CHAPITRE VI
» divine à distribuer aux gentils, se dirigea, dans toute » l'ardeur et l'intrépidité de sa foi, vers les con- » trées qu'on lui indiqua comme les plus attachées » aux erreurs de la gentilité. Sous la conduite du Sei- » gneur, il parvint jusqu'à la cité des Parisii, ne crai- » gnant pas d'affronter la férocité d'une nation infidèle; » car le souvenir des tourments qu'il avait précédem- » ment endurés fortifiait son courage, et lui, qui avait » déjà mérité d'être confesseur, n'hésita pas à se faire » le prédicateur de ces peuples cruels. » Sanctus igitur Dionysius , qui, tradente beato Clémente Pétri apostoli successore Verbi divini semina gentibus eroganda susceperat , quo amplius gentilitatis fervere cognovit errorem; il hic intrepidus et calore fidei inflammatus accessit; Parisios , ducente Domino , pervertit , non veritus incredulœ gentis expetere feritatem , quia virtutem suam prœteritarum pœnarum recordatio roborabat; et qui meruerat esse confessor non cunctatus est trucibus populis accéder e prœdicator 1 .
7. Tel est le début des Actes latins de saint Denys. Discussion du
J texte des Actes
Nous demanderons maintenant ce que signifient ces de 9aint Deny*
1 Acta SS. Octobr. t. IV. Die Noria, p. 925. — La Patrol. lai., donne aussi ces Actes, d'après l'édition de Bosquet, c'est-à-dire en remplaçant le : tradente B. Clémente Pétri Apostoli successore, par la variante dont nous avons parlé précédemment : qui, ut ferunt, a successoribus Apostolorum. [Patrol. lat., t. LXXXVIII,col. 580.) L'étude des textes manuscrits de la Bibl. Imp. nous a permis de signaler une autre variante pour l'édition des Bollandistes ; et un non sens dans l'édition de Bosquet, reproduite par la Patrologie. Bosquet dit : Non cunctatus est auctoribus ptopulis accedere prœdicator. Cet aucioribus est inexplicable, et ne prévient guère en faveur de l'unique manuscrit où Bosquet a remarqué l'absence du nom du pape saint Clément. Les Bollandistes ont lu ainsi : non cunctatus est atrocibus populis , etc., leçon à laquelle le manuscrit de la Bibliothèque Impériale, n° 3793, substitue celle de trucibus, qui nous parait préférable. (Voir le texte complet de ces Actes , à l'appendice n° 5.)
expressions : Le souvenu des tourments qu'il avait précédemment endurés fortifiait son courage, et lui, qui avait déjà mérité le titre de confesseur, 11 hésita point à se faire le prédicateur de ces peuples cruels. Une peut être simplement question ici des labeurs ordinaires inséparables du ministère apostolique , et si l'on voulait interpréter ainsi le sens du mot : pœnarum prœteritarum , on serait promptement ramené à une signification plus rigoureuse par les termes précis qui suivent : lui qui avait eu précéde?nment la gloire d'être confesseur ; qui meruerat esse confessor. Il s'agit donc de tourments endurés pour le nom de Jésus-Christ; il s'agit d'une confession glorieuse de ce saint nom, en face des bourreaux et des instruments de torture. Mais a-t-on jamais parlé des supplices endurés, avant son arrivée à Paris, par un autre Denys que l'Aréopagite? Que signifie ce titre de confesseur, mérité précédemment sur des plages étrangères, dans des circonstances inconnues? Si le Denys dont parlent les Actes, n'est pas l'Aréopagite, de quelle contrée sort-il, échappant à la cruauté des bourreaux, pour conquérir ici de nouvelles palmes et la pourpre d'un nouveau martyre? Quelle Eglise persécutée a-t-il dû quitter pour venir, par sa prédication, fonder dans notre pays une nouvelle Eglise? Toutes ces questions sont insolubles pour les adversaires de l'aréopagitisme, et ils sont forcés de convenir que les premières paroles des Actes qu'ils nous donnent comme les Actes authentiques d'un Denys de Paris différent de l'Aréopagite, sont pour eux complètement inexplicables.
Mais qu'importe? dira-t-on. Ces expressions obscures pour nous par l'éloignement où nous sommes de l'évé-