CHAPITRE VI
» gite, baptisé par l'apôtre saint Paul, ordonné évêque
» d'Athènes, et envoyé dans les Gaules par saint Clé-
» ment, le témoignage de l'Eglise grecque conforme à
» celui de l'Eglise romaine et de notre Eglise gallicane,
» les édifie sur la vérité et l'antiquité de notre tra-
» dition1. »
18. Telle est cette lettre d'Hincmar, dont l'authen- , Argument en
' faveur de la tra-
ticité parut si incontestable à Mabillon, qu'il la reproduisit en deux de ses différents ouvrages2. La date à ,eltrolaquelle elle se rapporte est fixée par la lettre d' Anastasele-Bibliothécaire , qui envoyait, en 876, à Charles-le- Chauve, la Passion de saint Denys par Méthodius, à laquelle l'archevêque de Reims fait allusion. La lettre d'Hincmar est donc de 877 environ : elle démontre invinciblement que la tradition aréopagitique était antérieure à Hilduin. Hincmar cite en effet le manuscrit des Actes de saint Sanctin de Meaux qui la constatait, comme lui ayant été transmis l'année de la naissance de Charlesle-Chauve (823), c'est-à-dire quatorze ans avant les Aréopagitiques d'Hilduin. De plus l'exemplaire manuscrit de ces Actes était, dit-il, tellement ancien, que les caractères en étaient presque effacés. Quaterniunculos valde contritos, et quœ in eis scripta fuerant pêne deleta. Supposer seulement deux cents ans de date à un parchemin réduit à cet état de vétusté, n'est pas exagéré , puisque nos bibliothèques publiques contiennent encore en grand nombre des manuscrits de neuf et dix siècles, parfaitement conservés. En 823, il existait donc depuis deux cents ans au moins une tra-
1 Voir le texte latin de cette lettre à l'appendice n° 5.
2 Vetera Analecta., p. 212. — Annales, t. I, p. 59-62.
de Mabillon.
dition aréopagitique. Hilduin n'eut donc pas à inventer ce qui existait avant lui.
^'authenikité61 Cette déduction est logique; elle fut présentée
mda1grrrauetorTté avec DeaucouP ^ vigueur par les défenseurs de la tradition. Mais plus elle était concluante, plus les adversaires multiplièrent leurs efforts pour attaquer l'authenticité du monument sur lequel elle s'appuyait. Les savants auteurs de Y Histoire littéraire de la France1, rejettent cette lettre d'Hincmar comme apocryphe, sans en donner la raison. Ils traitent de même les Actes de saint Sanctin de Meaux, qui l'accompagnent. « Ils sont, » disent-ils, une addition faite par quelque obscur par- » tisan de l'aréopagitisme de saint Denys... On ne sau- » rait dire au juste d'où l'auteur a pris ce qu'il y dé- » bite ; si c'est des Actes du saint qu'il envoyait à » Charles-le-Chauve, ou de quelque autre monument. » Mais on peut assurer, sur l'idée que l'imposteur nous » en donne lui-même, que cette addition n'est point la w même chose que les Actes. »
En lisant ce jugement, d'une rédaction si sévère, nous le rapprochions involontairement de l'appréciation complètement favorable que Mabillon faisait de la lettre d'Hincmar. «Dom Mabillon, ajoutent en effet les auteurs » de Y Histoire littéraire , la regardait comme étant » d'Hincmar; il croyait qu'elle n'avait pas été tirée de )) l'obscurité, et l'a fait imprimer en deux endroits de » ses ouvrages. Elle ne se trouve point, il est vrai, dans
1 Histoire litfe'r. de la France , t. V, p. 544 et suiv. Notice bibliographique sur Hincmar. On voit que dans la controverse du dixseptième siècle , toute la tactique des adversaires se bornait à nier l'authenticité des témoignages ; et on peut se convaincre ainsi de la vérité de notre appréciation. (Voir chap. Ier de cette étude , no 12.