CHAPITRE
scripsit. Un assez long intervalle s'était nécessairement écoulé depuis cette première communication, pour que l'évêque de Lyon lui eut laissé le temps de produire l'effet qu'il s'en promettait. Il dut attendre, et que saint Gyprien eut reçu sa lettre, et qu'il ait pu en écrire à Rome ; et que le pape saint Etienne eut pris le temps nécessaire à l'examen de l'affaire ; et que la décision du siège apostolique ait pu arriver dans les Gaules. Ce ne fut qu'après avoir vu échouer chacune de ces espérances que Faustin dût se résoudre à invoquer de nouveau l'intervention de l'évêque de Carthage. Fixer à un an ces divers intervalles ne semble pas exagéré : nous remontons ainsi au commencement de 253, époque à laquelle vraisemblablement Faustin écrivit sa première lettre à Carthage. Mais entre la chute de Marcien et cette première démarche de l'évêque de Lyon, il dut encore s'écouler un certain laps de temps. C'est chose éminemment grave, même de nos jours, de faire parvenir au Saint-Siège une information canonique contre un évêque. Et quand cette information y est solennellement envoyée par d'autres évêques, comme dans le fait qui nous occupe, qaœ vobis scio utique nunciata tara ab eo quam a cœteris coepiscopis nostris in eâdem provinciâ constiiutis, elle ne peut être l'œuvre de la précipitation. Un acte irréfléchi et isolé, une démarche imprudente ou mal interprétée, une parole équivoque recueillie ou commentée par la malveillance, ne suffiraient point pour déterminer les évêques à prendre contre un de leurs collègues dans l'épiscopat une semblable mesure. Il faut une succession de faits constants , parfaitement établis, de notoriété publique, avérés enfin. Le respect pour le caractère et la dignité
épiscopale en fait une loi. Or cette loi existait au temps de saint Cyprien comme au nôtre; et tant de saints évêques qui illustraient alors les sièges des chrétientés diverses la rendaient, s'il est possible, plus inviolable encore. Ainsi la chute de Marcien d'Arles, l'éclat qui la suivit, les informations dont elle fut l'objet de la part de Faustin de Lyon et des autres évêques des Gaules, avant qu'ils eussent pris le parti d'en référer au pape et de recourir à l'intervention de saint Cyprien près du Saint-Siège, durent occuper un intervalle qu'on peut sans exagération évaluer encore au moins à six mois. Nous sommes donc conduits au milieu de 252. Il faut encore maintenant remarquer qu'entre la chute de Marcien et son élection au siège d'Arles, il avait dû s'écouler un certain temps. Le choix d'un schismatique avoué eut éveillé des protestations dont on ne trouve aucune trace dans la lettre de saint Cyprien, dont nous nous occupons. Supposons que Marcien n'ait attendu qu'une année après sa promotion à l'épiscopat, pour donner à l'Eglise le scandale de sa chute, nous arrivons à fixer son élection à l'an 251. Mais, dans le système qui fait arriver saint Trophime à Arles, en 250, pour y prêcher la foi, ce ne pouvait être Marcien qui fut évêque d'Arles en 251. Saint Trophime, tout le monde en convient, fut le premier évêque de cette ville; de plus tous les martyrologes s'accordent à lui donner le titre de confesseur, et non celui de martyr : Apud Arelatem, natalis sancti Trophimi, episcopi et confessoris, disent les martyrologes d'Adon, d'Usuard, aussi bien que celui de Rome; en sorte qu'on n'a pas même la ressource de le faire mourir sous le coup de la persécution, dans l'intervalle de 250 à 254, pour