‹ Saint Denys l'AréopagiteChapitre 103 sur 160 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

nement, n'ont pas l'importance qu'on veut leur supposer. Les faits auxquels elles se rapportent sont oubliés maintenant : et il serait superflu d'y chercher un sens qui nous échappe ; les générations passées avaient sans doute la clef de ce problème; et cela suffit. — C'est précisément parce que les générations passées surent parfaitement quelle interprétation il fallait donner aux paroles que nous avons citées, que ces paroles ont une importance capitale. Les Actes des saints étaient lus, le jour de leur fête, aux fidèles réunis. Ces Actes avaient ainsi, dans l'Eglise, une notoriété universelle. Ceux de saint Denys, en particulier, sont environnés de tous les caractères qui constatent cette notoriété à travers les siècles. Nous avons eu l'occasion de rappeler les monuments liturgiques qui reproduisent leur texte et lui donnent ainsi une consécration solennelle. Or quand ces Actes, dont la rédaction actuelle remonte au quatrième ou cinquième siècle, furent lus pour la première fois, du haut de l'ambon, aux fidèles de Paris, tous les auditeurs comprirent à merveille le sens des paroles citées plus haut. Ils savaient à quoi ce titre de confesseur, mérité par saint Denys, antérieurement à son arrivée dans les Gaules, faisait allusion. Ils entendaient distinctement la pensée de l'auteur, quand celui-ci rappelait que le souvenir des tourments endurés précédemment par saint Denys redoublait le courage du saint apôtre. Cela est incontestable, à moins qu'on ne veuille prétendre que l'auteur de ces Actes eût pris plaisir à se rendre lui-même inintelligible; et, en général, ce n'est point le but qu'on se propose en écrivant. Or ce qu'on savait si universellement alors n'a pu s'oublier tout-à-coup, au point qu'il n'en soit pas resté de traces

dans le souvenir des générations subséquentes. Les moindres légendes qui charmaient l'imagination du moyen-âge ont laissé pour nous des monuments écrits qui nous permettent de les reconstituer, dans leur intégrité, et l'on voudrait que l'histoire même du patron de la France, après avoir été de notoriété publique, pendant plusieurs siècles,, fut soudain tombée dans l'oubli d'un peuple tout entier !

Les premières paroles que nous avons citées ne sont pas les seules qui fassent allusion à une persécution antérieure, soufferte pour la foi chrétienne. Après avoir raconté l'arrivée de l'illustre étranger dans la ville de Lutèce, l'auteur des Actes revient encore à l'idée déjà exprimée : « Tel fut, dit-il, le lieu que saint Denys » choisit pour le théâtre de son zèle. Armé de sa foi, » aguerri contre les dangers par l'intrépidité de la con- » fession précédente du nom de Jésus-Christ, il y éta- » Mit une Eglise. » On le voit, ce n'est point à la légère que le titre de confesseur avait été d'abord donné à saint Denys; ce n'est point une vaine formule que celle qui rappelle son courage dans les tourments déjà endurés par lui sous d'autres cieux : et les Actes latins qui ne racontent son histoire que depuis son arrivée dans notre patrie, supposent évidemment d'autres Actes qui ont fait connaître les faits antérieurs de sa vie, et les persécutions déjà affrontées par le saint martyr. Le texte 8. La tradition n'est point aussi muette sur ce point

des \ctcs de

saint Denys est que voudraient le faire croire les adversaires de l'aréo-

inintelligible si * .

l'on n'admet pas pasritisme. Yoici en effet les paroles d'un synaxaire

1 aréopagitisme. A ° 1 ^

grec, qui pourraieut nous faire comprendre le sens des Actes latins qu'on prétend à jamais perdu : « Combat » de notre saint Père Denys l'Aréopagite , évêque

Page 1