‹ Saint Denys l'AréopagiteChapitre 105 sur 160 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

exposé aux flammes dans sa ville épiscopale, échappe à la haine de ses persécuteurs, comme saint Jean, plongé dans l'huile bouillante est préservé de la rage des bourreaux romains. Voilà le sens précis du monument grec : forcer l'interprétation d'un mot isolé, suffisamment expliqué par le contexte, pour en faire sortir une contradiction flagrante, ainsi que l'a fait le P. Sirmond, nous semble indigne d'un critique qui se respecte luimême et qui veut respecter ses lecteurs.

Voici donc une tradition qui nous explique les paroles des Actes latins de saint Denys. Nous demandons si les adversaires de l'aréopagitisme ont une autre interprétation à nous fournir. Jusqu'au dix -septième siècle la tradition a considéré les Actes latins de saint Denys comme faisant suite aux Actes grecs et les complétant; et dans le confesseur qui avait déjà souffert pour la foi avant son arrivée à Paris , elle reconnaissait l'Aréopagite. Quand l'école critique de Launoy et de Sirmond vint renverser cette croyance, sur quels autres monuments s'appuya-t-elle? Par quelle tradition nouvelle remplaça-t-elle la tradition passée? Quel sens réussit-elle à donner à un texte que tout le monde avait compris jusque-là , et dont elle déclarait pour la première fois l'inintelligibilité? C'est de bonne foi que nous nous adressons ces questions. C'est de bonne foi aussi que nous constatons que ni Sirmond ni Launoy ne- songèrent aux paroles des Actes latins que nous avons signalées. Le nom d'Aréopagite ne se trouve pas dans ces Actes, cela leur suffit. Mais cela ne suffit pas à la conscience d'un lecteur impartial : l'interprétation des Actes latins de saint Denys était, dès le neuvième siècle, tellement favorable à l'aréopagitisme , que nous avons

l'authenticité.

vu Hilduin s'appuyer de leur témoignage comme d'un argument de notoriété publique. Au temps d'Hilduin, on interprétait donc déjà, comme nous le faisons en ce moment, leur texte. Il y avait donc une tradition d'aréopagitisme en vigueur à cette époque. Et c'est ce que nous voulions prouver.

d™^g25e Parmi *es monuments qu'Hilduin envoyait à

Hymne6Sugène AenlPereur Louis-le-Débonnaire, il cite une hymne de Laïnoy enfile samt Eugène de Tolède en l'honneur de saint Denys.

Hymnum S. Eugenii Toletani de B. Dionysio habemus. Launoy fit pour ce texte ce qu'il avait fait pour l'hymne de Fortunat. Il accusa les moines de l'avoir inventé. Vainement en 1633, le P. Halloix, dans sa Vie de saint Denys V Aréopagite, produisait l'hymne de saint Eugène de Tolède, « conservée, disait-il, au trésor » des chartes du monastère de Saint-Denys 1 . » Sans plus de succès, six ans plus tard, en 1639, Dussaussay, évêque de Toul, la reproduisait aussi intégralement, en décrivant avec plus de détails le monument d'où il la tirait. « L'antique parchemin de l'abbaye de Saint- » Denys, qui contient cette pièce, dit-il, est peint en » vermillon. L'hymne y est écrite en lettres d'or, et en » caractères tellement anciens, que la seule inspection » fournit la preuve de la plus antique origine2. » Launoy répondait qu'une source aussi suspecte que

1 S. Dionysii Areopagitse vita, auctore P. Halloix Societ. J. cap. xxi, nota 9. Paris 1633. Patrol. grœc, S. Dionys. Areop. Oper. t. IV, col. 832. « Istutn hymnum depromptum e sacro Dionysiani cœnobii » armario hic proferimus. »

2 De mysticis Galliœ Scriptoribus . Paris 1639. p. 576. «Asservatur » in gazophilacio inclyti cœnobii sancti Dkmysii, codex pervetustus » membraneus , cui illito purpureo liquore , inscriptus cernitur » hymnus ille aureis litteris, et tam antiquis characteribus , ut vix » alii usquam vetustioris notée suppetant. »

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