CHAPITRE VI
Léon IV monta sur le siège apostolique en 847. Supposer qu' Anastase, secrétaire de ce pontife , avait au moins trente ans en 847, n'est pas exagéré1. Il y avait donc en 847, environ quinze à dix-huit ans qu' Anastase, encore enfant, avait lu à Rome la Passion de saint Denys l'Aréopagite par saint Méthodius, et cette évaluation approximative nous ramène à l'an 830, époque où nul ne songeait encore aux Aréopagitiques d'Hilduin. Toute la mauvaise humeur de Launoy ne le pourra tirer de ce mauvais pas. Plus il exagère la décrépitude d'Anastase-le-Ribliothécaire, en 876, plus il recule son enfance à une date antérieure aux Aréopagi tiques d'Hilduin, et par conséquent plus il corrobore la force de son témoignage en faveur de la tradition.
L'époque de la légation de saint Méthodius à Rome est d'ailleurs connue, et se rapporte à Fan 818 2, c'està-dire trente ans avant les Aréopagitiques d'Hilduin. Des deux côtés, la thèse de Launoy reçoit donc par cette lettre d'Anastase-le-Bibliothécaire un échec dont ses partisans n'ont jamais pris la peine de le relever. Anastase-le-Biblothécaire passa pour un vieillard caduc, qui écrivait en 876 des rêveries puériles; et tout fut dit. C'est un procédé sommaire pour se déli-
1 Ce calcul est d'une modération que nous croyons au-dessous de la vérité réelle. En effet, si Anastase n'avait que trente ans en 847, la date de sa naissance remonterait à l'an 817 , et par conséquent , en 876, époque où il écrivit la lettre à Charles-le-Chauve , il n'aurait eu que cinquante-neuf ans, ce qui est bien jeune, pour mériter les injures adressées à sa prétendue décrépitude par Launoy. Mais nous avons préféré nous en tenir à une base évidemment trop modérée pour mieux établir l'impossibilité de reculer l'enfance d' Anastase à une époque postérieure aux Aréopagitiques d'Hilduin.
2 Baron. Annal., t. IX, p. 484, ad an. 818, édit. in-folio , Venise,
vrer d'un témoignage gênant, qui prouve plus de savoir-faire que de science. La Passion de saint Denys l'Aréopagite, dont Anastase-Je-Bibliothéeaire annonçait dâns sa lettre l'envoi à Charles-le-Chauve , était perdue. Hoc opusculum deperiit, dit Oudin, dans sa notice sur Hincmar. Les adversaires de l'aréopagitisme profitaient de cette circonstance pour infirmer encore le témoignage qu'Anastase appuyait sur ce texte précieux, maintenant inconnu.
Or, le manuscrit 5549 contient précisément, à la suite de la lettre d'Anastase, la traduction latine de la Passion de saint Denys, par saint Méthodius, que l'on croyait perdue ; et nous la publierons in extenso dans nos pièces justificatives. Quelle n'eût pas été son importance dans la grande controverse du dix -septième siècle ! La lettre d'Anastase, si souvent invoquée dans la discussion, restait comme une pièce énigmatique, entre les mains des critiques , séparée qu'elle était du texte de saint Méthodius lui-même, avec qui elle avait une étroite liaison. L'heure semble donc venue où la lumière pénètre enfin au sein d'une discussion jusqu'ici surchargée de nuages; et le mot du savant auteur des Inscriptions chrétiennes des Gaules, se vérifie de plus en plus : « L'étude nous habitue chaque jour davan- » tage à compter sérieusement avec les traditions. » Conclusion. 25. Le lecteur a maintenant sous les yeux les preuves
Hilduin . . . \ .
n'a pas inventé extrinsèques et les arguments intrinsèques qui éta-
J'aréopagitisme. x ^ 11
Missent l'existence de la tradition aréopagitique antérieurement à Hilduin : et il peut se prononcer, en pleine connaissance de cause, sur la valeur de l'assertion du P. Sirmond, disant avec tant d'assurance : « Qui » voudra jamais donner le nom de tradition à une