CHAPITRE VI
» d'Athènes. Converti dans sa ville natale à la voix de » l'apôtre saint Paul, il ouvrit les yeux à la lumière de » la vérité et embrassa la foi de Jésus-Christ. Il fut or- » donné par l'Apôtre évêque d'Athènes. Il fut exposé » aux flammes par les Athéniens, qui le voulaient brû- » 1er en même temps que ses écrits. Se dirigeant alors » vers les contrées occidentales, sous le règne de Do- » mitien, après y avoir opéré plusieurs miracles, il eut » la tête tranchée avec Rustique et Eleuthère. Après » son supplice, il porta quelque temps dans ses mains » sa tête coupée1. »
Nous comprenons maintenant les souffrances endurées pour Jésus-Christ, le courage que saint Denys puisait dans le souvenir de la protection céleste qui l'avait fait échapper aux flammes du bûcher, et le titre glorieux de confesseur que lui donnent les Actes latins.
9. Mais ici nous rencontrons une objection du P. Sir- une objection
. du P. Sirmond.
mond que nous voulons reproduire dans toute son énergie. « Qui pourrait, dit-il, ajouter la moindre foi à » ces Grecs qui poussent l'absurdité au point d'envoyer » saint Denys en Occident, après qu'il est mort dans » les flammes à Athènes. Je n'ajouterai rien à cette » ineptie; il suffit de la citer; » et le P. Sirmond reproduit les paroles grecques du synaxaire qu'on vient de lire, en ayant soin de traduire ainsi le passage relatif à la confession de saint Denys à Athènes : « Saisi par » les infidèles, le saint fut consumé par les flammes , » avec ses livres qui furent brûlés en même temps que » lui. Il prit ensuite la route de l'Occident. » Hic ab Ethnicis comprehensus , flammis consumptus est, libris
1 Voir le texte même du synaxaire rapporté eu entier par le P. Sirmond. Dissert, de duob. Dionysiis.
ejus una concrematis. Ad Occidentem vero profectus est, etc.
Voilà, il faut en convenir, un argument capable d'ébranler la croyance des plus fervents aréopagitistes. J'avoue que, pour ma part, tout disposé que je sois à admettre les miracles, celui-ci me paraît au-dessus de ma foi. Je comprendrais que saint Jean, plongé à Rome dans l'huile bouillante, l'an 95, échappât à la mort par une protection divine , et allât mourir à Ephèse l'an 100 de Jésus-Christ. Mais si saint Jean fût mort en 95 à Rome, sous les coups des bourreaux de Domitien, j'aurais quelque peine à croire qu'il fût ressuscité pour mourir de vieillesse dans son église d'Asie, en répétant à sa chrétienté naissante la prédication si connue du disciple de l'amour. C'est un fait analogue que le texte du synaxaire constate pour saint Denys l'Aréopagite. La traduction littérale du grec est celle-ci : Flammis holocaustum conjectus est. « Saint Denys fut exposé » aux flammes, » et non « saint Denys fut consumé » par les flammes, » comme le prétend le P. Sirmond, avec une intention au moins très- mal veillante. Le récit ne présente donc point cette inepte invraisemblance; on n'est point obligé de recourir à l'absurde incident d'une résurrection posthume que le texte du synaxaire ne suppose aucunement. De bonne foi, quel qu'ait pu être l'auteur de ce martyrologe grec, pense-t-on qu'après avoir dit que saint Denys était mort à Athènes, il aurait eu l'incroyable simplicité d'ajouter sans transition aucune : « II partit ensuite pour ï Occident ! » Il n'y a là qu'une question de sens commun : et l'auteur d'un martyrologe ne saurait, en aucun temps et en aucun pays, avoir le privilège de l'absurde. Saint Denys