CHAPITRE VI
celle des archives de saint Denys, n'inspirait pas la moindre confiance pour les monuments qu'on citait. L'époque où ce débat avait lieu lui fournissait de plus une ressource considérable. La science paléographique n'avait point encore fixé , d'après des caractères certains, l'âge des divers manuscrits ; aujourd'hui les catalogues de nos archives ont inscrit la date de toutes nos chartes, et, à défaut de renseignements chronologiques proprement dits, l'écriture elle-même, la forme des lettres, la juxtaposition ou la séparation des mots, les abréviations, la ponctuation ou son absence sont autant d'indications précises, qui révèlent une époque, aussi sûrement que les dates elles-mêmes. Ce qui est de nos jours passé dans le domaine de la pratique pour toutes nos bibliothèques , n'était alors que le secret d'un petit nombre de paléographes, laborieux et gigantesques érudits qui préparaient dans le silence de l'étude les résultats dont nous sommes appelés à jouir. Launoy se prévalut donc du droit que lui donnait son siècle, et il rejeta sans pitié les manuscrits qu'on lui opposait, « malgré leurs apparences de la plus antique » origine. » Sirmond, en 1619, avait publié son édition des Poèmes de saint Eugène de Tolède, dans laquelle ne se trouvait, comme on peut facilement le prévoir, aucune hymne en l'honneur de saint Denys l'Aréopagite ; Launoy trouvait dans ce silence un nouvel argument et contre l'authenticité de la pièce qu'on lui produisait, et contre la bonne foi d'IIilduin.
1 1 . Le triomphe de Launoy ne fut pourtant pas de Hugues Ménard longue durée. Un nouvel adversaire entra en lice contre victorieusement lui en 1643; il démontra par deux manuscrits complètement étrangers à l'abbaye de Saint-Denys, Fau-
thenticité de l'hymne de saint Eugène de Tolède en faveur de Taréopagitisme. Comme le livre de Hugues Ménard est devenu de nos jours presque introuvable *, il ne sera pas sans intérêt de mettre son argumentation sous les yeux du lecteur. « Launoy, dit-il, persuadé 2,
1 L'éditeur des œuvres de saint Eugène de Tolède, (PatroL lat., de M. l'abbé Migne , t. LXXXVII, col. 401), en reproduisant deux strophes de l'hymne en l'honneur de saint Denys, s'exprime ainsi: « Le fragment que nous publions a été cité par Noël Alexandre. » (16e Dissert, sur le premier siècle.) Il Ta tiré de Hugues Ménard, qui » en a, dit-il, prouvé l'authenticité. Nous ne savons sur quelles preuves » cette assertion est appuyée , car Noël Alexandre ne les reproduit » pas, et il nous a été impossible, malgré nos efforts et nos recherches, » de nous procurer la dissertation de Hugues Ménard, contre Launoy, » imprimée à Paris, en 1643. »
a Dum putat adversarius se detegere fraudem de hymno in laudem S. Dionysii Areopagitae composito ab Eugenio Toletano episcopo, multa calumniosa sine probatione, suo more, dicit. Hilduinus in Areopagiticis, ut probaret S. Dionysium Parisiorum antistitem esse Areopagitam, citavit in hanc sententiam hymnum S. Eugenii Toletani generatim sine discrimine martyris aut confessons. In vitâ S. Eugenii, episcopi et martyris quem citât adversarius ex codice Remensi, hic hymnus tribuitur Eugenio martyri qui ita incipit :
Cœli cives applaudite , Mundi jucundo lumini, etc.
Simulque hi versus :
Rex Deus immensi quo constat machina mundi, Quod miser Eugenius posco , tu perfice clemens.
Qui quidem hexametri versus primi post prsefationem exstant inter opuscula B. Eugenii junioris episcopi Toletani, quoe Parisiis exierunt curâ doctissimi Sirmundi, sine tamen hymno prœfato. Gum autem hic hymnus, cum praenorninatis versibus exstet in supra citatà vita S. Eugenii martyris Mss codicis bibliothecae monasterii S. Remigii Remis siti, signum est illius auctorem esse prœlaudatum Eugenium juniorem, etsi nominis sequivoci ambiguitate deceptus auctor prsefatae vitae, simpliciter quidem non fraudulenter illum S. Eugenio martyri tribuerit. Quod confirmatur ex duobus antiquissimis codicibus Mss monasterii S. Germani a Pratis, et S. Pétri in valle, apud Carnutes, in quibus (ut missum faciam codicem Mss monasterii S. Dionysii), post Hilduini Areopagitica, hic hymnus habetur sub