‹ Saint Denys l'AréopagiteChapitre 120 sur 160 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

la signale parmi les œuvres d'Anastase qui nous sont parvenues1. Oudin fait de même dans la bibliothèque des écrivains ecclésiastiques2. Mabillon la reproduit dans ses Analecta ; enfin Launoy lui-même ne trouve pas une objection contre l'authenticité de cette lettre; il se contente d'écraser Anastase sous le feu de ses épigrammes. «Anastase, dit-il , ne s'est pas contenté de » lire, quand il était encore enfant, cette Passion, écrite » par Méthodius; c'est en enfant qu'il l'a traduite, )> quoiqu'en 876 il fût déjà un vieillard. Sa lettre en » effet ne se ressent en rien de la prudence de l'âge ; » elle a le caractère puéril de l'enfance, et ressemble au « rêve d'un homme en délire5. » Nous traduisons littéralement le latin de Launoy, qui brave d'une singulière façon toutes les règles d'une polémique courtoise. Ce n'est pas notre faute : et nous sommes bien habitués, depuis Launoy, à ce ton d'insolence, que Voltaire transporta dans notre langue, avec un succès non moins considérable. Si les injures étaient des raisons, nous ne nous serions pas senti le courage de reprendre en sousœuvre l'étude de la question aréopagitique ; elle eut été

1 Epistola ad Carolum Calvum prœmissa Vitœ Dionysii scriptae a Methodio. (Fabricii Biblioth. Med. et infim. Latinitatis. Notititia in Anastas. BibL, t. I.)

2 Inter ea multa quse ex Grsecis latina fecit, liabes Vitam S. Dionysii Areopagitœ , cujus translationem anno 876 ad Carolum Calvum imperatorem misit. Opusculum istud deperiit, prsefatione excepta quam habemus, etc. (Oudin. In Anast. notifia historica et bibliograph. — Script. Eccles., t. II. )

3 Passionem Dionysii a Methodio scriptam ut puer legit, ita et puer hanc epistolam scripsit, etiamsi anno Domini DCCCLXXVI , scripserit, et senex tune fuerit; neque enim seuilem prudentiam , sed puerilem refert speciem, quae ex delirantis hominis somnio formatur. (Launoii Const., oper. omn., t. II, pars la, p. 413.)

saint Méthodius.

à jamais ensevelie sous les flots de fougueuse éloquence de Launoy.

de sîSt Denys 24- Mais c'est précisément quand les raisons manl'Aréopagite, qUent qu'on supplée à leur absence par cet artifice d'assez mince valeur. La mauvaise humeur de Launoy contre Anastase-le-Bibliotliécaire, en cette circonstance, ne prouve donc, à nos yeux, qu'une seule chose, l'incontestable authenticité de la lettre à Charles-le-Chauve. Or,.en 876, Anastase nous apprend qu'il a lu, dans son enfance, une passion de saint Denys FAréopagite, écrite par saint Méthodius : que cette passion prouvait l'identité de l'Aréopagite avec le premier évêque de Paris ; qu'il vient d'en retrouver le texte grec dans un manuscrit d'une abbaye romaine, et qu'il en envoie la traduction à l'empereur. Si vieux que le suppose Launoy, en 876, Anastase n'avait pas atteint pourtant les dernières limites de sa carrière , puisqu'il vivait encore , en 8 8 6 1 ; l'accusation contre le vieillard tombé en enfance est donc ici prématurée, et quand Anastase parle de ses souvenirs d'enfance, nous avons le droit et le devoir de l'écouter avec plus de respect que ne fait le docteur de Coutances. Mais à quelle époque nous reporter pour préciser le temps où Anastase enfant avait lu la Passion de saint Denys par Méthodius. La date de sa naissance est restée inconnue. On sait seulement, dit Spanheim, qu'il était déjà en un poste éminent à la cour de Léon IV, et qu'il fut secrétaire de ce pape 2. Or,

1 Usque ad annum ferme 886 vitam produxit, etsi quonam mortuus sitanno, nullus detexerit. (Oudin., Script. Eccl.,ï. II. In Anast., Notitia historica et bibliograph. )

2 Claruit jam sub Leone IV, cui a secretis fueril. (Spanhem., Disquîs. hist., § 55, p. 271.)

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