‹ Saint Denys l'AréopagiteChapitre 12 sur 160 · CHAPITRE ï · texte numérisé non relu

CHAPITRE ï

expliquer l'apparition de Marcien en cette dernière année. Et nous sommes bien forcés d'ajouter que, quand même on s'inscrirait en faux contre le titre de confesseur, donné unanimement à saint Trophime par la tradition, quand on supposerait, pour les besoins du système préconçu, qu'il fut martyrisé dans cet intervalle de deux ans, il resterait encore à faire mourir dans ce même espace de temps les quinze ou dix-huit successeurs que les dyp tiques d'Arles lui donnent jusqu'à Marcien; il resterait à expliquer comment tant d'élections épiscopales furent renouvelées de mois en mois, sous la hache des bourreaux. Supposons pourtant que tant d'invraisemblances accumulées ne fussent pas suffisantes pour décourager le génie le plus inventif ; il faudrait encore expliquer comment ces martyres si fréquents d'évêques n'ont point laissé de traces dans le souvenir, dans la tradition ni dans les écrits contemporains. Il faudrait expliquer comment cette persécution locale fut si acharnée à Arles, quand la persécution générale de Dèce avait cessé en 251, par la mort de cet empereur, et ne fut renouvelée que par Valérien vers 259. Et en admettant comme possible, à la rigueur, cette persécution locale dans les Gaules, on ne ferait qu'aggraver une dernière difficulté : celle d'expliquer comment les premiers apôtres n'étant arrivés sur le sol de notre patrie qu'en 250, et y ayant rencontré une persécution telle qu'en un an, elle moissonne dix-huit évêques d'Arles, la foi avait cependant pu faire en 254 de si grands progrès dans les Gaules, que saint Cyprien écrit au pape d'adresser des instructions explicites : Ad coepiscopos nostros in Galliis constituas; en réponse aux lettres qu'il en a reçues : Ea quœ

scio utique vobis nunciata tara ab eo quam a cœterù coepiscopis nostris in eâdem provinciâ constitutis. Est-ce assez multiplier les difficultés, les conjectures, les hypothèses, sans trouver, il faut bien le dire, une solution, je ne dis pas concluante, mais seulement satisfaisante?

Nous demandons pardon d'avoir tant insisté sur ce texte; Launoy eut voulu s'en débarrasser beaucoup plus simplement, en le rejetant comme apocryphe. Mais Baluze ne lui laisse pas cette ressource suprême, a La lettre de saint Gyprien, dit-il, se trouve dans les » divers manuscrits de Saint-Maur-des-Fossés , de » Corbie, de Foix, appartenant aujourd'hui à M. de » Colbert, de Vérone, de Saint-Martin de Tours, de » Saint-Pierre-le-Moustier, de Saint- Victor. Son style, » ainsi que l'ont fait observer Nicolas Rigault , et Jean » Fell, évêque d'Oxford, dans leurs éditions de saint » Gyprien, est parfaitement conforme, pour les ex- » pressions et les tours de phrase, au style connu de » ce Père. Nul ne doit donc s'arrêter aux objections » conjecturales par lesquelles Jean de Launoy s'est » efforcé d'en rejeter l'authenticité. Cette lettre doit » plutôt servir à réfuter l'erreur de ce critique célèbre, » qui prétend qu'à l'époque du pape saint Etienne, le » siège d'Arles était occupé par saint Trophime : quand » il est certain que, l'an 450, longtemps avant Gré- » goire de Tours, sur l'autorité duquel s'appuie prin- » cipalement Launoy, les évêques de Provence, dans » leur lettre au pape Léon-le-Grand tenaient pour un » fait incontestable que saint Trophime avait été en- » voy é à Arles par saint Pierre 1 . »

1 Exstat enim (haec Epistola) in Fossatensi, Gorbeiensi, Fuxensi , nimc Colbertino, Veronensi, Tnronensi, scilicet, S. Martini, S. Pétri

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