil, et ne négligeait aucune occasion de le faire circuler dans l'intérieur des provinces africaines. Ce dernier dossier est d'autant plus intéressant pour nous, que dans la correspondance on le voit grossir peu à peu. Dans les allusions successives qu'y fait l'auteur, il s'enrichit régulièrement de pièces nouvelles, ajoutées une à une, à mesure que s'étend la propagande. Cet exemple suffit à montrer comment se sont for-

LA CORRESPONDAiNtL. il»

mes tout nalurellement, par les nécessités de la polémique, les premiers groupes de lettres.

Ces dossiers, ainsi constituésparCyprien lui-même, pour des raisons d'ordre pratique et sans aucune arrière-pensée de gloire littéraire, ont été le point de départ des groupements plus complexes qui se sont dessinés plus tard. En vertu des lois de l'affinité, les lettres qui se rapportaient aux mêmes sujets ou aux mêmes personnes ontgrossi les recueils déjà formés. Il > aeu, semble-t-il, deux systèmes principaux dégroupement. Le premier avait pour base l'analogie des sujets : d'où les collections de pièces sur la persécution de Dèce, sur les schismes, sur le baptême des hérétiques, sur la persécution de Valérien. L'autre système tendait à réunir les lettres adressées aux mêmes correspondants : aux papes, aux clercs et confesseurs romains, au clergé de Carthage, aux évêques africains. Quelques copistes paraissent s'être efforcés de combiner les deux méthodes précédentes ; dans la série des pièces d'une même période et relatives à une même afiPaire, ils introduisaient la classification par personnes. Ce système mixte a fini par prévaloir; et c'est, à peu près, celui de nos éditions modernes.

Pendant tout le Moyen Age, à en juger par le contenu des manuscrits, la plupart de ces groupes ont du circuler isolément. Souvent, plusieurs d'entre eux étaient réunis, ou plutôt juxtaposés comme au hasard, à la suite des traités de Cyprien. Mais on peut douter qu'il ait existé, avant les temps modernes, une collection complète de toutes les pièces de la correspondance. Rufin dit, il est vrai, que « tout le corps des lettres de saint Cyprien martyr est ordinairement rassemblé dans un seul manuscrit ». Si formel que paraisse ce témoignage, il n'en est pas

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moins suspect; car rien ne le confirme. Riifin visait dansce passage, soit une tradition manuscrite qui n'a pas laissé de traces, soit plutôt des recueils incomplets, où étaient seulement réunies un assez grand nombre de lettres. Au contraire, l'existence de groupes isolés est attestée par plusieurs écrivains : ainsi, Eusèbe fait allusion à la correspondance de Cyprien avec Fabios, évêque d'Antioche, et saint Jérôme à sa correspondance avec les papes. En tout cas, la comparaison des nombreux manuscrits conservés condamne l'hypothèse d'une édition complète, puisque aucun de ces manuscrits ne coQtient toute la correspondance, et puisqu'ils ne sont d'accord entre eux ni pour l'ordre ni pour le nombre des pièces.

En résumé, le recueil actuel a été formé et ordonné dans les temps modernes ; mais il se compose d'éléments anciens, et tous authentiques. Il comprend divers groupes de lettres, qui ont été constitués de bonne heure, et dont l'origine remonte souvent à Cyprien lui-même. De là, dans cette correspondance, certaines lacunes, et certaines additions, qui à première vue peuvent sembler surprenantes. D'abord, des pièces isolées ont disparu : par exemple, la lettre à Firmilien de Césarée. Même des groupes entiers se sont perdus, comme les lettres à Fabios d'Antioche. Par contre, le recueil renferme un assez grand nombre de documents dont Cyprien n'est pas l'auteur, mais qui se rattachent à ses polémiques. Ces anomalies apparentes n'ont rien que de naturel, si l'on songe que les lettres de l'évêque de Carthage ne nous sont point parvenues sous la forme d'une collection méthodique, constituée une fois pour toutes, mais par groupes indépendants, de composition flottante, qui se séparaient ou se juxtaposaient, se ré-

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(luisaient ou s'enrichissaient, selon le caprice ou le dessein des copistes.

Telle qu'elle se présente à nous aujourd'hui, dans l'édition critique qui est la synthèse des divers recueils manuscrits, la correspondance renferme trois catégories de documents : i° les lettres écrites par Cyprien ; 2° une série de pièces officielles qui émanent des conciles du temps; 3^ des lettres de contemporains.

Ces dernières sont au nombre de seize. Quelquesunes ont pour auteurs des Africains : Caldonius et autres évèques du pays ; divers confesseurs carthaginois, pendant la persécution de Dèce ; des évêques numides frappés par la persécution de Valérien. A ces lettres d'Africains s'ajoutent des lettres écrites par des correspondants d'autres régions : deux, du pape Cornélius ; trois, du clergé romain pendant la vacance du siège épiscopal ; deux, des confesseurs de ilome; une, de Firmilien, évêque de Césarée en Cappadoce. Tous ces documents sont fort précieux pour l'histoire religieuse du temps, et même, indirectement, pour l'étude de la correspondance personnelle de Cyprien.

Ces Africains et ces Romains, dont nous possédons des lettres, comptent parmi les principaux correspondants de l'évêquede Carthage. Ce sont peut-être, pour nous, les plus intéressants; car leurs propres déclarations nous renseignent exactement sur leur attitude, et même, parfois, nous permettent d'entrevoir leur physionomie. D'ailleurs, un bon tiers des lettres de Cyprien sont adressées aux mêmes personnages : quatre aux confesseurs carthaginois delà persécution de Dèce, une aux confesseurs numides, deux à l'évêque Caldonius ou à ses collègues, huit

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au pape Cornélius, quatre au cierge romain, et quatre aux confesseurs de Rome. — Parmi les autres correspondants de Cvprien, c'est-à-dire ceux dont les lettres sont perdues, un seul a une personnalité vraiment historique, c'est l^pape Stephanus. La plupart sont des évèques afiicains, dont nous ne connaissons guère que le nom : Eucratius, sans doute l'évêque deThenae; Rogatianus, probablement évêque de Nova en Numidie ; Pomponius, peut-être l'évêque de Dionysiana ; l'évêque numide Antonianus ; Caecilius, sans doute évéque de Biltha ; l'évêque maure Quintus, et Jubaïanus, qui était probablement son collègue en Maurétanie; Pompeius. évêque de Sabrata en Tripolitaine ; Successus, sans doute évêque d'Abbir Germaniciana. Deux autres correspondants de Cvprien semblent avoir été des laïques : Florentins Puppianus, son ennemi personnel, à qui il envoya un éloquent mémoire justificatif; et le Magnus qui reçut la première réponse sur le baptême des hérétiques. Quelques lettres ont, par leur destination, un caractère collectif. Elles sont adressées à des groupes d'évêques ou h des communautés ; à six évèques réunis à Capsa pour une ordination ; à huit évèques numides : aux fidèles de Furni, de Thibaris, d'Assuras. Ce qu'il y a de plus important dans cette dernière série, ce sont les dix-neuf lettres à la communauté de Carthage, soit au clergé seul, soitaux fidèles, soit, en même temps, aux fidèles et au clergé. Tous ces correspondants collectifs ou obscurs ne sauraient nous intéresser par eux-mêmes, comme ceux qui ont joué un rôle historique, ou comme ceux qui nous sont connus par leurs lettres. Cependant, ils méritaient une mention ; car ils attestent, par leur nombre même, l'activité de Cy-

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prien, l'étendue de ses relations en Afrique et hors d'Afrique.

Outre les lettres écrites par des contemporains, il faut encore mettre à part les lettres synodales. On en compte six. La plus ancienne a été adressée au pape Cornélius par le concile de 202; les deux suivantes, au pape Lucius et à Fidus, par l'assemblée de 253; la quatrième, aux Eglises espagnoles, en 254; 1^ cinquième, aux évêques numides, en 255, la dernière, au pape Stephanus, en 256. Ces lettres synodales sont du plus haut intérêt pour rhistoire de l'Église; mais elles ne sont pas l'œuvre personnelle de Cyprien. Si elles figurent dans sa correspondance, c'est qu'elles se rattachent par bien des liens à ses propres lettres, et qu'elles ont été probablement rédigées sous ses yeux, ou par ses soins, au nom des conciles.

Six lettres synodales et seize lettres de contemporains, c'est un total de vingt-deux pièces, qui, sur les quatre-vingt-une du recueil, n'appartiennent pas à Cvprien. Restent cinquante-neuf lettres pour sa correspondance personnelle. Elle comprend plusieurs groupes distincts, dont la plupart se rapportent soit aux épreuves de l'Eglise, soit à l'une des controverses ou des querelles du temps. Quinze lettres sont relatives aux souffrances et à l'administration de la communauté deCarthage, pendant la perécution de Dèce ; dix-sept, à l'affaire des lapsi ; quatorze, aux schismes de Felicissimus et de Novatianus; quatre, au baptême des hérétiques; trois, à la persécution de Valérien ; six, à diverses questions de discipline ou autres,

A première vue, toute cette correspondance a un caractère entièrement objectif, impersonnel. Aucune

lettre ne touche à des faits d'ordre privé, encore moins d'ordre littéraire. Toutes ont trait aux affaires de l'Église, soit de la communauté de Carthage, soit de l'Afrique chrétienne, soit de Rome, d'Espagne ou de Gaule. On se tromperait fort, cependant, si Ton n'attribuait à ce recueil qu'une valeur purement documentaire. C'est bien une vraie correspondance, très variée de fond, de forme et de ton, où se marquent nettement la personnalité de l'auteur et les différents aspects de sa physionomie.

Nombre de ces lettres sont des instructions pastorales. Elles datent toutes du temps des persécutions de Dèce ou de Valérien. Le fait n'a rien que de naturel : c'est seulement quand l'évêque était absent de Garthage, qu'il était dans la nécessité de mettre par écrit ses instructions. Les lettres de cette catégorie ont pour objets divers détails d'administration : nomination de clercs, secours aux pauvres ou aux confesseurs, mesures à prendre, conseils ou réprimandes. Gyprien se montre ici comme un habile administrateur, attentif et clairvoyant; minutieux, sans que le détail lui cache l'ensemble; plein de bon sens et de fermeté, sans intransigeance; dévoué et bon pour ceux qui marchent droit, inflexible pour ceux qui manquent h leur devoir, mais prêt au pardon pour qui s'amende.

Dans plusieurs lettres aux confesseurs, il nous révèle un autre aspect de sa nature : le tour d'imagination mystique. Il envoie aux prisonniers de véritables sermons, d'une éloquence passionnée, poétique même, des « paroles enthousiastes », comme il dit lui-même. Il écrit aux confesseurs de Garthage, vers le début de la persécution de Dèce : « Oh ! l'heureuse prison qu'a illuminée votre présence! Oh!

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l'heureuse prison qui envoie au ciel les hommes de Dieul O ténèbres plus brillantes que le soleil même, plus éclatantes que la lumière du monde ! car c'est là ({u'ont été placés les temples de Dieu, c'est là que s os membres ont été sanctifiés par vos divines souffrances Heureuses aussi les femmes qui sont

avec vous! Elles partagent la gloire de votre confession; elles observent la foi du Seigneur; plus fortes que leur sexe, non seulement elles sont ellesmêmes tout près de la couronne, mais encore, par leur fermeté, elles ont donné l'exemple à toutes les autres femmes. Et, pour que rien ne manquât à la gloire de votre troupe, pour qu'avec vous fût honoré tout sexe et tout âge, des enfants mêmes ont été associés à votre glorieuse confession parla bonté divine )). Et, quelque temps après, s'adressant aux mêmes confesseurs : a Je suis, dit-il, transporté d'allégresse en vous félicitant, mes très vaillants et très heureux frères. J'ai appris votre dévouement et votre courage, dont l'Église notre mère se glorifie. Elle s'était glorifiée déjà, naguère, de la constance inébranlable de ses fils, à la nouvelle de la condamnation qui a frappé d'exil des confesseurs du Christ. Mais la confession présente, plus elle montre de force dans la souffrance, plus elle est éclatante et glorieuse. Le combat a grandi; on a vu grandir aussi la gloire des combattants. Vous n'avez pas été arrêtés dans la bataille par la crainte des tourments, mais les tourments mêmes ont redoublé en vous l'ardeur de combattre... Frappée d'admiration, la foule a assisté à la lutte céleste et spirituelle de Dieu, au combat du Christ. Elle a vu les serviteurs de Dieu rester debout, la voix haute, l'âme inébranlable, grâce à une vertu divine. Sans défense en ce qui

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concerne les armes du monde, ils se croyaient assez armés des armes de la loi. Mis à la torture, ils se sont montrés plus forts que leurs bourreaux; les ongles de fer qui les serraient et les déchiraient, ont été vaincus par leurs membres serrés et déchirés... Oh! qu'il a été merveilleux, ce spectacle du Seigneur! qu'il a été sublime! qu'il a été grand! Et comme ils ont été agréables aux yeux de Dieu, celle fidélité et ce dévouement de son soldat! » Même enthousiasme dans les félicitations aux confesseurs romains, et, sept ans plus tard, aux confesseurs numides.

A ces effusions lyriques, on reconnaît l'homme dont l'imagination était hantéede visions. Nous avons signalé déjà, dans certains traités, ce singulier contraste entre le sens pratique de l'évê'que et le mysticisme ardent du chrétien. D'ailleurs, Cyprien dominait jusqu'à ses rêves et ses enthousiasmes. Il ne donnait libre cours à son imagination que s'il le voulait. Autant il laissait sa pensée s'animer et se colorer dans ses adresses aux confesseurs, autant il a été calme à l'approche de son propre martyre-: sa dernière lettre, où il rend compte de sa conduite et transmet ses instructions suprêmes, est admirable de simplicité et de bon sens dans l'héroïsme.

Ailleurs se montre à l'œuvre le docteur de l'Eglise, devenu l'avocat consultant de l'Afrique chrétienne. Plusieurs lettres sont des réponses à des questions posées, généralement sur des points de discipline, par des évêques, des clercs, de simples fidèles ou des communautés. Tantôt Cyprien répond brièvement; il se contente alors d'exposer nettement son avis, en l'appuyant sur des textes de l'Ecriture. Tantôt, quand la question est plus grave ou plus controversée, il entre dans de plus longs développements, et justifie

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