‹ Saint Denys l'AréopagiteChapitre 101 sur 160 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

saint Eugène de Tolède n'en parlent pas davantage.. Les Actes grecs de Siméon Métaphraste et de Méthodius, dont nous nous occuperons bientôt , gardent le même silence. Aristarque, dont l'abbé de Saint-Denys invoquait le témoignage, n'a pas dù rappeler ce fait, puisque, d'après Hilduin lui-même1, son récit s'arrêtait à l'arrivée de saint Denys l'Aréopagite à Rome. De tous les auteurs cités par Hilduin , comme les sources où il a puisé pour composer la Yie de saint Denys, il ne reste donc que le récit de Yisbius, perdu pour nous, où il ait pu rencontrer la tradition de Montmartre. Or ce Yisbius, cet auteur de néant , comme l'appelle Sirmond, était précisément le témoin le plus ancien de l'aréopagitisme qu'Hilduin produisait à Louis-le-Débonnaire. Il n'est pas sans intérêt de voir la science moderne réhabiliter un témoignage si maltraité par la critique du dix-septième siècle.

5. Les trois mots exhumés de la crypte de Mont- interprétation

proposée

martre par le procès - verbal de 1611, MAR pour l'inscription

L L ' de la crypte

CLEMIN... DIO... avaient attiré, dès cette époque, de Montmartre, l'attention des savants. Pour peu qu'on se rappelle les nombreuses citations des Actes latins de saint Denys, reproduites par nous (chap. m-iv), on sait combien le nom du pape Clément était resté attaché, dans le souvenir des populations, à celui de l'apôtre de la France.

1 Maxime autem ex historiâ Aristarchi Graecorum chronographi , qui in epistola ad Onesiphoriun primicerium, de Athenae civitatis, et gestis ibidem Apostolorum principibus scribens, ortum prosapise , et doctrinam Dionysii, atque conversationis ordinem, sive oetatis tempus necnon et ordinationem ipsius ac prsedicationem , subrogationem etiam episcopi loco suo , et adventum illius Romam mirabiliter narrât. (Epist. Hilduini ad Imp. Ludov. — PatroL lat., t. GVI, col. 15.)

Clémente missus adfuiti; Dionysius sub ordinatione B. Clementi^; Dionysius a S. Clémente direetus"0 : Dionysius tradente beato Clémente , verbi divini semina gentibus parturienda susceperat* : telles sont les expressions que nous transmettent, depuis le cinquième siècle, tous les textes des diplômes, des martyrologes, des offices liturgiques. Le mot : CLEMIN. de l'inscription ancienne, rapproché des deux autres : MAR... et DIO, nous paraît donc pouvoir s'interpréter naturellement dans le sens traditionnel , et désigner le nom du pape saint Clément, auteur de la mission de l'apôtre de Paris.

Nous soumettons cette observation à M. Ed. Le Blant, qui a adopté un autre mode d'explication. « Les syl- » labes f MAR... — DIO... — semblent, dit-il, indi-

» quer les mots : f MARty?es — BlOnysie....

» débuts de prières adressées aux saints de la crypte ; » quant au nom presque entier de CLEMINs, j'y vois, » en le comparant aux Actes de visite de saint Sixte , » soit le nom d'un pèlerin, soit celui d'un des martyrs » inconnus qui ont souffert au même lieu. »

Le proscynème, ou signature de pèlerin, que M. Ed. Le Blant voit ici n'a sans doute rien d'impossible. Cependant on pourrait s'étonner qu'il fût seul de son espèce dans la crypte de Saint-Denys. L'analogie avec le cimetière de Saint-Calixte ne subsisterait guère en ce point, puisqu'on trouve dans ce dernier plus de trois cents

1 Hymne de Fortunat, chap. m.

2 Diplôme de Thierry de Chelles , ibid. — Diplôme de Pépin-le- Bref, ibid.

3 Epistola synodi Paris, ad Eugenium II , ibid.

4 Actes latins, ch. iv. Ibid. Martyrol. Liturg. Gallic.

CHAPITRE Vï. 183 signatures de ce genre , « qui témoignent, dit M. Noël » des Vergers, de la piété des dévots visiteurs à l'époque » où la crypte était encore accessible1. » On pourrait donc se demander pourquoi un seul pèlerin eut la pieuse idée d'inscrire son nom dans la crypte de Montmartre, et par quelle singulière coïncidence cet unique pèlerin portât précisément ce nom de CLEMINs qui occupe une place si importante dans l'histoire de saint Denys. L'hypothèse d'un martyr inconnu présenterait la même identité de nom, avec la difficulté nouvelle d'un saint dont nos histoires ecclésiastiques auraient complètement perdu la mémoire. Il semble donc que l'interprétation que nous proposons, avec toute la réserve que comporte une pareille matière, soit plus conforme à la tradition, et plus autorisée par ce que nous connaissons de l'histoire de saint Denys.

Quoi qu'il en soit, la crypte de Montmartre n'en a pas moins fourni une preuve de la véracité des monuments d'après lesquels Hilduin a composé la Vie de saint Denys. C'est une observation qu'il était nécessaire d'enregistrer, pour montrer que chaque progrès historique vient à son tour prêter son appui à nos antiques traditions, et que Sirmond n'avait pas dit le dernier mot de la science en se débarrassant des témoins cités par Hilduin, par l'épithète injurieuse hauteurs de néant.

Ceci posé, nous allons reprendre à nouveau l'examen de la thèse de l'aréopagitisme, d'après les seuls monuments que nous ayons encore. Si nous pouvons ainsi démontrer par des témoignages antérieurs à Hilduin l'existence de la tradition aréopagitique aux diverses

* Inscrip. chrét. de la Gaule, p. 274.

époques qui l'ont précédé, nous aurons prouvé surabondamment qu'il n'en fut pas l'inventeur, et qu'on n'a jamais eu le droit d'accuser sa mémoire d'une fiction aussi indigne de la probité de ses mœurs, de la droiture de son caractère et de la sainteté de sa vie, tant vantées par ses contemporains.

Témoignages en faveur de l'aréopagitisme antérieurs à Hilduin.

Actes latins 6. Les Actes latins de saint Denys, universellement

authentiques de . .

saint Denys. reconnus comme authentiques, par les partisans aussi

ïV«ou Ve siècle. i i • i i, • •

bien que par les adversaires de 1 aréopagitisme, sont, de l'aveu de tous, antérieurs à Hilduin. Celui-ci les cite dans sa lettre àLouis-le-Débonnaire; il rappelle que, de son temps, les exemplaires manuscrits qu'on en possédait étaient nombreux; il discute les divergences de texte qu'on y remarquait, et s'attache à donner les raisons multiples de ces variantes. Nous avons nous-même prouvé (chap. m) que ces Actes faussement attribués à Fortunat, doivent être rapportés à la date du quatrième ou cinquième siècle. Enfin, nous déclarons hautement que la raison principale pour laquelle Launoy et Sirmond ont reconnu leur authenticité, c'est qu'ils n'y voyaient pas explicitement professée la doctrine de l'aréopagitisme : sans cela ils les eussent certainement rejetés.

Or, ces Actes contiennent un témoignage implicite de la plus claire évidence en faveur de la tradition aréopagitique. Yoici leurs premières paroles : « Donc saint » Denys, qui avait reçu du bienheureux Clément, suc- » cesseur de l'apôtre Pierre1 les semences de la parole

1 Alias. Qui, ut feruut, a successoribus Apostolorum. (Variante proposée par Bosquet. )

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