CHAPITRE VI
vêque, et que sans cloute ce devait être à cette époque que le quaternio, que nous retrouvions d'une manière si inespérée, était sorti des archives du monastère de Saint-Remi. Cette présomption, toute vraisemblable qu'elle puisse paraître, ne saurait cependant acquérir un caractère de certitude historique. Le P. Sirmond n'a pas même indiqué, dans son édition d'Hincmar, l'existence, légitime ou apocryphe, de cette lettre à Charles-le-Chauve. Nous aimons donc à penser, pour son honneur, qu'il n'aura pas eu connaissance de notre manuscrit. Dans le cas contraire, la réserve qu'il a pris soin d'insérer dans la préface de cette édition, en avertissant le lecteur qu'il n'a pas la prétention de donner toutes les œuvres d'Hincmar 4 , ne suffirait pas pour justifier sa mémoire d'un silence de parti pris si inexplicable. Quoi qu'il en soit, le catalogue de la Bibliothèque impériale nous apprend que le manuscrit 5549 faisait autrefois partie de la collection de Baluze : Codex membranaceus , olim Baluzianus. Il est probable que Baluze , ami de Mabillon , le communiqua au savant bénédictin qui édita, d'après ce monument, la lettre d'Hincmar à Charles-le-Chauve, comme une pièce parfaitement authentique.
21. La question, on le voit, a fait un grand pas, L'authenticité
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depuis que les auteurs de V Histoire littéraire de la *t
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France attribuaient si expressément cette lettre à quel- constatée, que imposteur obscur, partisan de l'aréopagitisme. Le manuscrit de la Bibliothèque impériale est là, portant, dans son écriture même, le caractère d'un ouvrage de
1 Hincmari Rhemensis opéra, Lector, duobus his tomis complexi sumus; non sane omnia. (Hincmari opéra omnia. Prœfatio Sirmondi. — PatroL lat, t. CXXV, col. 4G. )
la fin du neuvième siècle, ou tout au plus du commencement du dixième^. Quand on se refuserait à l'admettre comme l'un des manuscrits ayant fait partie de la bibliothèque d'Hincmar, malgré sa ressemblance avec eux, malgré sa provenance de Saint-Reini de Reims, malgré l'air de famille reconnu à première vue par le savant paléographe auquel nous devons le Catalogue des manuscrits d'Hincmar, il ne reste pas moins acquis à la science que nous avons entre les mains un monument contemporain de Charles-le-Chauve , rapportant le texte de la lettre d'Hincmar à ce prince, absolument identique à celui que Surius2 publiait au seizième siècle, et dont Launoy rejetait l'authenticité, aussi bien qu'à celui que Mabillon reproduisait par deux fois au dixhuitième, et dont Y Histoire littéraire rejetait la fabrication sur quelque imposteur, partisan de ï aréopagitisme. Tous les raisonnements du monde ne détruiront pas ce monument , dont le témoignage contemporain subsiste, malgré toutes les dénégations, et vient si merveilleusement confirmer le jugement de Mabillon. On ne suppose pas une lettre d'un grand archevêque à un puissant empereur, du vivant même du monarque et du prélat. Charles-le-Chauve et Hincmar avaient, dans leur siècle, une position qui ne se prêtait nullement à une pareille supercherie.
Outre la lettre d'Hincmar et les Actes de saint
1 Telle est l'appréciation de M. Léopold Delisle, dont nous prenons la liberté de citer ici les paroles à propos de ce manuscrit. On sait que la science de ce jeune et illustre paléographe n'est égalée que par son obligeance infatigable.
2 Acta Sanctorum, 6 vol. in-fol. Cologne, 1570. Vita S. Dionys. Areop., ad 9 octobr.
Chauve.