CHAPITRE VI
» les recueils des écrits d'Hincmar, mais Surius l'avait » publiée au 9 octobre, et d'après lui M. de Launoy, à » la suite de sou jugement sur les Aréopagitiques d'Hil- » duin, avec des observations critiques de sa façon. » Mabillon, qui publiait ses Annales Ordinis Benedicti, de 1713 à 1729, et ses Analecta en 1723, cinquante ans après la mort de Launoy (1678), n'ignorait certes pas, en insérant la lettre d'Hincmar dans ces deux ouvrages, que le fameux docteur de Coutances l'avait reproduite avec les Actes de saint Sanctin, d'après Surius, et avait accumulé contre ces deux monuments toutes les objections que lui inspiraient ses préjugés antitraditionnels. Il nous paraissait donc incontestable que le savant Bénédictin avait dû rencontrer la lettre d'Hincmar dans un manuscrit authentique, et qu'il avait voulu laisser à la postérité un témoignage irrécusable de cette authenticité, par la double publication qu'il en faisait. Malheureusement Mabillon n'était plus là pour nous indiquer la source où il avait puisé, et pour défendre la lettre d'Hincmar à Charles-le-Chauve contre les accusations de Launoy, aggravées de la réprobation des auteurs de Y Histoire littéraire de la France. Entre l'affirmation itérative de Mabillon et la négation sèche et formelle de Y Histoire littéraire, notre pensée s'arrêtait incertaine et perplexe; comme si, dans cette question de l'aréopagitisme, le doute devait toujours côtoyer l'évidence, et l'objection équilibrer la preuve.
20. Cependant une de ces bonnes fortunes qui récompensent parfois la persévérance des recherches les plus arides, et dédommagent des longues heures inutilement dépensées en d'obscurs travaux, faisait tomber entre nos mains un monument de l'antiquité ecclésiastique
Découverte d'un manuscrit d'Hincmar contenant cette lettre.
que Ton croyait à jamais perdu pour la science, et qui donne complètement raison à Mabillon contre ses adversaires. Le manuscrit d'Hincmar lui-même, renfermant la lettre de l'archevêque de Reims à Charles-le- Cliauve; les Actes de saint Sanctin ; la lettre d'Anastasele-Bibliothécaire et la traduction de la Passion de saint Denys par Méthodius, envoyée de Rome au même empereur, existe encore. Il provient de la Bibliothèque de Saint-Remi de Reims, et en porte l'indication *, Lorsque je le découvris sous le n° 5549, fonds latin de la Bibliothèque impériale, M. L. Paris, à qui je le montrai d'abord , s'écria : « Mais c'est là un des manuscrits » d'Hincmar. Comment se trouve-t-il ici? » On peut en effet s'étonner que ce quaternio , portant le format in-4° minor qu'Hincmar affectionnait pour les manuscrits qu'il a laissés en si grand nombre, offrant la « jo- » lie minuscule Caroline, régulière, claire, ronde, bien » proportionnée, à demi-distincte, avec les intitulés de » chapitres écrits au vermillon; avec cette forme carrée, » que l'on sait être particulière aux manuscrits des hui- » tième et neuvième siècles2; » on peut s'étonner, disje, que ce précieux volume ait quitté son dépôt de Saint- Remi de Reims [S. Remigii Remensis), pour venir prendre place dans la collection de la Bibliothèque impériale de Paris. Le savant antiquaire rémois me fit observer qu'en 1645, époque de la publication des œuvres d'Hincmar, par le P. Sirmond, ce dernier avait eu entre les mains tous les manuscrits du grand arche-
1 On lit en deux endroits des marges du manuscrit ces mots d'une écriture du treizième siècle : S. Remigii Rem.
- Louis Paris. Hist. de la ville, cité et université de Reims, par Dom. Guil. Marlot, t. Il, in-4°, p. 491, note.